« On en a marre de la sélection, de la dépression »
« En tant que lycéen·ne·s, on se sent directement concerné·e·s par ce qui se passe » explique Sofia Tizaoui de l’Union syndicale lycéenne, « On en a marre de la sélection de Parcoursup, de la dépression. Aujourd’hui, la situation est grave. »
Blocus, filtrages, pancartes dans les rues de Paris et d’ailleurs : plus de 150 lycées ont été bloqués selon l’Union nationale des lycéens (UNL), qui salue une jeunesse « à la hauteur du mouvement social ». « La jeunesse ne se laissera pas faire face à Emmanuel Macron. On essaie de nous infantiliser, alors qu’on subit au quotidien les répercussions des coupes budgétaires » glisse Sofia Tizaoui au Café pédagogique. Dans leur viseur : Parcoursup, la précarité et l’abandon des services publics.
« Quand il n’y a pas de professeur devant la classe, ce n’est pas un hasard : c’est parce que l’État n’investit pas assez dans l’Éducation. Quand 100 000 élèves restent sans affectation à cause de Parcoursup, c’est parce que le gouvernement ne crée pas assez de places à l’université » poursuit la lycéenne. « Nous demandons l’abrogation du système de sélection opaque de Parcoursup. Oui, une sélection peut exister, mais elle doit être transparente, équitable, et ne pas reproduire les inégalités territoriales. Le système actuel est à revoir entièrement »
« On veut parler de nous, et parler à nos élèves »
La mobilisation s’est aussi exprimée du côté des enseignant.es. Au lycée Diderot, un établissement polyvalent et populaire situé place des Fêtes à Paris, une dizaine de professeur.es en grève ont accroché des banderoles devant le lycée et dans le quartier, pour se faire entendre, se rendre visibles et connaître. « On commence l’année à 25 élèves, on finit à 35. Comment faire un vrai travail pédagogique dans ces conditions ? On y arrive, on sait faire… quand on n’est pas 35 par classe » précise l’enseignante.
Élisa*, professeure mobilisée, raconte l’effervescence de l’heure syndicale de la veille, la volonté de créer du lien entre enseignant.es et élèves autour des injustices vécues au quotidien.
Pourquoi est-elle en grève ? « Aujourd’hui, on veut parler de nous et aux élèves, afficher dans le quartier, rejoindre le mouvement pour dire que l’école publique mérite mieux. On se demande comment faire, mais on veut être là. Pour que l’école reste un lieu de justice sociale. »
Les parents aussi mobilisés : « L’Éducation nationale n’est pas épargnée »
La FCPE du Val-de-Marne a aussi appelé à soutenir les journées de mobilisation des 10 et 18 septembre, aux côtés des syndicats lycéens et enseignants : « Face à un budget 2026 d’austérité, l’Éducation nationale n’est pas épargnée. Les différents mouvements sociaux qui s’organisent dans notre pays font écho à cette situation que vivent les parents d’élèves au quotidien. »
Une mobilisation plus forte que les chiffres ne le disent ?
Dans les établissements, la colère dépasse les chiffres. Elle s’ancre aussi dans un épuisement professionnel, le sentiment d’abandon du service public.
Et cela dépasse les murs de l’école pour Elisa*, et certainement d’autres : « l’école ne peut plus continuer comme ça. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse nos établissements : c’est une question de justice sociale. »
Djéhanne Gani
*prénom modifié
