Qu’est-ce que le « vibe coding » ?
Le vibe coding représente une nouvelle étape dans l’évolution du développement logiciel, que l’on pourrait qualifier de « No-Code 2.0 ». Contrairement au codage traditionnel où l’on écrit chaque ligne de syntaxe, le vibe coding consiste à décrire ses intentions, ses idées et ses besoins à une intelligence artificielle en langage naturel. On procède par itérations successives : on donne une consigne, on observe le résultat, et on affine par la discussion jusqu’à obtenir l’outil souhaité.
C’est une approche très fluide où l’on « insuffle » une direction à la machine. Pour débuter, on peut utiliser des chatbots classiques intégrant des capacités d’exécution de code comme Gemini, Claude (avec ses Artifacts) ou ChatGPT (Codex). Pour des projets plus ambitieux, des outils spécialisés comme Google AI Studio Build, Lovable ou Bolt.new permettent de générer des applications complètes et déployables en quelques clics.
Comment l’utilisez-vous pour produire du contenu en SVT ? Des exemples ?
J’utilise le vibe coding pour transformer des besoins pédagogiques identifiés sur le terrain en solutions numériques concrètes. Cela me permet de produire des outils de haute qualité en un temps record. Voici quelques exemples de mes productions, dont la plupart sont centralisées sur mon site Portail-SVT et progressivement partagées sur la Forge des Apps Education :
- Outils utilitaires : un Gestionnaire de plan de classe pour optimiser la gestion du groupe.
- Générateurs d’exercices : comme GenetiLogic, qui permet de créer des exercices personnalisés en génétique.
- Laboratoires de simulation : Detsex 6, qui simule des mécanismes biologiques complexes.
- Jeux sérieux (Serious Games) : le jeu d’enquête médicale Dr. Maison. Ce projet est particulier car il utilise une clé API pour connecter l’application à un modèle d’IA, permettant aux élèves d’interagir dynamiquement avec le scénario.
Même si le processus peut être chronophage par moments, le vibe coding me permet de créer des outils sur mesure qu’il aurait été impossible de développer seul sans compétences avancées en programmation.
Quels conseils donneriez-vous à des enseignant.es qui souhaitent se lancer ?
Mon premier conseil est de commencer petit. Utilisez d’abord les chatbots classiques pour créer des pages web simples ou de petits scripts avant de s’attaquer à des projets complexes incluant des bases de données ou des API.
Voici trois piliers pour réussir :
S’acculturer au vocabulaire technique : même si on ne code pas, comprendre ce qu’est le front-end (l’interface), le back-end (la logique serveur) ou une base de données permet de donner des instructions beaucoup plus précises à l’IA.
Partir d’un besoin réel : l’outil doit résoudre un problème concret rencontré en classe. C’est votre expertise pédagogique qui doit guider l’IA, pas l’inverse.
Savoir s’arrêter : « Le mieux est l’ennemi du bien ». Une fois que l’application remplit sa fonction pédagogique, il est inutile de s’épuiser dans un débogage sans fin pour des détails esthétiques complexes, surtout quand l’application devient très dense.
Est-ce envisageable de faire travailler des élèves sur le vibe coding ? Pour quelles productions ?
C’est une piste très intéressante, mais il faut être clair sur l’objectif : le vibe coding n’est pas fait pour apprendre à coder. Pour maîtriser réellement la programmation, rien ne remplace l’apprentissage traditionnel de la syntaxe et de la logique algorithmique. Le vibe coding pourrait même être un « piège » en donnant l’illusion de la maîtrise.
Cependant, il est extrêmement pertinent dans le cadre d’une démarche de projet. Les élèves peuvent se positionner comme des « chefs de projet » :
- Ils rédigent un cahier des charges précis.
- Ils utilisent le vibe coding pour créer des prototypes fonctionnels (par exemple, une application de suivi de la biodiversité locale ou un simulateur d’impact carbone).
- Ils apprennent ainsi à structurer leur pensée, à formuler des requêtes logiques et à tester des solutions techniques de manière agile, comme s’ils passaient commande à une équipe de développeurs.
Propos recueillis par Julien Cabioch
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