Pas de « réforme Geffray », mais une rentrée avec des nouveautés. Mardi 25 août, depuis le lycée Arago à Paris, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a fixé son cap : « instruire d’abord, protéger, unir, prévoir ». Au menu : écrans et portables, questionnaire sur les violences sexuelles, examens en matinée et barème sur la maîtrise de la langue, généralisation de la commémoration du 11-Novembre, décret pour changer d’affectation un élève et création d’une direction territoriale de l’École.
La rentrée, « le plus grand rendez-vous du pays »
Dans la cour arborée du lycée Arago, Édouard Geffray a voulu donner le ton. « La rentrée, c’est le plus grand rendez-vous du pays », lance le ministre, qui revendique une méthode plutôt qu’un grand bouleversement. « Nous sommes ici au cœur de l’école », insiste-t-il. Pas de loi-programme ni de « réforme Geffray »… mais une succession d’annonces qui, mises bout à bout, dessinent une feuille de route et des changements. Le ministre revendique la continuité avec ses prédécesseurs tout en cherchant à imprimer sa marque sur quelques sujets sensibles : l’autorité, les écrans, le niveau scolaire et la protection des élèves. « Tenir ce cap n’appelle ni frénésie ni effets d’annonces », prévient-il. Pourtant, la conférence de presse en aura livré plusieurs.
Écrans : « une véritable urgence sanitaire et scolaire »
« Pour la première fois, les élèves français vont avoir droit à une scolarité complète sans téléphone portable » déclare Edouard Geffray, glissant ensuite, qu’ « aucun argument sérieux ne justifie le portable en cours ». C’est l’un des sujets, sur lesquels le ministre adopte le ton le plus alarmiste. « Les écrans ne sont pas un simple divertissement, ils sont l’objet d’une forme d’addiction qui constitue une véritable urgence sanitaire », affirme Édouard Geffray, avec des « adolescents qui passent en moyenne 4 h 40 par jour devant les écrans », principalement sur les réseaux sociaux. Une exposition qu’il qualifie de « processus de destruction cognitive massif » au détriment de la concentration et autres activités, notamment entre les élèves dans l’établissement durant les pauses.
Examens : moins de flou sur le niveau de français
Le ministre veut également resserrer les exigences au moment des examens. Toutes les épreuves du brevet et du baccalauréat auront lieu le matin, à l’exception de certaines épreuves de la voie professionnelle qui nécessitent une journée complète.
Un barème précis sur la maîtrise de la langue doit être publié pour chaque discipline. Il précisera notamment « le nombre de points qu’une absence manifeste de maîtrise suffisante de la langue induira en perte de points sur la note finale ».
L’objectif, assure le ministre, est de donner aux élèves et aux enseignants une règle claire et commune. « Il ne s’agit pas de faire en sorte qu’il y ait moins de réussite », explique-t-il. Mais « de ne pas mentir aux élèves » et de faire coïncider la réussite à l’examen avec les compétences réellement attendues pour accéder aux études supérieures.
De la maternelle à la terminale, un questionnaire sur les violences sexuelles
Autre annonce : tous les élèves, 10 millions, de la maternelle à la terminale, devront cette année répondre à un questionnaire sur les violences sexuelles pour « rompre la chape du silence ». Le principe reprend celui du questionnaire sur le harcèlement, déjà déployé à partir du CE2, mais avec un contenu adapté à l’âge. En grande section, les enfants auront notamment recours à des smileys, pour les plus âgés, les questions seront plus directes pour mieux détecter les situations de violence et renforcer la capacité de l’institution à protéger les élèves. L’Ecole est le premier lieu de signalement, avec 88 000 informations préoccupantes : « il faut être très clair, les resultats risquent d’être sismiques ».
Un décret pour changer l’affectation d’un élève suite à un comportement de la famille
« Ce n’est pas une sanction, c’est une mesure de protection » plaide le ministre pour défendre le décret controversé paru au cœur de l’été qui permet « à compter de la rentrée, de changer d’affectation un élève dont les parents font peser une menace grave sur les personnels ou le fonctionnement de l’institution ».
Le 11novembre entre dans toutes les écoles
« J’ai décidé que le 11 novembre, jour de la Victoire et de la Paix, journée nationale d’hommage à tous les Morts pour la France, serait désormais commémoré dans l’ensemble des écoles et établissements scolaires, à partir du CM1 », Le ministre veut aussi donner davantage de place à la mémoire nationale. À partir du CM1, le 11Novembre sera désormais commémoré dans l’ensemble des écoles et établissements scolaires. Un guide sera remis aux équipes éducatives pour organiser ces cérémonies, conçues comme « brèves mais solennelles ».
Une direction de la politique territoriale de l’Ecole et de l’anticipation
C’est l’annonce la plus institutionnellela création d’une « direction de la politique territoriale de l’École et de l’anticipation ». Édouard Geffray la décrit comme une sorte de « DATAR de l’École » pour prévoir à cinq ans. Son rôle sera de rassembler les services compétents au niveau national pour mieux prévoir les évolutions démographiques, les besoins scolaires et l’aménagement de l’offre éducative.
L’IA enseignée à tous les élèves de seconde en 2027
A la veille d’une élection présidentielle, le ministre regarde au-delà de cette rentrée et annonce qu’à compter de septembre 2027, tous les élèves de seconde bénéficieront d’un enseignement consacré à l’intelligence artificielle. L’an dernier, la ministre Borne annonçait déjà une heure en 4eme et 2nde à la rentrée… 2025.
Ainsi, derrière le discours de la continuité, la conférence de rentrée d’Édouard Geffray aligne une série de mesures très concrètes. Pas de « réforme Geffray », donc, mais des règles plus strictes pour les examens, une vigilance accrue sur les violences sexuelles, une offensive contre les écrans, une nouvelle place accordée aux commémorations et une réorganisation de l’administration scolaire.
Si le ministre ne veut pas être un réformateur, cette rentrée marque bien quelques changements, dans la continuité. Le cap est bel et bien maintenu.
Djéhanne Gani
