« C’est tout un système éducatif qui est à reconstruire, de la maternelle au lycée, avec d’évidentes convergences vers un enseignement supérieur public doté, lui aussi, de moyens à la hauteur des enjeux », a déclaré Grégoire Ensel, vice-président de la FCPE sur un ton combatif. Du 23 au 25 mai 2025, Le Mans a accueilli le 79ᵉ congrès national de la FCPE, avec un thème fort : la voie professionnelle, encore trop souvent vécue comme une orientation par défaut et considérée comme une voie de relégation.
Une voie trop souvent subie
Au cœur des débats : l’enseignement professionnel. Un choix fort de la FCPE, qui dénonce la manière dont cette filière est encore perçue. « Aujourd’hui, la voie professionnelle, c’est trop souvent une orientation par défaut », déplore Grégoire Ensel, en critiquant une réforme du lycée qui, selon lui, n’a satisfait ni les familles, ni les enseignants, ni les jeunes. Il accuse un système éducatif « qui trie et oriente pour répondre immédiatement aux besoins locaux en main-d’œuvre », au détriment d’un véritable projet d’émancipation.
Le congrès a donné la parole aux élèves et aux établissements. Quatre lycées professionnels publics sarthois étaient mobilisés pour faire découvrir leurs formations : agriculture, mécanique, alimentation, accueil… Objectif : montrer que l’on peut réussir dans la voie pro – et que c’est une voie de réussite.
Deux tables rondes pour changer de regard
La première table ronde a mis en avant les témoignages de chefs d’établissement et d’enseignants. Ils ont partagé leurs expériences, leurs projets pédagogiques, et la réalité d’une voie professionnelle ancrée dans les besoins du territoire, comme l’illustre la filière automobile au Mans. L’enseignement agricole, quant à lui, fait face à un paradoxe : alors que les effectifs devraient augmenter de 30 % d’ici 2030, les suppressions de postes continuent. Un « grand écart » dénoncé par les personnels mobilisés récemment à Paris.
Sophie Orange, sociologue à l’université de Nantes, a rappelé que les politiques publiques concernant la voie professionnelle restent pilotées par des logiques de flux et de gestion, sans vision éducative à long terme. Une orientation souvent contrainte, avec 70 % des élèves issus de milieux populaires, et des réformes qui fragilisent davantage ces jeunes, notamment la dernière en date : les épreuves du bac avancées à mai, au profit de six semaines de stage ou d’un parcours aux contours mal définis. « Six semaines de moins pour accompagner des élèves qui ont justement besoin de temps pour apprendre et gagner en confiance », regrette Grégoire Ensel.
La voie professionnelle, aussi une question d’égalité
La sous-représentation des filles a aussi été abordée. Magda Tomasini, directrice de la Depp, a souligné que ce choix de filière est vécu comme plus définitif et plus risqué par les jeunes filles, générant davantage d’anxiété. Un constat préoccupant pour un système éducatif qui peine à garantir l’égalité des chances.
La FCPE a rappelé sa revendication pour l’introduction de la philosophie dans la filière professinnelle. « Philosopher, c’est penser le monde pour moins le subir. Construire une autre société, un autre monde » a déclaré Grégoire Ensel. Une manière de redonner du sens à cette voie, et d’affirmer qu’elle permet aussi de former des citoyens capables de construire une autre société.
Un congrès engagé
Les congressistes de la FCPE ont eu une pensée pour les enfants de Gaza et de Mayotte, rappelant que l’éducation est aussi une question de solidarité, de justice. Un message que le ministère de l’Education nationale n’aura pas entendu, puisque depuis 2017 avec Jean-Michel Blanquer, il ne s’est pas rendu au Congrès de la FCPE. La ministre a envoyé une courte vidéo, écoutée d’une oreille distraite.
Djéhanne Gani
