Que veut Jean-Michel Blanquer ? Officiellement candidat à rien, celui qui détient le record de longévité au ministère de l’Éducation nationale a néanmoins la volonté d’être présent dans le débat public. A l’image de son livre L’école de demain (Odile Jacob, 2016), opportunément paru six mois avant l’élection présidentielle de 2017 et faisant office de profession de foi éducative, le professeur de droit public semble placer ses pions, à huit mois de l’élection de 2027.
Bernard Cazeneuve, Natacha Polony, Manuel Valls, Phillipe Aghion…
Déjà, en novembre 2025, il publie un nouvel ouvrage, Civilisations (Albin Michel, 2025), dans lequel il revient sur ses cinq années rue de Grenelle et dessine sa vision de la France. En juin dernier, il donne à L’Express une interview fleuve sur le thème de l’État – et de son soi-disant « affaiblissement » – et de la décentralisation. Et, surtout, Jean-Michel Blanquer organise, ces 27 et 28 août à Sens (Yonne), la troisième université d’été de son « Laboratoire de la République ». Ce « cercle de réflexion » se donne pour objectif de « protéger l’intégrité de la République en tant que lieu de notre souveraineté, de l’expression du peuple par le peuple, de la délibération démocratique, et de la défense du progrès ». A cette fin, il se veut un « lieu de débats et d’actions, d’expérimentation et d’élaboration d’une pensée républicaine ».
Ainsi, pendant deux jours, Jean-Michel Blanquer, qui préside ce « laboratoire » (en plus de présider Terra Academia, une école fondée par Veolia), compte bien être le centre de l’attention. Son objectif est de « donner un ton puissant à la rentrée politique », a-t-il expliqué en juillet dans les colonnes de L’Yonne Républicaine. Et l’ex-ministre s’en est donné les moyens, avec des participants aux différentes tables-rondes aux noms bien connus. Seront ainsi sur scène notamment Bernard Cazeneuve, Jérôme Guédj, Xavier Bertrand, François Baroin, Valérie Pécresse, Jean-Louis Borloo, Aurore Bergé, Karim Bouamrane, Natacha Polony ou encore Patrick Martin (président du Medef). En outre, Manuel Valls tiendra une conférence sur la laïcité, alors que Philippe Aghion, prix Nobel d’économie, interviendra sur son domaine de prédilection.
Un débat sur l’école
Il sera également question d’école lors d’une table-ronde intitulée « L’école au cœur du pacte républicain ». Elle ne devrait pas susciter de grandes contradictions entre Jean-Michel Blanquer, Ilana Cicurel, députée européenne en charge des questions d’éducation chez LREM en 2017, Marie Caroline Missir, que Jean-Michel Blanquer avait nommée à la tête de Canopé, et Marin de Nebehay, essayiste et membre du laboratoire de la République.
Enfin, deux débats clôtureront cette université d’été : l’un entre Jean-Michel Blanquer et le premier Ministre Sébastien Lecornu, et l’autre entre François Hollande et Édouard Philippe.
Quel rôle pour Blanquer lors de l’élection présidentielle ?
Dans la présentation du laboratoire, l’ancien ministre dit vouloir combattre les « nouvelles radicalités issues des deux extrêmes de notre champ politique ». Force est de constater, à travers les invités présents à cette université d’été, que, pour Jean-Michel Blanquer, l’extrême-gauche commence bien plus près du centre que l’extrême-droite. Ainsi, les invités les plus à gauche font-ils partie de l’aile droite du Parti socialiste, opposés à tout rapprochement à La France insoumise. Quand, de l’autre côté, seront présentes des personnalités à tout le moins suspectées d’accointance avec des thèses d’extrême-droite, telles que Boualem Sansal.
Après avoir été pressenti au poste de premier Ministre, avant d’être lâché par Emmanuel Macron, et malgré une défaite au premier tour des élections législatives en 2024, Jean-Michel Blanquer compte bien peser dans la prochaine campagne présidentielle. Pas moins d’une demi-douzaine de candidats ou présupposés candidats à cette élection seront ainsi présents à l’université d’été. Son bilan rue de Grenelle devrait en outre être discuté lors de la campagne, d’autant que le programme éducatif d’Edouard Philippe, que l’ex-ministre juge « digne de la fonction » de président, reprend nombre de mesures que Jean-Michel Blanquer prône. Peut-être ce dernier espère-t-il pouvoir les mettre en œuvre dans quelques mois.
Erwin Canard
Programme de l’université d’été
