Comment est né le projet ArduBots Race ?
Par le passé, j’avais déjà organisé des projets eTwinning basés sur le même principe qu’ArduBots RACE, à savoir une compétition amicale en équipes internationales. Le premier était un concours de fusée à eau avec des élèves de collège et le deuxième comprenait plusieurs épreuves mettant en jeu des petits drones programmables. J’ai donc adapté l’idée au profil de mes élèves en intégrant de l’électronique et de l’informatique. J’ai ensuite cherché des partenaires enseignants sur la plateforme eTwinning. J’ai ainsi rencontré Dalibor Todorovic, enseignant d’informatique à Niš en Serbie. Il a très vite adhéré à l’organisation générale proposée et nous avons fondé ArduBots RACE ensemble. Nous avons ensuite intégré des élèves italiens au projet.
Comment avez-vous déployé le projet ?
Mes élèves étaient en première bac pro systèmes numériques. Leurs enseignements professionnels se partageaient entre l’informatique et l’électronique. Du fait des différentes réformes récentes du bac pro et de choix établis de façon plus ancienne au sein de notre équipe pédagogique, ils sont confrontés régulièrement à la pédagogie de projet : en matière professionnelle ou scientifique, en co-intervention, pour le chef d’œuvre, etc. Ces élèves avaient de plus choisi l’option section européenne. Pendant cette heure supplémentaire hebdomadaire, je leur ai donc proposé un projet intégrant un objectif supplémentaire de communication en anglais. Avec le collègue serbe, nous avons misé sur une organisation en petits groupes pour que cette communication soit plus personnelle et effective. Ainsi, nous avons formé 4 équipes internationales qui comprenaient chacune 2 élèves de chaque établissement partenaire.
Quelles ont été les étapes de travail ?
L’objectif premier était de développer le travail en équipe pour l’apprentissage des compétences.
La première grande étape du projet consistait notamment à proposer et à choisir ensemble les composants électroniques du robot pour répondre aux contraintes fixées par les règles de la compétition. Pour encourager les équipes à trouver leurs propres solutions technologiques, nous avons utilisé l’outil Miro. Il nous a permis de créer des tableaux collaboratifs distincts, chacun étant accessible aux seuls membres de l’équipe et restant invisible pour les autres. Durant cette phase, chaque équipe a également collaboré pour proposer un circuit de course.
La deuxième grande étape concernait la programmation des robots. Cette étape ne nécessitait plus de « secret technologique » puisque les quatre solutions retenues étaient complètement différentes. Nous avons choisi d’utiliser le forum du TwinSpace, visible de tous les membres du projet, pour que les élèves continuent de collaborer en s’échangeant des bouts de codes ou des conseils.
Ce projet a permis de travailler des compétences au programme du bac pro systèmes numériques. En électronique, ils ont découvert certains composants, ont appris à les câbler, quels étaient leurs rôles. En informatique, ils ont développé des compétences en programmation, ont découvert des protocoles de communication des données. En mathématiques, ils ont travaillé sur l’algorithmique, au programme du bac pro.
L’usage de la carte Arduino a-t-il été une première pour vos élèves ? Comment ont-ils réagi à cette découverte ?
Plusieurs élèves découvraient la carte Arduino. Les élèves serbes et italiens étaient plus expérimentés. Nous avons donc créé une activité où les élèves ont pu partager des ressources Arduino sur le TwinBoard d’une page du TwinSpace. Les élèves ont ainsi pu consulter des tutoriels en anglais par d’anciens élèves de leur bac pro, faits lors d’un précédent projet eTwinning. Ces ressources partagées leur ont permis d’apprendre les bases d’Arduino. La majorité a très vite appris à la prendre en main. Ils ont pu constater que cette carte polyvalente et relativement simple d’emploi pouvait être très utile. Quasiment tous l’ont choisie comme base de leur projet de chef d’œuvre, en dehors du projet Ardubots RACE.
Comment la collaboration avec les autres établissements européens s’est-elle organisée ?
Quand le collègue serbe a répondu à mon annonce sur la plateforme eTwinning, nous avons trouvé un créneau commun deux jours après pour faire un appel en visio. Cela nous a permis de nous mettre d’accord rapidement sur les principales activités collaboratives. Une nouvelle fois deux jours après, nous organisions notre première visioconférence avec les élèves ! J’ai eu de la chance de rencontrer un collègue si enthousiaste et réactif ! Lors de cette première rencontre, nous avons formé les équipes de manière aléatoire puis les élèves ont collaboré pour la première fois pour construire ensemble les règles de bonne conduite grâce à un document partagé en ligne sur lequel tous pouvaient intervenir simultanément.
Les tableaux Miro ont ensuite servi de support à la collaboration au sein des équipes. Chaque coéquipier pouvait ajouter sa contribution, voir les propositions des autres, commenter, voter si nécessaire. Pour ma part, j’ai incité tous les élèves à agir sur le tableau de leur équipe à chaque séance hebdomadaire, pour garder une activité régulière. De même, pour la deuxième partie concernant la programmation, mes élèves ont laissé à chaque séance un message sur le forum du TwinSpace, que ce soit pour partager un code, une photo ou une vidéo de test du robot. Les partenaires ont également pu collaborer sur les tableaux Miro et sur le forum, à la fréquence qu’ils souhaitaient, certains élèves le faisant même depuis leur domicile.
Tout d’abord, les élèves ont pu développer des compétences en communication en anglais et se perfectionner dans le vocabulaire technique propre à leur spécialité professionnelle. Ensuite, le fait de collaborer à distance avec des partenaires qui ne travaillaient pas forcément en même temps ou avec la même fréquence leur a permis d’apprendre la patience et de pratiquer le consensus à l’heure des choix de solutions techniques et de matériel notamment.
Quels ont été les effets observés sur la motivation et l’engagement des élèves ?
L’aspect collaboratif mais aussi compétitif du projet a clairement eu un effet sur l’engagement des élèves. Certains ont poussé la réflexion très loin, parfois même plus que nécessaire. Tous ont gagné en autonomie. À chaque séance, ils se connectaient spontanément, allaient chercher leur matériel, les circuits, faisaient leurs tests et remettaient en ordre en fin de séance sans que j’aie à répéter les consignes de travail.
Quels outils et plateformes avez-vous utilisés pour mener à bien ce projet ? Avez-vous rencontré des difficultés particulières ? Si oui, comment les avez-vous surmontées ?
Nous avons eu recours à plusieurs ressources numériques. Pour se présenter, les élèves ont utilisé l’outil d’intelligence artificielle HeyGen qui permet de faire à partir de photos et d’un texte des vidéos très réalistes de personnages parlant dans n’importe quelle langue. Le logo du projet a également été créé grâce à l’intelligence artificielle. Nous avons utilisé un outil de génération aléatoire des équipes Team Maker, puis Meetingwords un pad en ligne (aujourd’hui hors service) pour que les élèves écrivent à plusieurs mains le code de conduite du projet lors de la première visioconférence. Toutes les visioconférences ont été organisées grâce à l’outil interne du TwinSpace. Miro a été l’outil essentiel de la collaboration entre coéquipiers.
La difficulté résidait dans le fait qu’un enseignant ne pouvait créer qu’un tableau, donc pour une seule équipe. Chaque enseignant a donc créé et géré un tableau pour que chaque équipe ait son propre espace. Les élèves ont appris seuls à s’en servir, en faisant des essais de toutes les fonctionnalités offertes. Genially a été utilisé pour présenter les règles de la compétition, également lors d’une visioconférence. Cette présentation a pu être intégrée dans le TwinSpace, la rendant accessible à tous. D’autres fonctions du TwinSpace ont également été utilisées, le TwinBoard (mur collaboratif) et le forum pour la collaboration lors de la phase de programmation des robots. L’environnement de développement Arduino a été utilisé pour programmer les robots via les cartes Arduino Uno. Enfin, des formulaires en ligne Framaforms ont permis de réaliser l’évaluation du projet.
En quelques mots, pouvez-vous nous dire la plus-value d’un projet eTwinning en tant qu’enseignant ?
En tant qu’enseignant, eTwinning apporte bien plus qu’une simple pédagogie de projet. Les échanges avec des enseignants européens poussent à innover pour établir de vraies collaborations à distance entre élèves. La créativité dans l’utilisation d’outils numériques correspondant aux besoins est constamment stimulée. J’ai beaucoup appris grâce à tous mes collègues et je les remercie !
Propos recueillis par Anthony Riou et Jean-Michel Le Baut
