Dans la baie de Cancale se trouve un centre de classes de mer. Depuis bientôt 50 ans, chaque année mille huit cents enfants y découvrent la mer, accompagnés de leurs enseignants. Depuis les fenêtres du Château de Barbe Brûlée, ils hument les embruns, entendent le cri des goélands puis ils descendent jusqu’au rivage, pêchent des crabes, naviguent sur des optimistes et repartent avec des grains de sable dans leurs chaussures et des souvenirs plein la tête. Chaque année se reproduit ce qu’avait imaginé la famille Hériot lorsqu’elle a légué ce lieu à l’État.
L’an prochain, près de neuf cents enfants devraient venir d’Île-de-France, de Colombes, Dourdan, Élancourt, Paris, Conflans Saint Honorine, Rambouillet, Corbeil-Essonnes, Sartrouville, Paray Vieille Poste, Prunay-en-Yvelines, Villepreux. C’est ce qui était prévu avant que la région Île-de-France présidée par Valérie Pécresse décide, en accord avec l’ex ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne, de tout faire pour fermer ce centre de classe de mer.
François Morel, dans une de ses chroniques radiophoniques « Il existe des enfants qui n’ont jamais vu la mer », a posé les mots justes sur les conséquences d’un tel choix et l’incompréhension des raisons qui le fondent. Aucune ne tient face à l’utilité éducative et sociale d’un tel lieu. Pour centre quarante euros, des familles peuvent envoyer cinq jours leurs enfants au centre Virginie Hériot, qui est l’un des moins onéreux de France. La fermeture programmée au 1er août de ce centre de classes de mer est devenu une affaire nationale.
Le 26 juin 2026, la présidente francilienne soumet au vote des conseillers régionaux la fermeture administrative de ce lieu exceptionnel, si précieux dans notre monde qui s’embrase et elle oublie l’élémentaire. Cette obligation qu’ont les représentants de la République de tout mettre en œuvre pour que les citoyens jouissent de leurs droits. A l’heure où l’Union européenne note qu’en 10 ans, la pauvreté des enfants en France a augmenté de 5 points plaçant 27,6 % des enfants français en risque d’exclusion, la région Île-de-France en ajoute et les prive du droit à la découverte, à la rencontre, à l’éducation.
Et comme tout ramène à la région Île-de-France, Valérie Pécresse sera celle qui a fermé ce centre de classes de mer si ceux qui s’y opposent ne parviennent à arrêter ce qui apparaît pour ce que c’est… une injustice ! Une injustice faite aux enfants franciliens les plus modestes et la trahison de la volonté posthume de la famille Hériot.
Nous sommes nombreux à penser et à agir pour préserver ce centre. L’association « Unis pour l’école », des élu.es municipaux, départementaux, régionaux bretons mais aussi franciliens, des anciens enfants passés par ce centre, des enseignant.es, des citoyen.nes de tout le pays…
La région Île-de-France ne veut plus assurer la gestion de ce centre de classe de mer. Soit ! Nous avons compris qu’elle avait un autre projet.
Le sort du centre de classes de mer sera scellé dans les prochains jours. Pour éviter sa fermeture, des collectivités sont prêtes à prendre le relais de la région Île-de-France. Il faut pour cela une intervention du Ministère de l’Éducation nationale qui est désormais le seul à pouvoir arrêter ce projet funeste. Au Ministre de l’Education nationale de choisir entre l’éducation et une opération immobilière. Il n’est pas trop tard pour agir.
Benoit Hamon, Céline Malaisé
