« La réussite scolaire reste fortement corrélée à l’origine sociale »
Adoptons d’abord ce postulat : l’école est tout à la fois le creuset des inégalités sociales et le lieu de la possible réduction de ces dernières. Mais pour accomplir cette promesse, il faut dans un même mouvement comprendre les mécaniques qui, dans l’organisation scolaire comme dans les pratiques professionnelles, aggravent les inégalités, et s’outiller dans sa classe pour les réduire, les combattre, voire les inverser. C’est pour cela que le premier constat fait par les autrices de ce livre est sans appel : le système éducatif français est l’un des plus inégalitaires d’Europe. La réussite scolaire reste fortement corrélée à l’origine sociale, au genre, au handicap et tous les rapports sociaux générant des inégalités.
Partant de leur double expérience de terrain et de formation, les deux enseignantes interrogent d’abord en profondeur la manière dont les pratiques scolaires, souvent de manière invisible, renforcent ces inégalités. Pour autant, l’ouvrage ne se limite pas à dénoncer : il veut comprendre pour transformer et cette posture a de quoi convaincre et séduire. À travers une lecture critique des situations ordinaires de classe (répartition de la parole, organisation des groupes, évaluation, rapports d’autorité…), les autrices proposent une grille de lecture ancrée dans la réalité quotidienne des enseignant·es, nourrie par la recherche et l’analyse de pratiques.
« Le constat étant posé, il est temps d’agir »
Ainsi le livre est découpé en deux parties qui se répondent et que l’on lit de manière dialectique. La première interroge les fondements mêmes du système scolaire. Les autrices, alternant situations scolaires et apports théoriques, y parlent du postulat d’éducabilité, de l’hétérogénéité des classes, des stéréotypes, de la compétition, ou encore des mécanismes invisibles de production des inégalités.
La seconde partie sonne l’heure des travaux pratiques ! Le constat étant posé, il est temps d’agir : d’accueillir, d’organiser, de construire, de coopérer … et les autrices proposent ainsi une articulation persuasive et fluide pour les enseignant·es qui souhaiteraient mettre en place dans leurs classes des pratiques visant à réduire les inégalités. C’est d’ailleurs à partir des pratiques professionnelles que les 16 chapitres sont construits, mettant en lumière les dilemmes qui peuvent se poser aux enseignant·es et tentant de les résoudre en mettant en avant des gestes professionnels susceptibles de favoriser l’égalité.
« 16 situations proposées par les autrices »
Ce qui rend cet ouvrage particulièrement précieux, c’est d’abord sa capacité à rendre visibles ces petits gestes du quotidien qui, sans intention malveillante, contribuent parfois à renforcer les écarts. Pour y remédier, et c’est le deuxième pivot de ce livre, les autrices refusent les simplifications hâtives ou culpabilisantes. Au contraire, elles valorisent l’expertise enseignante, la complexité du métier, et proposent une posture réflexive exigeante mais respectueuse.
Vous l’aurez compris, à la veille de la rentrée des classes, ce livre est un outil à mettre dans les mains de celles et ceux qui veulent identifier les situations inégalitaires afin de pouvoir agir dessus. Pour ma part, j’ai également lu ce livre en regardant ce qui peut, dans les 16 situations proposées par les autrices, générer de la controverse professionnelle. Car nous le savons dans ces colonnes du Café pédagogique, les débats sur le travail bien fait ne sont jamais finis !
Frédéric Grimaud
De Murièle Couilleau et Véronique Stéphan – Éditions Canopé, 2023
