Les enfants, premières victimes des violences sexuelles
Les enfants, rappelle l’autrice dans l’introduction du premier tome destiné aux plus petits « sont les premières victimes d’agressions sexuelles et de viol ». Les chiffres sont édifiants : près de 60% des victimes de viol sont des mineur·es, et dans une écrasante majorité des cas ceux-ci sont commis par des proches, voire au sein-même des familles pour 25 % d’entre eux. Selon une enquête de l’INSERM « en 2021, 13 % des femmes et 5,5 % des hommes disent avoir subi des violences sexuelles dans leur enfance » : plus d’une femme sur 10 ! C’est dire l’urgence de la situation. On évalue d’ailleurs aujourd’hui à 160 000 le nombre d’enfants victimes de violences sexuelles chaque année. Le récent enchaînement de cas d’agressions sexuelles dans des écoles maternelles parisiennes, en particulier dans le cadre périscolaire, témoigne, si besoin en était, de la terrible actualité de ces données.
« Mon corps c’est moi, mon corps est à moi »
Dans la première partie, intitulée « Découverte du corps », il est question du corps, extérieur et intérieur. On y parle simple, vrai, et avec des mots justes, sans mettre le moindrement mal à l’aise. L’autrice s’en explique dans son petit mot d’introduction : « Je parle de l’estomac comme je parle du sexe. J’évite toute sacralisation pour éviter les tabous, il s’agit de santé et non de sexualité, ainsi il est plus facile de développer une image positive de toutes les parties de notre corps ».
Transmettre aux enfants des connaissances sur leur corps, c’est en effet leur donner des mots pour décrire, quand ils ont mal, où ils ont mal, et être ainsi mieux soignés. C’est aussi leur permettre de nommer des violences sexuelles subies et d’être ainsi mieux protégés. Participent de cette même démarche les illustrations de Victoire Doux, explicites mais adaptées à l’âge.
Apprendre tout petit à se respecter, à être respecté et à respecter les autres
La partie suivante, « Notre corps nous-mêmes », est axée sur le respect que l’on se doit, que l’on doit aux autres et que l‘on nous doit : « Mon corps c’est moi, mon corps est à moi ». Y sont évoquées les questions de l’intimité, de la pudeur, du consentement et la « grande loi des humains » qui « interdit qu’un grand ou une grande touche le sexe d’un enfant pour se faire plaisir ».
La troisième partie, « Grandir », est consacrée aux origines et aux différents âges de la vie. Si on regrette que la conception d’un enfant y soit associée à « la graine de vie d’une maman » et « d’un papa », cette approche hétéronormative est heureusement atténuée dans la dernière partie, « Le monde des grands et des grandes », consacrée au thème de la famille (celle des humains comme celle du vivant), par une représentation beaucoup plus inclusive de la parentalité.
Rassurer les ados en construction
Tout aussi réussi, le second tome s’adresse à des lecteurices plus âgé·es, de 12 à 16 ans et donc plus autonomes, même s’il pourra susciter un dialogue fécond avec des adultes. Complexes divers associés aux changements du corps, questions tabous y afférant, peurs de ne pas être conforme aux normes : l’ouvrage se donne comme but essentiel de rassurer, d’inviter chacun·e à refuser de se faire dicter ce qu’iel est et ce qu’iel veut faire, ou ne pas faire. « Emporte ta liberté avec toi et prends en soin ! »
Les questions plus directement liées à la sexualité sont davantage présentes dans ce tome, mais toujours abordées avec le même souci de franchise et de respect à la fois. De la même manière, les illustrations de Pauline Deshayes, parfois anatomiques, sont plus explicites, mais font toujours le choix de couleurs douces et harmonieuses. Ici encore chacun·e est invité·e à aller à son rythme dans son questionnement, et à ne pas hésiter d’ailleurs à « sauter un chapitre », s’iel « n’a pas envie d’en entendre parler pour le moment ». Ou inversement à aller plus loin en flashant un QR code renvoyant à une vidéo, sur les sites consentement.info, matilda.education ou l’espace santé étudiants de l’université de bordeaux notamment.
Déconstruire idées reçues et rumeurs
Beaucoup d’idées reçues et rumeurs y sont déconstruites, notamment concernant les organes sexuels, et les « standards irréalistes » véhiculés par certains sites en ligne ; ou les représentations stéréotypées de la sexualité et du plaisir sexuel, faites de performance masculine, voire de violence.
Rappelons que le dernier rapport du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes alertait sur l’augmentation et la banalisation des violences sexistes et sexuelles, présentes dans 90 % des contenus pornographiques, à partir desquels beaucoup d’adolescent·es construisent leurs représentations. Une enquête de l’ARCOM, basée sur les données d’audience internet de Médiamétrie, publiée en mai 2023 évoquait en effet la forte progression de l’exposition des mineurs à ceux-ci : « Chaque mois, 2,3 millions de mineurs fréquentent des sites pornographiques, un chiffre en croissance rapide au cours des dernières années. Dès 12 ans, plus de la moitié des garçons se rend en moyenne chaque mois sur ces sites, ils sont près des deux tiers à s’y rendre entre 16 et 17 ans. En moyenne, 12% de l’audience des sites adultes est réalisée par les mineurs. »
Des chiffres à méditer en cette journée du 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.
Claire Berest
« Y a plein de manières d’être un garçon, Thomas Messias : un guide à hauteur de pré-ado ». Article à retrouver sur le site du Café pédagogique.
