« Déjà privés de cours de philosophie , cette réforme a supprimé pas moins de 6 semaines de classe – soit 169 heures de cours ». Dans cette tribune, Yannick Trigance, conseiller régional PS d’Ile-de-France, dénonce « l’indifférence coupable » face à la réforme du baccalauréat professionnel qu’il qualifie de « fiasco ». « La quasi-totalité des classes de terminale des lycées professionnels sont frappées par un phénomène d’absentéisme pouvant atteindre jusqu’à 90 % des effectifs dans certaines académies ! »
« 70 % d’entre eux de familles d’ouvriers, d’inactifs ou d’employés »
On le savait. On l’avait dit. On l’avait écrit. Et la réalité nous donne – malheureusement – raison : la réforme du baccalauréat professionnel voulue par le Président de la République et présentée comme une « voie d’excellence » se révèle être un véritable fiasco mais, plus grave encore, une régression éducative sans précédent pour des élèves qui, rappelons-le, sont issus pour 70 % d’entre eux de familles d’ouvriers, d’inactifs ou d’employés et dont l’orientation vers la voie professionnelle est vécue comme une contrainte pour 40 % d’entre eux.
Cette réalité, ce sont les conséquences de la réorganisation de la classe de terminale professionnelle subies par les lycéens, réorganisation mise en place en septembre dernier et qui fixe un parcours en « Y » avec d’un côté des stages en entreprise pour ceux qui envisagent d’intégrer le monde du travail et de l’autre une préparation à la poursuite d’études dans l’enseignement supérieur au sein de leur lycée, préparation assurée par les enseignants.
Déjà privés de cours de philosophie, cette réforme a supprimé pas moins de 6 semaines de classe – soit 169 heures de cours – pour des élèves qui ont besoin de plus d’école et de mieux d’école quand on sait qu’en seconde professionnelle, seuls 58% d’entre eux présentent une maîtrise suffisante en français et 33% en mathématiques !
Cette volonté de réduire les heures d’enseignement s’inscrit d’ailleurs dans une dramatique continuité : on se souvient qu’en diminuant les volumes horaires des enseignements fondamentaux pour les lycéens professionnels en 2019 – rabaissés de 34h à 30h30 hebdomadaires – le gouvernement et son ministre Blanquer avaient déjà marqué leur renoncement à considérer les lycéens de la voie professionnelle sur un même pied d’égalité que ceux des lycéens généraux et technologiques.
« Un phénomène d’absentéisme pouvant atteindre jusqu’à 90 % des effectifs »
La réalité, c’est qu’aujourd’hui avec cette réforme du baccalauréat, la quasi-totalité des classes de terminale des lycées professionnels sont frappées par un phénomène d’absentéisme pouvant atteindre jusqu’à 90 % des effectifs dans certaines académies !
La réalité, c’est qu’en avançant les épreuves du baccalauréat professionnel à la mi-mai, les élèves ayant choisi de passer les 6 semaines en lycée – sans objectif précis ni cadrage national sur les contenus pédagogiques fixés par le ministère pour les enseignants – ont déserté les classes et que ceux – nombreux – qui ont trouvé des stages sans intérêt – et la plupart du temps non rémunérés – ont très vite abandonné.
Une fois de plus , ce sont les élèves issus des milieux les plus modestes qui font les frais d’une réforme purement idéologique décidée sans concertation aucune, qui dévalorise durablement l’enseignement professionnel et qui contribue à aggraver le séparatisme social et scolaire comme le montre le récent rapport sur les inégalités en France indiquant que les enfants d’ouvriers sont 3,5 fois plus nombreux que les enfants de cadres dans la filière professionnelle.
Cette dérive libérale privilégie l’utilitarisme des lycéens au détriment du contenu des enseignements et sacrifie ainsi un tiers de notre jeunesse dans le silence le plus total, sans que cela ne suscite la moindre réaction ni réprobation : c’est pourquoi elle doit être stoppée en garantissant le maintien du statut scolaire des élèves, un rééquilibrage des contenus en faveur des enseignements fondamentaux et un système d’orientation qui ne doit plus être subi mais choisi.
C’est une défaite de la République qui porte lourdement atteinte au droit à la réussite, à la reconnaissance et au respect de toute une partie de notre jeunesse.
Dans une indifférence coupable.
Yannick Trigance
