Mais qu’est-ce que les « classes défense » ?
Depuis 2015, l’État développe des classes dites « défense », en partenariat entre les ministères des Armées et de l’Éducation nationale. Ces dispositifs visent à faire découvrir aux élèves la culture de défense à travers un projet pédagogique interdisciplinaire, mené en lien avec une unité militaire.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus large de renforcement des capacités militaires : le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a annoncé 8,5 milliards d’euros supplémentaires pour les commandes de munitions d’ici 2030. Parallèlement, une proposition de loi portée par le député Christophe Blanchet vise à généraliser l’enseignement de la défense dès la 6e, en l’intégrant aux matières existantes plutôt qu’en créant un nouveau cours. L’objectif est de développer un « esprit de défense » en abordant des enjeux variés comme la désinformation, les cybermenaces ou les souverainetés économiques. Le texte prévoit également l’intervention de réservistes.
Un enseignement déjà présent et transversal
Selon le ministère de l’Éducation nationale, l’éducation à la défense « n’est pas une discipline à part entière ». Elle est abordée dans de nombreuses matières – enseignement moral et civique, histoire-géographie, sciences, arts ou français – dès l’école primaire. Elle vise à « former les élèves aux enjeux, missions et organisations de la défense et de la sécurité nationale » et s’inscrit dans le parcours de citoyenneté, aux côtés du recensement et de la Journée Défense et Citoyenneté (JDC).
Des dispositifs concrets complètent cet enseignement : lycées militaires, réserves citoyennes ou stages dans les armées. L’ensemble repose sur un protocole interministériel renforcé en 2016, qui organise le rapprochement entre Éducation nationale et Défense avec l’objectif de renforcer la cohésion et la cohésion.
Un développement rapide
Que sont « des classes défense et sécurité globale » ?« Ces classes sont construites à l’initiative d’une équipe pédagogique d’un établissement, autour d’un projet interdisciplinaire d’éducation à la défense s’ancrant dans les programmes scolaires, pouvant contenir un volet mémoriel, qui se voit concrétisée grâce à un partenariat avec une unité relevant des forces de défense et de sécurité. Les moments d’échanges entre les élèves et les personnels des corps en uniformes en constituent les temps forts. Les CDSG contribuent ainsi activement à la formation de la personne et du citoyen ainsi qu’aux quatre parcours éducatifs. Les CDSG sont une priorité ministérielle, dont l’objectif est, à court terme, d’en doubler le nombre et couvrir tout le territoire national » lit-on sur le site ministériel Eduscol.
Dans ce cadre, les classes défense se sont fortement développées, passant de 380 en 2021 à 780 en 2023. Elles dépassent aujourd’hui les 1 200, pour plus de 32 000 élèves concernés sur l’ensemble du territoire. Interdisciplinaires et relativement souples dans leur mise en œuvre, elles mobilisent des enseignants de diverses disciplines, même si elles sont souvent portées par des professeurs d’histoire-géographie. Elles sont présentes sur tout le territoire, y compris en Outre-mer, et touchent particulièrement certains établissements en éducation prioritaire ou en zones rurales.
La progression des classes défense est continue depuis 2016, où seules 160 classes existaient, selon le ministère de l’Éducation nationale. En parallèle, d’autres dispositifs se développent, comme les cadets de la défense ou de la gendarmerie, qui proposent aux jeunes une immersion dans le monde militaire et peuvent déboucher sur un engagement dans la réserve. 878 jeunes volontaires participent aux centres des cadets de la défense, encadrés par des militaires et des enseignants, à destination des collégiens et lycéens. Le ministère des Armées indique aussi que 8 474 jeunes effectuent des stages d’observation au sein de l’armée de Terre.
Des dispositifs critiqués
Ces dispositifs suscitent toutefois des critiques. Certains syndicats s’interrogent sur la légitimité de cet enseignement, ils dénoncent un risque de militarisation de l’école ou de ciblage des publics scolaires, notamment les plus fragiles. Ils estiment qu’ils peuvent servir de levier de recrutement pour l’armée, en ciblant le public scolaire. Des dérives ont été dénoncées, comme dans un lycée où les élèves ont manipulé des faux Famas et armes lors d’un atelier. De son côté, le ministère des Armées affirme que l’objectif est avant tout pédagogique : faire comprendre les missions et le rôle des forces armées. Dans cette logique, un guide intitulé « Acculturer les jeunes à la défense » a été publié en novembre 2025 pour les établissements scolaires, regroupant les différents dispositifs favorisant la rencontre avec les militaires.
Le rapprochement entre l’Éducation nationale et la Défense ne date pas d’hier. Un premier protocole a été signé en 1982, suivi de la mise en place des « trinômes académiques » en 1987 pour former la communauté éducative aux questions de défense. D’autres accords ont ensuite été conclus en 1989, 1995, 2007 et 2016. Ancien, le rapprochement entre l’école et l’armée reste donc un sujet sensible. Entre volonté de renforcer la citoyenneté et crainte d’une instrumentalisation et de militarisation de l’école, le débat demeure ouvert.
Djéhanne Gani
