De nombreuses perturbations
La semaine qui vient de s’écouler restera dans les mémoires des équipes des académies de Nantes et de Toulouse. « A Nantes, tous les services sont bloqués. La messagerie professionnelle a été rétablie mercredi en soirée pour les personnels dotés de clé OTP (direction, gestion, secrétariat) mais les profs n’ont toujours pas accès », témoigne un chef d’établissement concerné.
Suite aux attaques dont l’Education nationale a fait l’objet, certaines académies pâtissent encore de perturbations numériques. « Nous sommes dans le flou sur les postes partagés. Le problème est l’accès aux bases de données », indique ce professionnel. Avec une hypercentralisation, les accès aux listes d’élèves sont bloqués. Les équipes qui avaient des sauvegardes sur Excel ont pu travailler. Du côté de Nantes des points sont effectués tous les jours avec le rectorat et surtout la direction du système d’information, qui en réfère aussi à Paris.
« La préparation de rentrée est très chaotique : manque d’informations, aucune possibilité d’échange par mail. Les services font ce qu’ils peuvent (échange téléphonique pour les postes partagés et les stagiaires). Nous aurions un retour à la normale en début de semaine prochaine ». L’ancienne messagerie Thunderbird fonctionnerait mieux que la nouvelle sous Zimbra… « Administrativement cela est très pénible mais c’était la meilleure solution » a affirmé Edouard Geffray, ministre de l’Education nationale lors de sa conférence de presse de rentrée. Pourtant, « certains chefs d’établissement se sont même décrits comme étant « au chômage technique », incapables d’accéder aux outils nécessaires pour préparer la rentrée », raconte le journal Le Monde.
Lors des conférences de presse de rentrée syndicale, la cyberattaque a été longuement évoquée. « Aujourd’hui, tout ne fonctionne pas. On va fonctionner en mode dégradé : on n’aura pas accès à toutes les applications. », note Axel Benoist, co-secrétaire général du SNUEP-FSU (lycées professionnels). Il dénonce « l’irresponsabilité du ministère, qui semble minorer la question des attaques ». Le syndicaliste pointe également le manque d’informations sur les conséquences de la cyberattaque : « Ne pas être capable de dire ce qu’il en est en termes de données… Aujourd’hui, le ministère doit s’adresser aux collègues de manière claire pour dire ce qu’il en est réellement. »
Un blocage des accès dénoncé
« Suite aux cyberattaques, les personnels de direction de l’académie de Bordeaux n’ont plus eu accès à ARENA, portail d’applications métier, jusqu’à vendredi dernier », indique Xavier Yvart, secrétaire académique du SNPDEN-UNSA à Bordeaux. « C’est le choix ministériel d’adopter des solutions de sécurisation à moindre coût que nous payons avec cette crise, que le SNPDEN-UNSA dénonce. » La désorganisation rappelle celle de la période Covid. En effet, certaines équipes regrettent d’être laissées sans appel de la hiérarchie.
« Dans l’académie de Nantes, les affectations des élèves non affectés au 3e tour sont reportées au 14 septembre », souligne le Snes-FSU qui relève aussi que des enseignants stagiaires n’ont pas pu prendre contact avec leur établissement. Ce chaos est très bien décrit dans cette enquête de Médiapart qui évoque « les contractuel·les, nombreux et nombreuses à n’avoir reçu aucune nouvelle de leur affectation, à quelques jours de la reprise des cours, tout comme les AESH (accompagnant·es d’élèves en situation de handicap), les professeur·es titulaires remplaçant·es et les stagiaires ».
Concernant le paiement des salaires, il n’y a pas eu d’incidence. À Toulouse, la paie est sécurisée pour les personnels de l’académie. La question se pose toutefois pour les personnels recrutés fin août et en septembre : ils bénéficieront d’une avance de 70 %, mais ne pourront pas être payés intégralement. Les dossiers sont traités au format papier, avec une saisie manuelle. « Pour les ultimes affectations, nous sommes obligés de les effectuer à la main à Toulouse », note le ministre lors des questions à l’issue de sa conférence de presse. « L’inscription se fera en décalée ».
Le ministère lance deux audits
Pour les élèves concernés par le troisième tour d’affectation à Toulouse, tout bascule sur les serveurs académiques de Montpellier. « La communication avec les collègues et le rectorat reste compliquée. À ce stade, aucun calendrier ne peut être communiqué dans l’académie de Toulouse », indique le Snes-FSU.
Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, dénonce une forme de « désinvolture » dans la réponse apportée par le ministre lors de la conférence de presse, ainsi que l’absence « d’excuses ». La syndicaliste rappelle d’ailleurs qu’Édouard Geffray a été secrétaire général de la CNIL (commission nationale de l’informatique et des libertés) de 2012 à 2017.
Sur le vol des données, les personnels expriment le « sentiment d’être isolés, lâchés par l’institution ». L’employeur a une obligation de protection physique des personnels, mais aussi de leurs données. Cette situation « alimente le sentiment de défiance des collègues ».
Pour Sophie Vénétitay, « le discours académique est une forme de déni. C’est grave, ce qui vient de se passer. » Une plus grande transparence est jugée nécessaire, plutôt que d’affirmer simplement que « ça va bien se passer ». Le ministère annonce avoir lancé deux audits : l’un sur la sécurisation des système l’autre sur son organisation. Edouard Geffray souhaite que les responsables de la sécurité informatique soient au plus proche des recteurs ou rectrices. A suivre !
Djéhanne Gani
