« J’ai toute une équipe derrière moi, dont certains ont tué des gens… ne reste pas seul sinon tu vas y passer. Les gens comme toi méritent de crever », est l’un des messages reçus par une professeure sur son téléphone personnel. Depuis le mois de juin 2025, une enseignante du collège Politzer de La Courneuve subit un harcèlement téléphonique, parfois des dizaines d’appels quotidiens. Puis elle a eu des menaces de mort explicites et des usurpations d’identité pour des rendez-vous médicaux. Pour l’équipe pédagogique et l’enseignante, un faisceau d’indices montre que cela pourrait être un élève. Après les drames des dernières années, l’équipe pédagogique exprime de la peur, mais aussi l’inquiétude pour un élève avec des troubles sérieux qui potentiellement aurait besoin d’une prise en charge.
« Un pur scandale » : la colère contre la DSDEN
Si la direction de l’établissement soutient l’enseignante, le choc est total face à l’attitude de la Direction académique (DSDEN) pour les représentants syndicaux. Lors de la réunion de la formation santé sécurité au travail (F3STC), l’administration a « balayé le dossier d’un revers de main », réfutant tout caractère d’urgence sous prétexte qu’il n’existe aucune « preuve avérée » de l’implication d’un élève.
Tony Tremblay, le co-secrétaire du Snes-FSU 93, exprime sa colère : « On est sous le choc de voir que des menaces de mort sont prises extrêmement à la légère par la DSDEN, c’est un pur scandale. » Le syndicaliste ajoute que les personnels sont « sidérés de ce que donne à voir l’institution » en matière de protection des agents.
Cette crise sanitaire et sécuritaire s’inscrit dans un contexte de dégradation profonde du collège Politzer classé en éducation prioritaire renforcé. Les personnels décrivent une « véritable boucherie » concernant la Dotation Horaire Globale (DHG) et dénoncent des locaux vétustes marqués par des fuites d’eau. « Plutôt que de profiter d’une baisse d’effectifs, la direction académique a baissé les moyens », déplorent les grévistes.
Le silence de l’institution face aux alertes
Malgré trois plaintes déposées entre décembre et février et un faisceau d’indices pointant vers l’entourage professionnel ,l’enseignante est sans nouvelle de l’enquête comme du rectorat mais accompagnée par la direction de l’établissement et les syndicats. C’est d’ailleurs après la publication d’un communiqué de la FSU 93 et de la CGT 93 publié le 16 mars, que l’enseignante a obtenu la protection fonctionnelle mardi 17 mars. Interpellé par Sophie Vénétitay, la secrétaire générale du snes-FSU, le ministère n’a toujours pas apporté de réponse.
Les enseignants préviennent : d’autres actions suivront si le rectorat persiste dans son mutisme et son manque de considération. Pour l’équipe éducative, la question dépasse le cas individuel : « L’institution protège-t-elle ses personnels ? Est-on véritablement en sécurité dans notre espace professionnel ? » demande le représentant SNES-FSu de l’établissement Mathieu Miannay.
Djéhanne Gani
