Adresse enthousiaste aux spectateurs trop jeunes pour avoir vu à sa sortie en 2017 le premier ‘épisode’ d’un documentaire extraordinaire vendu dans 33 pays et intitulé Lumière ! L’aventure commence : fans d’images animées en tous genres, ne manquez pas le deuxième épisode de la saga des inventeurs d’une technique, d’un procédé et d’un art (le cinématographe, qu’on appellera plus tard le 7ème art) révolutionnaires, aptes à transformer alors radicalement la vision du monde. Nous célébrons aujourd’hui une invention vieille de 130 ans. Il suffit d’ouvrir les yeux. Les initiateurs du projet sont formels : « Tout était déjà là, les plans, les travellings, le drame, la comédie, le jeu des acteurs… Grace à la restauration de plus de 120 vues Lumière inédites, le nouveau film de Thierry Frémaux nous offre le spectacle intact du monde au début du siècle dernier et un voyage stimulant aux origines » de la création cinématographique.
Sidérante beauté de la première fois retrouvée
Un émerveillement. Dès la première séquence au ralenti, tournée à la sortie des usines Lumière à Lyon en 1895, sa blancheur capiteuse associée à la musique d’un contemporain Gabriel Fauré et à son lyrisme, le bouleversement émotionnel saisit le spectateur, avec la puissance et l’innocence d’une première fois restituée.
Le travail considérable de sélection, d’agencement visuel et thématique de la centaine de films des Lumière (fruit aussi d’une restauration minutieuse et d’une analyse à la fois esthétique, historique voire anthropologique) nous embarque immédiatement dans l’aventure des premiers temps grâce à un compagnonnage attentif avec la voix off du commentaire de Thierry Frémaux, érudit sans pédanterie, rigoureux sans excès, tel un guide tendre et humaniste, capable de nous transmettre à quel point l’invention du cinématographe offre déjà au public ‘la promesse du monde’, cette capacité d’enregistrement inhérente au 7ème art, aux antipodes de la prolifération d’images fabriquées et autres contrefaçons d’aujourd’hui.
Puissance d’évocation, profusion d’inventions formelles et de révélations
Le texte sensible et savant rappelle régulièrement (en le rattachant aux grands cinéastes qui s’en empareront ensuite) en quoi les Lumière (et leurs opérateurs, envoyés ‘spéciaux’ sur des continents lointains) inventent en faisant en un court laps de temps (sans le théoriser) la plupart des formes (plans, profondeur de champ, travellings, premier plan, arrière-plan, regard-caméra ).
Ces aventuriers et artistes d’un genre inédit documentent aussi leur époque, ses modes de vie, ses espaces urbains, ses paysages, ses sols et ses mers en France et aux quatre coins du monde. Des territoires parfaitement inconnus, liés aux empires coloniaux, en Afrique et en Asie, notamment. Des peuples et des pays que les spectateurs appréhendent ainsi pour la première fois.
Sans oublier l’attention accordée aux enfants, à la famille mais aussi aux petites gens, aux professions manuelles aujourd’hui disparues… Mais il faudrait aussi évoquer les ‘mises en scène’ astucieuses de situations burlesques, comiques ou dramatiques, la bande de galopins en tenue de nuit se battant à coups de polochons jusqu’à l’envahissement du plan par un nuage de plumes retombant en tapis sur le sol. Ou encore les premières séquences scénarisées, des numéros vertigineux de souplesse et de drôlerie de la famille d’acrobates,et as de l’équilibre par superposition des corps en hauteur, ; jusqu’à l’armée de militaires en ordre de bataille qui fonce vers nous depuis la profondeur du plan pour déborder du cadre et laisser vide notre champ de vision. Nous éblouissent aussi la splendeur du plan en mouvement (pris depuis un bateau) du port d’Alger la blanche, ou le même mouvement (à partir d’un appareil sans doute placé sur une gondole) dévoilant les façades sculptées des palais des doges à Venise.
Nous n’en finissons pas avec le plaisir d’admirer un cinéma en train de s’inventer et de se réinventer en même temps qu’il (se) crée. Conquis par l’intelligence du propos, nous comprenons ici à la fois la modernité du cinéma, art majeur du XXème siècle. Et, à l’heure où le cinéma n’a plus le monopole de la représentation du monde, « Lumière, l’aventure continue » nous questionne encore : pourquoi avons-nous toujours besoin de la singularité du 7ème art ?
Samra Bonvoisin
Lumière, l’aventure continue, documentaire de Thierry Frémaux-sortie le 19 mars 2025 ; sélections officielles, Festivals : Rome, San Sebastian, Tokyo
*Initié par Approches, le dossier pédagogique très complet bien construit, déclinable pour les écoliers, les collégiens et les lycéens, est téléchargeable gratuitement sur le site du distributeur
Il est également possible d’organiser une projection pour les élèves dans la salle la plus proche de l’établissement scolaire en se rapprochant de l’exploitant concerné. Et ce, dans toute la France.
