Il y a des mots que l’école hésite encore à prononcer, comme si leur force dérangeait l’ordre établi. Le consentement en fait partie. Trop souvent associé à la seule sphère intime ou sexuelle, il est relégué hors du champ scolaire, comme s’il n’y avait pas sa place. Or, c’est précisément à l’école que tout commence.
L’école et le consentement
L’école est un lieu d’apprentissage, certes, mais aussi un espace de relations, de tensions, de jeux de pouvoir parfois. Comment prétendre former des citoyennes et des citoyens libres et responsables sans leur apprendre à poser leurs limites, à les faire respecter, et à reconnaître celles des autres ? Le consentement n’est pas une compétence secondaire : c’est un pilier de la vie démocratique.
Chaque jour, des enfants et des adolescents subissent des gestes, des remarques, des injonctions qui ignorent leur droit à dire non. On les oblige à être pris en photo « pour le souvenir », à participer à des activités qui les mettent mal à l’aise, à faire la bise à un adulte parce que « ça ne se fait pas de refuser ». Le non est suspect, le silence est interprété comme un oui, et la frontière entre autorité et emprise se brouille.
Je pense à cet élève allophone de première, qui refusait de se prêter à une simulation d’entretien oral lors d’un atelier d’expression. Il était jugé passif par certains collègues. Mais après un temps d’échange, il m’a confié qu’il avait été humilié dans un autre établissement, filmé à son insu pendant un oral. Il avait perdu confiance. Nous avons alors co-construit une activité à deux, dans un cadre sécurisé, avec la possibilité pour lui de dire à tout moment « je préfère m’arrêter ». Et il a fini, deux semaines plus tard, par proposer spontanément de présenter un exposé devant sa classe. Le respect de ses limites avait été le levier de sa reprise de parole.
Éduquer au consentement, ce n’est pas fragiliser l’autorité enseignante
C’est, au contraire, l’inscrire dans une éthique du respect mutuel. C’est apprendre aux élèves à s’exprimer, à écouter, à comprendre qu’un accord donné peut être retiré, que toute interaction implique la réciprocité. Et c’est aussi reconnaître que les adultes peuvent se tromper, que l’école peut et doit évoluer.
Le consentement n’est pas un slogan, c’est une pratique
Il se vit dans les petits gestes du quotidien, dans l’attention portée à la parole de l’autre, dans le respect des corps et des émotions. Il ne suffit pas d’une séquence de prévention en cours de SVT ou d’un atelier ponctuel en éducation à la sexualité. Il faut en faire une culture, un fil rouge, un réflexe collectif.
Car une école qui ne reconnaît pas le consentement est une école qui reproduit la domination. Une école qui, parfois sans le vouloir, apprend à se taire, à subir, à intérioriser l’effacement. Refusons cela. Redonnons aux élèves leur pouvoir d’agir, leur droit à la parole, leur capacité à poser des limites.
Faire du consentement une valeur scolaire, c’est choisir une école plus juste, plus humaine, plus consciente. Une école qui n’élève pas seulement des esprits, mais aussi des consciences.
Meryam Ennouamane Jouali
