« En cherchant à montrer comment les politiques culturelles sont actuellement menacées par l’effet combiné des coupes budgétaires, de l’appétit de certaines grandes entreprises capitalistiques et de l’assaut idéologique sans précédent mené par l’extrême droite », il entend traiter « d’un sujet de première importance. »
Universitaires, directrices et directeurs de musées, syndicalistes, professionnels, enseignants et enseignantes ont répondu à l’appel de la rédaction pour dresser le portrait d’un secteur en péril, mais aussi pour rouvrir des pistes de progrès.
Spécialiste de l’histoire des politiques culturelles, le professeur Philippe Poirrier revient sur les mesures qui, depuis la création d’un ministère de la Culture en 1959, ont permis de maintenir une vie artistique relativement autonome des lois du marché, de faire fonctionner un réseau d’institutions sur l’ensemble du territoire et de viabiliser quantité de segments et de niches de création.
L’ancien directeur général du Mucem Jean-François Chougnet évoque une « mise en crise permanente » du financement de la culture, du fait d’un pic d’investissements non priorisés, notamment à Paris, et de la rupture d’une « alchimie » où les interventions croisées des acteurs étatique et locaux assuraient la stabilité de l’ensemble.
Alain Van der Malière, qui fut notamment à la tête de plusieurs Drac, après avoir été professeur de lycée et auteur et metteur en scène de théâtre, invite à « renouer le fil » du progrès, des avancées du Front populaire, du Conseil national de la résistance et des ministères Malraux et Lang à nos jours.
Claire Serre-Combe, secrétaire générale du Synptac-CGT, qui représente les personnels techniques, administratifs et d’accueil du spectacle vivant et de la prestation technique au service de la création, alerte sur la « fin du secteur public du spectacle vivant », dont le modèle décentralisé avait été impulsé par la haute fonctionnaire Jeanne Laurent, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Codirecteur de l’Observatoire des politiques culturelles et professeur associé à Sciences Po Grenoble, Vincent Guillon passe la culture « à l’épreuve de l’extrême droite », en comparant les discours du Rassemblement national aux politiques menées dans les municipalités qu’il a conquises.
Fabien Barontini, ancien directeur d’un festival de musique en Val-de-Marne et membre de l’association Réseau Salariat, revient sur une période cruciale des politiques publiques – le milieu des années 1990 –, qui, aux États-Unis comme en Europe, a ouvert la voie à une uniformisation à grande échelle de la culture.
Également membre de Réseau Salariat, le « travailleur du texte » Aurélien Catin explique les tenants et aboutissants de la lutte menée actuellement pour la continuité de revenus des artistes-auteurices, alors qu’une proposition de loi en ce sens vient d’être examinée au Sénat.
La professeure de Lettres-Histoire-Géographie en lycée professionnel Claire Moissonnier propose de faire du lycée « un lieu d’expériences sensibles ». « Alors que des dispositifs comme le Pass Culture tendent à faire du jeune un consommateur, questionne-t-elle, pourquoi ne pas davantage donner l’occasion à celui-ci de devenir un acteur de son propre épanouissement culturel, et de gagner ainsi confiance dans sa capacité à s’extraire du format scolaire pour aller vers l’expérience sensible de l’altérité ? »
Enfin, un riche entretien avec Constance Rivière, directrice du Palais de la Porte Dorée, qui abrite le Musée national de l’Histoire de l’immigration, vient clore ce dossier. « Nous sommes le musée d’une histoire commune », affirme celle qui est également conseillère d’État et autrice. Avant de formuler ce souhait : « J’aimerais déjà que les personnes concernées par cette histoire se sentent bien dans le musée et s’y reconnaissent et que celles qui auraient une réticence soient accompagnées pour ne pas se sentir à l’écart. »
Ce numéro d’Après-demain revient également largement sur les actions soutenues au fil du temps par la Fondation Seligmann, dans les domaines du travail de mémoire et de la lutte contre les racismes, de l’inclusion des étrangers dans la société ou encore de l’égalité dans l’accès à la culture, aux sciences et aux sports, alors que cet organisme reconnu d’utilité publique célèbre en 2026 son vingtième anniversaire.
Le journal Après-demain est disponible sur abonnement, téléchargeable au prix de 9 euros le numéro et 1 euro l’article, via le site internet de la Fondation Seligmann. Il est également accessible sur les plateformes Cairn.info et Europresse.com, auxquelles sont abonnés de nombreux établissements universitaires ou secondaires.
