« L’Île-de-France a dépensé 2 380€ par lycéen par an alors que la moyenne nationale est de 3 188€ par lycéen par an. L’Île-de-France est donc la lanterne rouge des régions de la France – à périmètre égal ». Rappelons que c’est de cette région qu’est partie la colère lycéenne avant de gagner la France. Céline Malaisé, conseillère régionale communiste, note que depuis 2016, « la dotation augmente également bien moins vite que le nombre d’élèves ». Elle ajoute dans cette tribune que « ces baisses annuelles fragilisent les moyens d’entretien et de petite maintenance des lycées » et « expliquent, pour partie, comment certains lycées arrivent à une accumulation de petites défaillances provoquant des pannes et des problèmes plus importants ».
Des déclarations qui ne résistent pas aux chiffres
Dans les lycées d’Île-de-France, qu’ils soient populaires ou bourgeois, la colère tonne ! Les revendications sont claires et identiques à celles des élèves de tout le pays. Fin de Parcoursup, abrogation de la réforme Blanquer du lycée, embauche de personnels, des profs mieux payés, moins d’élèves par classe, stop à la répression policière …
Résonnent aussi des revendications franciliennes. Sur une pancarte tenue à bout de bras par une lycéenne de Seine-Saint-Denis, on pouvait lire dans une manifestation « C’est la hess, la faute à Pécresse ». Le même jour, Valérie Pécresse, présidente de région, versait des larmes de crocodile dans le journal régional confiant sa tristesse en réduisant la mobilisation des lycéens à un mouvement de casseurs. Dans un entretien télévisé la veille, elle avait parlé d’émeutes urbaines organisées sur le darkweb… Elle en avait profité pour annoncer la suppression des aides régionales aux élèves sanctionnés par un conseil de discipline, singeant l’extrême droite et piétinant le droit au nom du populisme. Ainsi, l’attention fut bien plus retenue par cette mesure choc illégale que par cette affirmation de la Présidente de région : « les lycéens d’Île-de-France sont sans doute les plus aidés du monde (sic !) pour étudier ».
Depuis 11 ans à la tête de l’Île-de-France et donc ayant compétence sur les lycées, Valérie Pécresse devrait pourtant ne pas avoir de doute sur le montant des dépenses régionales. Le hic est que les chiffres ne mentent pas. Ils brisent la légende construite par la droite francilienne avec le chiffre d’1,9 milliard d’euros par an pour les lycées posé au milieu de la pièce et rarement interrogé. Faisons le point !
L’Île-de-France : la région qui dépense le moins par lycéen
Le budget prévisionnel des lycées pour 2026 est de 349 millions d’euros en fonctionnement et de 786 millions d’euros en investissement. Passons sur le fait que fonctionnement et investissement ne s’additionnent pas dans un budget car ces deux sections répondent à des règles de nature différente, il n’en reste pas moins que le mirage des 1,9 milliard d’euros s’évapore.
Ramené au budget total de l’Île-de-France de 5,8 milliards d’euros, aux 470 lycées publics et aux 453 270 élèves de ces lycées, le calcul de la dépense régionale par lycéen est éclairante. D’après les chiffres du Ministère de l’Éducation nationale, entre 2021 et 2023, en euros constants de 2023, l’Île-de-France a dépensé 2 380€ par lycéen par an alors que la moyenne nationale est de 3 188€ par lycéen par an. L’Île-de-France est donc la lanterne rouge des régions de la France – à périmètre égal. Ce n’est donc nullement étonnant que la mobilisation lycéenne ait débuté dans un lycée de Créteil et se soit diffusée rapidement dans d’autres établissements notamment de Seine-Saint-Denis. Plusieurs de ces lycées s’étaient d’ailleurs régulièrement mobilisés contre la vétusté des locaux et pour des moyens[1].
Concernant l’investissement annuel par rapport au nombre d’élèves, la région Île-de-France se situe également en bas du classement des régions de la France hexagonale et en-dessous de la moyenne. Durant le premier mandat de Valérie Pécresse de 2016 à 2021, le montant annuel de dépenses d’investissement par lycéen était de 1 114€ alors que la moyenne nationale était de 1 210€. Durant la période 2022-2025, l’investissement par lycéen de l’enseignement public était de 1 206€ en Île-de-France alors que la moyenne nationale était de 1 347€.
Si un plan pluriannuel d’investissement de 6,6 milliards d’euros se déploie depuis 2016, il ne s’appuie ni sur un inventaire du bâti des lycées – refusé par la droite régionale -, ni sur une programmation transparente des travaux de rénovation établie en fonction de priorités objectives, ni sur une concertation réelle des équipes éducatives et des communes concernées. Ce plan d’urgence, prévu initialement sur 10 ans, a pris du retard amenant la cour régionale des comptes[2] à tirer le signal d’alarme, en 2021, et à indiquer que seuls 25 % des crédits annoncés étaient réellement dépensés.
Pour finir, huit réorganisations ont été imposées à la direction régionale du Patrimoine et des lycées. Celles-ci ont réduit leurs moyens augmentant ainsi le périmètre d’une équipe d’un ingénieur et de techniciens de 25 lycées en 2016 à plus de 40 lycées en 2021, augmentant ainsi le nombre de factures impayées et, mécaniquement, le nombre d’entreprises stoppant les travaux en cours. Certains lycées se retrouvent, par conséquent, dans des phases de travaux interrompus depuis plusieurs années sans connaître leur date d’achèvement tandis que d’autres lycées en attendent toujours.
Une dotation régionale de fonctionnement des lycées publics en baisse de 37€ par élève depuis 2016
La dotation de fonctionnement régionale (DGFL) versée aux lycées publics finance les dépenses courantes, la petite maintenance ou encore les fournitures des établissements. Son montant est donc déterminant pour la vie quotidienne d’un lycée. Pourtant, il n’est pas indexé sur l’inflation. Ainsi, entre 2021 et 2027, la dotation régionale a baissé de 13,5 % en euros constant. De 2026 à 2027, alors que l’inflation est estimée à 2,5 % en 2026 puis à 1,7 % en 2027, la dotation régionale notifiée aux établissements n’augmentera que de 0,68 %.
Depuis 2016, la dotation augmente également bien moins vite que le nombre d’élèves. Par exemple, entre 2023 et 2027, alors qu’il y a 6,88% d’élèves en plus, la dotation régionale n’a augmenté que de 1,62%. Votée chaque année en septembre, le montant prévu pour 2027, et acté au début du mouvement lycéen, baissera de 12€25 par élève ! Depuis 2016, la dotation régionale a baissé de 37€ par élève. Ces baisses annuelles fragilisent les moyens d’entretien et de petite maintenance des lycées. Elles expliquent, pour partie, comment certains lycées arrivent à une accumulation de petites défaillances provoquant des pannes et des problèmes plus importants.

Répondre avec soin aux revendications lycéennes
Sans déni de la réalité du bâti des lycées publics franciliens, la région doit être au rendez-vous des exigences lycéennes. L’exécutif actuel ne peut les balayer et multiplier les coups de comm’ pour braquer les projecteurs sur une rénovation réussie cachant celles qui traînent ou celles non prévues.
Au budget régional pour 2027, il faut augmenter la dotation régionale de fonctionnement en l’indexant sur l’évolution du nombre d’élèves et sur l’inflation. Un mécanisme de rattrapage des baisses antérieures et d’indexation sur l’indice de position sociale (IPS) des lycées doit également être mis en place. La région doit abandonner les subventions extralégales aux lycées privés sous contrat (annulation de l’augmentation de 3 millions d’euros pour le forfait d’externat et fin des dépenses publiques d’investissement dans des bâtiments privés comme à Stanislas très documenté). Nous porterons ces exigences lors du débat budgétaire régional.
La région doit établir des demandes de recettes pérennes auprès de l’État pour maintenir, rénover, agrandir, construire et adapter au réchauffement climatique les lycées publics d’Île-de-France. Il existe une dotation régionale d’équipement scolaire versée par l’État aux régions. Son montant est gelé depuis 2008… Cette dotation nationale doit être revalorisée de manière conséquente et accompagnée d’un volet climatique (DRES climatique ou fonds vert lycées). Pour déterminer le montant nécessaire, la région Île-de-France doit dresser un état des lieux public et objectif des 470 lycées publics dont elle a la compétence du bâti. En fonction de l’urgence, elle doit établir un calendrier transparent des travaux prioritaires dans les lycées.
La région doit également s’adresser à l’État afin de modifier le système de financement national des lycées en fonction de leur indice de position sociale (IPS) et d’y inclure les lycées privés sous contrat. Comme collectivité, elle doit également relayer les demandes d’embauches de personnels éducatifs et médico-sociaux dans les lycées et leurs revalorisations salariales. L’État doit également faciliter la maîtrise d’ouvrage publique des lycées par l’allègement des réglementations applicables aux chantiers dans le bâti existant mais aussi en valorisant davantage les grilles indiciaires des ingénieurs territoriaux.
La jeunesse, qui revendique haut et clair, est une chance inouïe pour qu’enfin l’éducation publique soit un chantier prioritaire dès aujourd’hui et pour l’avenir.
Céline Malaisé, conseillère régionale d’Île-de-France et présidente de la Gauche communiste, écologiste et citoyenne
[1] Comme par exemple https://www.cafepedagogique.net/2025/01/10/paul-eluard-a-saint-denis-un-grand-lycee-qui-vit-mal/
[2] https://www.ccomptes.fr/fr/publications/region-ile-de-france-politique-regionale-pour-la-construction-la-renovation-et
