« Ce n’est pas d’une réforme de plus dont nous avons besoin, c’est d’un cap »
Dans la cour du lycée Arago, à Paris, Édouard Geffray n’a pas cherché l’effet de rupture. Pour sa première conférence de rentrée, le ministre revendique au contraire la continuité, la fermeté et la méthode. « Loin des discours d’effondrement qui se multiplient, je crois que nous gardons la main sur notre avenir, et que cet avenir passe par notre École », affirme-t-il… avant de présenter un diagnostic sans concession. « Un affaissement du niveau d’expression » des élèves, de fortes disparités en français et en mathématiques, une « invasion » des écrans. « Nos résultats ne sont pas à la hauteur de ce que nous promettons à nos enfants », pas question pour autant, assure-t-il, d’empiler une réforme supplémentaire. « Ce n’est donc pas d’une réforme de plus dont nous avons besoin, c’est d’un cap. » Un cap résumé en quatre verbes : instruire, protéger, unir, prévoir.
L’instruction d’abord
C’est le cœur du discours. Édouard Geffray veut remettre la pédagogie au centre du métier enseignant et assume une pédagogie « plus explicite », « plus rigoureuse ».
Son constat porte sur plusieurs décennies : la France ferait face à « un affaiblissement du niveau de ses élèves depuis quarante ans », particulièrement en maîtrise de la langue et en compétences scientifiques et mathématiques. Le bilan choisi de plusieurs décennies de politiques éducatives permet de faire l’économie du bilan de la dernière décennie, le bilan de la politique éducative sous la présidence de Macron. Pour cette dernière rentrée après deux quinquennats, l’ambiance n’est pas au satisfecit.
Le ministre pointe ce qu’il considère comme un recul progressif de « l’exigence de la rigueur et de l’apprentissage méthodique. « L’École n’est pas la voiture balai de la société », affirme-t-il. Elle doit rester « le lieu de l’instruction, de la socialisation et de l’émancipation par le savoir ». « On ne peut pas tout demander à l’École », insiste le ministre. Sa priorité est donc de permettre aux enseignants de se recentrer sur « leur cœur de métier ». Mais sans moyens complémentaire ni formation. Ni profiter de la baisse démographique pour baisser le nombre des élèves par classe.
Du vocabulaire à la résolution de problèmes : retour aux fondamentaux
Cette priorité doit commencer dès le premier degré avec des programmes qui ont été intégralement revus et les efforts engagés dans l’éducation prioritaire, notamment avec le dédoublement des classes. Seule référence au bilan d’ailleurs, si ce n’est le retour des épreuves de baccalauréat du lycée professionnel en juin, une décision présentée comme l’un des enseignements tirés des précédentes expériences.
La première bataille du ministre Édouard Geffray est celle du langage : il fixe un objectif précis : 2 500 mots de vocabulaire maîtrisés à la fin de la maternelle.
La lecture et l’écriture doivent également retrouver une place centrale. Le ministre rejette les exercices qu’il juge trop mécaniques : « Nos élèves n’apprennent pas en complétant des textes à trous, mais en lisant et en écrivant des phrases complètes et correctes, et en apprenant les règles de grammaire. »
L’occasion d’un clin d’œil choisi: le lycée Arago est l’ancien établissement de M. Bled, dont le nom reste associé aux célèbres ouvrages de grammaire. « C’est sans doute un signe ! », sourit le ministre. Même logique pour les mathématiques, où les automatismes et la résolution de problèmes doivent être replacés au cœur des apprentissages. Un air de retour des « fondamentaux ».
Au collège, donner aussi sa chance à l’excellence
« Un élève a le droit d’être bon », affirme-t-il. Le ministre veut également s’attaquer à un autre paradoxe : celui d’une école qui cherche à réduire les difficultés mais qui, selon lui, ne valorise pas suffisamment les meilleurs élèves. Le ministre annonce ainsi la création d’un premier Concours général des collèges, avec l’objectif d’une représentation équilibrée entre filles et garçons. « Chaque territoire aura son premier prix ». Trois cents nouvelles classes de CHAM — classes à horaires aménagés musique — doivent également être créées. C’est aussi la première rentrée du dispositif des 800 collèges où les demandes de formation des enseignants seront acceptées, se félicite le ministre, et les dispositifs consolidés.
Le lycée et les examens : l’exigence doit se voir dans les notes
L’exigence pour les examens. Dès le début du mois de septembre, les éléments de correction et les attendus du brevet et du baccalauréat seront rendus publics. Un barème précis sur la maîtrise de la langue, discipline par discipline, indiquera notamment le nombre de points susceptibles d’être perdus lorsque la maîtrise du français est manifestement insuffisante.
Une rentrée dans les pas de Blanquer ?
« Tenir ce cap n’appelle ni frénésie, ni effets d’annonce, ni idéologie » déclare le ministre, mais peut-être appelle-t-il un bilan ?
Édouard Geffray refuse l’étiquette d’une grande réforme qui porterait son nom. La rentrée du dernier ministre Rue de Grenelle de la présidence Macron redessine la ligne politique du premier quinquennat et du ministre Blanquer: retour aux fondamentaux, exigence accrue, priorité au français et aux mathématiques, autorité de l’institution, valorisation de l’excellence et recentrage du métier enseignant sur l’instruction. Une orientation qui rappelle nettement la période Jean-Michel Blanquer. La boucle est bouclée.
Djéhanne Gani
