« Notre maison brûle, et on nous coupe les moyens ». Plus d’élèves, plus de difficultés, et moins de moyens au lycée Jean Macé de Vitry-sur-Seine. Comme de nombreux établissements, les personnels du lycée Jean Macé revendiquent et luttent pour des moyens supplémentaires à hauteur de leur besoin. Pour faire connaître la situation de leur établissement, ils ont été en grève le 22 mai 2025, soutenus par les syndicats Sud Éducation, Snes-FSU, FO et CGT pour dénoncer une situation devenue explosive. Face à un abandon qu’ils jugent manifeste de la part du rectorat de Créteil, ils lancent un appel d’urgence : sans dotation suffisante, le lycée ne peut plus assurer correctement ses missions éducatives et sécuritaires. Ils jugent que la « dotation en heures prévue pour la rentrée 2025-2026 devrait amplifier l’échec de (leurs) classes ainsi que la souffrance de l’ensemble des personnels ».
Des moyens en baisse, malgré les urgences et une démographie en hausse
« Notre maison brûle, et on nous coupe les moyens » dénonce un professeur. Face à cette situation, les moyens alloués ne cessent de diminuer. « La DHG diminue chaque année et nous accueillons pourtant toujours plus d’élèves, en particulier de série technologique alors que ce sont les plus en difficulté » poursuit Antoine Rogé, enseignant de philosophie qui explique que la dotation horaire globale (DHG) a encore baissé cette année de 59 heures, dont 30 pour le seul lycée général. Sur près de 2000 heures, seules 25 heures supplémentaires ont été accordées pour 40 classes. Cela revient à 15 minutes de dédoublement par classe et par semaine, une dotation jugée dérisoire par l’équipe pédagogique. Au total, les équipes estiment qu’il manque 129 heures pour fonctionner normalement. Pour sa collègue Susana Lago, professeure d’espagnol, « les moyens sont encore amoindris alors qu’on est déjà sur les rotules ».
Cette baisse s’inscrit dans une tendance longue : près de 30 % de pertes de moyens en 20 ans, mais avec plus d’élèves.
Alors que la ville de Vitry vise 120 000 habitants d’ici dix ans, avec ouverture de nouvelles écoles et collèges, le lycée est déjà saturé. Les bâtiments atteignent leur capacité maximale, et il devient impossible d’absorber de nouveaux flux d’élèves sans ouvrir de classes… sur des moyens inexistants.
Une situation d’urgence dans un lycée parmi les plus défavorisés de France
« On est en manque de tout » lance Susana Lago. Le lycée Jean Macé, à Vitry-sur-Seine, est l’un des établissements les plus fragiles de l’académie de Créteil. Avec un Indice de Position Sociale (IPS) parmi les plus bas de France, il figure dans le dernier pourcent national, est avant-avant-dernier du département et 30e sur 225 lycées dans l’académie. Il est aussi l’un des deux seuls lycées du Val-de-Marne classés en zone prévention violence.
Les faits de violence ne sont pas isolés. En deux ans, le lycée a connu des événements graves : bagarres à l’arme blanche, départs de feu, harcèlement sexuel. Ces derniers mois, les déclenchements intempestifs d’alarmes incendie ont conduit à des évacuations plusieurs fois par jour – jusqu’à sept fois quotidiennement. En 2023-2024, 1600 rapports d’incident ont été déposés et 25 conseils de discipline convoqués.
Des classes surchargées et plus chargées que dans d’autres lycées
« Le lycée est plein à craquer, la réponse du rectorat n’est pas satisfaisante quand il répond qu’il n’y a pas d’enveloppe » affirme Susana Lago. Elle poursuit : « on a de plus en plus de mal à faire notre travail. On a pu comparer notre dotation avec d’autres lycées, et on voit qu’il y a des effectifs réduits dans des lycées qui accueillent des élèves plus favorisés, on ne comprend pas » dénonce la professeure d’espagnol. La dotation actuelle prévoit 30 élèves en séries technologiques (STMG, STI2D) et 35 élèves en séries générales. Pourtant, les personnels dénoncent que dans l’académie de Créteil, de nombreux établissements comparables sont mieux dotés avec une trentaine de lycées aux classes de STMG ou STI2D à 24 élèves ou moins. Dans ce contexte, les personnels revendiquent 30 élèves maximum en général, 24 en filière technologique, comme le permettent les dotations dans plusieurs établissements.
Des élèves fragiles, peu accompagnés
Les évaluations nationales confirment les difficultés de la population scolaire avec deux fois d’élèves « à besoins » que la moyenne nationale. En français : 22 % des élèves sont « à besoins » (contre 12 % au niveau national), 42 % sont jugés « fragiles «et en mathématiques, ce sont 30 % « à besoins » (contre 14 % nationalement) et 42 % « fragiles ».
« Les dédoublements que nous demandons entre autres revendications ne sont pas un luxe mais une nécessité pour offrir à tous un enseignement de qualité. C’est aussi le gage que les enseignants soient plus disponibles et ne subissent pas l’usure d’un service surchargé en classes diverses » déplore Antoine Rogé. Malgré les difficultés des élèves, les dispositifs d’accompagnement ont été supprimés ou des groupes fusionnés : fermeture du grec, fusion des groupes de latin, portugais, italien… Ces décisions vont à l’encontre des priorités nationales annoncées qui affirment vouloir « favoriser la diversification et l’excellence dans les établissements les plus défavorisés ».
Manque criant de personnel à tous les niveaux
Le sous-effectif touche l’ensemble des métiers. Côté enseignants, de nombreux postes sont vacants, notamment en spécialités, la direction a une équipe réduite à 3 personnes, sans proviseur adjoint. La Vie scolaire est à effectifs constants alors que le lycée a gagné 50 % d’élèves en 15 ans, sans suppléance possible. Il n’y a qu’une AESH recrutée en cours d’année, alors que près de dix élèves attendent un accompagnement.
Les personnels n’estiment pas demander l’impossible… uniquement les moyens nécessaires pour travailler et faire réussir les élèves. Ils dénoncent un mépris institutionnel, et envisagent une mobilisation dans la durée. « Notre but est d’amener nos élèves au bac, à la réussite » résume le professeur de philosophie.
Djéhanne Gani
