L’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », qui devait se tenir les 13 et 14 novembre 2025 au Collège de France, suscite une vague d’indignation dans le monde académique et politique. Décidée à la demande du ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste, cette décision met en lumière les tensions croissantes entre indépendance scientifique et pressions politiques. Pour France Universités, cette décision « porte atteinte à la liberté académique ».
L’annulation ferait suite à des pressions médiatiques et politiques venues de milieux d’extrême droite. Le ministre justifie son intervention au nom d’un « débat libre, respectueux et pluriel », évoquant un manque de « pluralité » et d’« excellence » dans le programme.
Le colloque, coorganisé par l’historien Henry Laurens, titulaire de la chaire Histoire du monde arabe, et le CAREP-Paris, devait rassembler un panel international d’universitaires et de personnalités politiques dont Dominique de Villepin, Josep Borrell et Francesca Albanese, rapporteure spéciale de l’ONU. Cette dernière a vivement réagi sur X, accusant la France, « berceau des Lumières », d’« étouffer la liberté académique dès qu’elle éclaire la Palestine ». Le CAREP a, de son côté, dénoncé une « intervention politique arbitraire » et une atteinte grave à « l’indépendance des savoirs ».
Les réactions institutionnelles se multiplient : France Universités a fait part de son « incompréhension » et de sa « vive inquiétude » face à une décision qui « porte atteinte à la liberté académique ». Le SNESUP-FSU et SUD éducation exigent la réhabilitation du colloque, dénonçant des « pressions politiques inacceptables ».
Des voix politiques de gauche, notamment Mathilde Panot (LFI) et Olivier Faure (PS), ont également critiqué cette annulation, y voyant une ingérence directe du pouvoir exécutif dans la recherche. Pour nombre d’universitaires, cette annulation marque un tournant préoccupant : celui d’une mise au pas du champ académique au nom de la sécurité ou du « respect des valeurs républicaines ». « Il fallait du courage pour donner des leçons […] d’intégrité scientifique à Henry Laurens, qui compte seulement à son actif quelques dizaines d’ouvrages sur la question d’Orient et les affaires de Palestine» écrit avec ironie François Héran, titulaire de la chaire « Migrations et sociétés » au Collège de France, dans une tribune.
Dans la soirée du 11 novembre, le CAREP a annoncé son intention de maintenir le colloque « hors des murs du Collège de France ». Il invite « les universités, établissements d’enseignement supérieur, institutions culturelles, centres de recherche et ONG mobilisés à ouvrir des espaces de diffusion, et à mettre à disposition des salles et des écrans pour permettre aux étudiants et au public intéressé de suivre les interventions collectivement.» La session d’ouverture « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines » se tiendra dans les locaux du CAREP-Paris.
Djéhanne Gani
Communiqué 1 du CAREP-PARIS (Centre arabe de recherche et d’études politiques de Paris)
