La foule était dense comme rarement, ce 5 novembre, à Lyon, lors de la manifestation contre la vie chère et pour une augmentation des salaires, à l’appel des principales centrales syndicales. Dans la capitale des Gaules, la préfecture annonce 30 500 manifestants et les syndicats 55 000, quand les chiffres respectifs étaient de 6 000 et 8 000 le 29 septembre, lors de la manifestation de la fonction publique. Au niveau national, le ministère de l’Intérieur annonce 600 000 manifestants dans l’après-midi, la CGT en revendique 1,6 million.
Personnels de l’éducation nationale et lycéens sont une nouvelle fois venus noircir les rues avec force ce 5 novembre. Le Snes-FSU calcule que « 52 % des professeur·es, CPE, PsyEN, AESH et AED étaient en grève », et « près d’un millier de lycées bloqués, partiellement ou totalement, ou fermés administrativement ». Dans le premier degré, la FSU-Snuipp évoque une mobilisation « largement au-delà » du 29 septembre avec des secteurs à plus de 75 % de grévistes. Le ministère de l’Éducation nationale comptabilise de son côté 12,8 % des personnels en grève (11,5 % le 29 septembre), et 15,8 % chez les seuls enseignants.
Les revendications n’ont pas changé depuis le début de la mobilisation lycéenne, mi-septembre : « Des moyens pour l’éducation, pour que nos écoles ne tombent plus en lambeaux, des meilleurs salaires, des moyens pour l‘inclusion, et la solidarité avec les lycéen.ne.s », résume Roxane, professeure des écoles à Lyon. Les vacances et les mesures annoncées par le gouvernement pour le lycée et l’enseignement supérieur n’ont pas atténué la volonté des manifestants. « Le gouvernement est sourd, et ces annonces ne sont que des miettes, du mépris », s’indigne Renaud, professeur en lycée professionnel à Lyon. « On est 37 dans notre classe, je ne vois pas comment on peut nous ramener à 28 », s’interroge Marion, en seconde à Lyon. Et la lycéenne de souligner en outre que « beaucoup de mesures annoncées sont prévues pour 2028, quand le gouvernement ne sera plus là ».
Les élèves attendent ainsi toujours des réponses à leurs problèmes : « On manque de profs, nos salles sont délabrées, on a froid l’hiver, on fait des journées de 8 heures à 18 heures… », liste Ornella, en terminale à Rillieux-la-Pape, en banlieue lyonnaise. Nihel, sa camarade, met aussi en avant les revendications de lutte contre la vie chère, « car ça va nous concerner plus tard et parce que mes parents galèrent ».
Les violences policières sont également pointées du doigt par les manifestants. « Je suis aussi là pour soutenir mes anciens élèves qui se font maltraiter par des fonctionnaires comme moi », explique Barbara, professeure des écoles à Lyon, se disant « révoltée ». Anne, professeure documentaliste à la cité scolaire Lacassagne de Lyon, est ainsi présente dans les cortèges « pour user de mon droit de manifester. Je n’ai jamais eu aussi peur que ces dernières semaines en manifestation, à cause des forces de l’ordre… Ca me refroidit autant que ça me remobilise », analyse-t-elle.
Quid de la suite de la mobilisation ? Pour le Snes-FSU, « le message est clair : le monde du travail et de la jeunesse ne renoncera pas à obtenir des réponses satisfaisantes de la part du gouvernement, affirme le syndicat dans un communiqué du 5 novembre. « Les premiers bougés, insuffisants, dans l’Éducation, ainsi que la timide ouverture des derniers jours sur le SMIC montrent que le mépris macroniste pour les revendications du mouvement social est rattrapé par la réalité et la colère grandissante du monde du travail, en particulier dans l’Éducation. Une brèche s’est ouverte. Le rapport de force est en notre faveur. Le gouvernement est en position de faiblesse ».
« Certains élèves de terminale veulent revenir en cours »
Ainsi, Anne « ne voit pas comment la mobilisation peut s’éteindre sans mesure forte du gouvernement ». « Les gens ont peur des violences policières et, pourtant, ils sont toujours là. J’espère que les luttes vont continuer de converger comme aujourd’hui, où l’on voit des profs, des parents, des cheminots, tous les services publics… », relève Roxane, quand Renaud souhaite, lui, « un chantage économique par la grève générale et reconductible ».
Si elle espère aussi que le mouvement va se poursuivre, Nina, camarade de seconde de Marion, craint que certains élèves n’arrêtent de se mobiliser. « Les élèves de terminale ont le bac à la fin de l’année et des notes pour Parcoursup. Certains veulent revenir en cours. Nous, en seconde, on a moins de pression, c’est plus facile de se mobiliser, mais pour d’autres c’est plus compliqué ». Outre la poursuite du mouvement dans la rue, Barbara veut que les mots d’ordre infusent la campagne présidentielle et que « la mobilisation force à parler des problèmes réels, plutôt que d’immigration par exemple ». Et que la campagne électorale « rende visibles les vraies problématiques des gens », renchérit Roxane.
Erwin Canard
