Alors qu’une nouvelle vague de chaleur touche la France, les organisations syndicales de l’Éducation nationale dénoncent l’insuffisance des réponses ministérielles. Elles alertent sur les risques pour la santé des personnels et des élèves, tout en rappelant les obligations de l’employeur et les moyens d’action à la disposition des agents. Le Ministère annonce que « l’identification des écoles, établissements et centres d’examen qui seront concernés par une fermeture ou un report d’examen est encore en cours dans les académies. Une communication sera faite au niveau national dans la journée ». Edouard Geffray se rendra ce vendredi au collège Édouard Herriot de Lucé (28) ainsi que dans deux autres écoles du département.
Canicule et examens
Jeudi 18 juin, le ministère a annoncé, après une réunion avec les recteurs et rectrices, le report de certaines épreuves au cas par cas, en particulier les épreuves orales programmées pour lundi après-midi, en lien avec les directions des examens et des concours (DEC) et les chef·fes de centre.
Pour la secrétaire générale du Se-Unsa, « il est important que l’on trouve des solutions rapides pour que les élèves passent leurs épreuves et les personnels assurent les jurys dans de bonnes conditions » mais elle relève qu’ « on se soucie de l’impact sur les examens sans parler des écoles où certes il n’y a pas d’examen mais où les conditions d’accueil et d’exercice sont inacceptables sur de nombreuses localités ».
Les fermetures d’écoles et de collèges pourront être décidées par les préfets. Le Se -unsa demande que les directeurs d’école et personnels de direction soient pleinement associés aux décisions prises localement.
Une même consigne pour tous ? Elisabeth Allain-Moreno estime que « l’adaptation au plus près de la réalité de chaque territoire et même de chaque établissement est indispensable, donc toute mesure uniformisée mettra en difficulté ».
Sud dénonce une « gestion au cas par cas » : « Dans le premier degré, ce sont donc les directeurs et directrices d’école qui vont se trouver en position de lanceur·ses d’alerte pour que la situation de leur école soit prise en compte dans une chaîne de décision associant la DSDEN, la mairie et la préfecture. Dans les collèges, si les chef·fes d’établissement ont bien la possibilité d’interdire l’accès aux locaux si la santé des personnels et des élèves est menacée, ce sont bien les préfet·es qui peuvent décider de la fermeture de l’établissement ».
Sud « met en garde contre cette gestion au cas par cas, qui risque de se traduire par des grandes disparités dans le traitement des situations et dans la prise de décision, que ce soit sur le report des examens, sur la fermeture des écoles et établissements ou sur les autorisations d’absence accordées aux personnels vulnérables ».
« Il va falloir mettre un terme aux mesures d’urgence quant aux conditions climatiques car le vrai sujet est celui du bâti scolaire qui n’avance pas alors que les conditions climatiques s’aggravent » s’agace Elisabeth Allain-Moreno.
Un plan canicule jugé insuffisant
Pour la CGT Éduc’action, le ministère « poursuit sa politique de bricolage permanent » en proposant des « solutions inappropriées » face à un phénomène désormais récurrent. Le syndicat critique notamment les aménagements d’horaires annoncés lors des examens, estimant qu’ils révèlent « le manque d’empathie à l’égard d’élèves passant des épreuves majeures ». Il rappelle également qu’« aucune mesure contraignante n’est aujourd’hui en place » alors qu’une nouvelle vague de chaleur frappe le pays. La CGT critique notamment les aménagements d’horaires annoncés pendant les examens, considérés comme la seule mesure concrète mise en avant par le ministère. Selon elle, cette réponse témoigne d’un manque d’anticipation alors que les élèves, notamment ceux du baccalauréat professionnel, ont déjà dû composer dans des salles surchauffées.
L’UNSA Éducation partage ce constat. Selon elle, le plan ministériel reste largement déclaratif, sans outils ni méthodologie permettant aux équipes d’évaluer objectivement les risques. Le syndicat dénonce une approche essentiellement réactive, centrée sur la gestion de crise, et regrette l’absence d’une véritable stratégie de rénovation du bâti scolaire. Il estime que, dans les faits, « la responsabilité [est] transférée vers les personnels, au détriment de leur santé et de celle des élèves ».
Sud souligne les mesures du plan ministériel dans lequel « il est demandé de privilégier les salles à l’ombre, de fermer les stores ou les volets, d’adapter l’accueil des élèves en fonction des espaces exposés au soleil ». Or « ces mesures ne peuvent se mettre en place quand les classes sont surchargées, quand les établissements sont déjà saturés et le matériel vétuste. Face à cette vague de chaleur, les établissements scolaires et universitaires ne sont pas adaptés. Les températures peuvent dépasser 42 degrés dans certaines salles. Cette situation dégrade les conditions de travail, d’enseignement et d’étude ».
Une mobilisation syndicale qui s’organise
Le SNES-FSU a de son côté réactivé son dispositif de suivi de la canicule, avec notamment une enquête nationale, une carte des températures relevées dans les établissements et des ressources destinées à informer les personnels sur leurs droits et les démarches à entreprendre.
Au-delà de l’urgence, les organisations syndicales réclament des investissements durables dans les bâtiments scolaires. La répétition des vagues de chaleur montre que la question ne peut plus être traitée dans l’urgence. Des investissements structurels dans les bâtiments scolaires et une véritable politique nationale de prévention sont nécessaires afin que la protection des personnels et des élèves ne repose plus uniquement sur l’adaptation locale ou la bonne volonté des équipes.
Djéhanne Gani
Fermetures d’écoles, report de certains oraux : la chaleur perturbe notre système scolaire
