Claude Lelièvre a très bien dit ce qu’il fallait penser de cette proposition d’un candidat à l’élection présidentielle, formulée dans un entretien au journal Le Monde du 25 août 2026[1] (en attribuant au passage un bonnet d’âne à l’auteur) : « Je rétablirai le certificat d’études à l’entrée en 6e pour garantir que les élèves ont le bagage nécessaire pour réussir au collège »[2].
Nous souhaitons, en complément, commenter d’autres propos qui figurent dans le même entretien. Nous pensons nécessaire d’en proposer une traduction pour faire apparaître plus clairement ce qui n’ose pas (pas encore) être dit :
Texte original :« Je souhaite aussi un collège plus individualisé. Les groupes de niveau en français et en mathématiques seront généralisés. En 4ᵉ et en 3ᵉ, un quart du temps sera différencié avec des matières professionnelles et technologiques pour certains, un approfondissement dans des disciplines pour d’autres ».
Traduction : « Nous mettrons fin au collège unique. Les groupes de niveau, qui ont pour seul but d’opérer un premier tri des élèves, seront généralisés. Nous rétablirons de fait un palier d’orientation en fin de 5e qui permettra sans le dire de rétablir les bonnes vieilles filières du CES d’antan. Nous proposerons en 4e et 3e des matières professionnelles et technologiques réservées majoritairement aux élèves des milieux populaires qui n’iront plus encombrer inutilement nos lycées, sauf quelques exceptions que nous montrerons dans les médias pour nous donner bonne conscience. Nous organiserons un approfondissement dans des disciplines générales pour les « autres », c’est-à-dire pour les enfants des cadres qui n’auront plus le sentiment d’être tirés vers le bas par les enfants du peuple, les enfants de ceux qui ne sont rien ».
Intégrer dans les enseignements au collège des « matières professionnelles et technologiques » serait une bonne idée à au moins deux conditions : que cela soit des matières rénovées et adaptées au monde d’aujourd’hui ; que ces matières soient enseignées à tous et non seulement « à certains » car elles devraient faire partie de la culture de tout citoyen, même des futurs énarques.
C’est ainsi que nous pourrions aller vers un socle de connaissances, de compétences et de culture qui soit vraiment commun pour structurer la scolarité obligatoire et sans diminuer les exigences académiques pour les enfants du peuple. Mais c’est justement le mot « commun » qui ne convient pas à ceux qui, tout en prônant le « vivre ensemble », refusent le « scolariser ensemble » et ont en horreur la mixité sociale et scolaire. Il est vrai qu’avoir effectué l’essentiel de sa scolarité dans l’enseignement privé et n’avoir jamais vu le peuple de près, y compris à l’école, ne prépare pas à penser autrement.
Jean-Paul Delahaye
[1] Le Monde du 25 août 2026, Gabriel Attal : « Je souhaite une loi de programmation pour l’école et un ministre de l’éducation qui restera en poste cinq ans »
[2] Sur le blog de Claude Lelièvre Bonnet d’âne pour Gabriel Attal | Le Club
