Une Éducation nationale « à l’os »
Lors de sa conférence de presse de rentrée qui a eu lieu à Montreuil, Agnès Andersen a dressé le portrait d’une Éducation nationale « à l’os ». Elle a alerté sur les nombreuses difficultés : moyens tardifs, problèmes de remplacement, surcharge administrative, instabilité numérique et multiplication des injonctions. Pour les personnels de direction, la rentrée est « en mode dégradé », à l’image de leurs conditions de travail et de leur pouvoir d’achat.
La question salariale reste en effet au cœur des revendications. Pour ce syndicat indépendant des personnels de direction de l’Éducation Nationale, il est impossible de parler des conditions de travail sans évoquer la rémunération. Le syndicat estime à 31 la hausse du point d’indice pour retrouver le pouvoir d’achat du début des années 2000. Et le projet de budget 2027 ? les 800 millions d’euros supplémentaires annoncés pour l’Éducation nationale sont jugés insuffisants au regard de l’inflation, du vieillissement des personnels et de la technicité croissante des métiers. Pour ID-FO direction, il s’agit d’un « choix politique, choix budgétaire ». « Si le système éducatif ne traite pas mieux ses cadres, cela n’avancera pas ».
« Plus on nous parle d’autonomie, moins on en a »
Pour le syndicat de direction ID-FO, la succession des ministres — 19 en trente ans — traduit une instabilité devenue chronique. Mais le problème est surtout celui du pilotage du système éducatif. « Directives, vade-mecum, évaluation, guide, évaluation, etc. », énumère Agnès Andersen, avec fatigue et colère, dénonçant autant de dispositifs alourdissant leur charge de travail. Un sondage présenté lors de la conférence de presse montre que 75 % des personnels interrogés estiment que leur charge a augmenté. Pour la secrétaire générale la rentrée n’a pas permis de souffler après une fin d’année marquée par les fortes chaleurs. À la fin du mois d’août, les difficultés se sont accumulées : « Notre limite, c’est notre capacité physique et mentale, notre santé », alerte le syndicat.
La question du remplacement constitue toutefois un point positif car elle semble désormais identifiée comme une priorité ministérielle. Encore faut-il, estime ID-FO, qu’elle se traduise par des moyens supplémentaires, y compris pour les personnels administratifs…
Cyberattaque : « On est revenu au crayon, papier, téléphone »
La situation numérique constitue l’un des points les plus préoccupants de cette rentrée. À Nantes notamment, l’arrêt de plusieurs applications nationales a fortement perturbé le fonctionnement des établissements. Pour les personnels concernés, cela se résume à un travail supplémentaire chronophage et à cette méthode : « on est revenu au crayon, papier, téléphone ».
Crainte sur les données volées, demande de transparence et d’un plan d’urgence
Les directions s’interrogent également sur les données qui ont pu être compromises. « On a aucune info ». Le syndicat demande à la Direction du numérique pour l’éducation un plan d’urgence numérique et davantage de communication. Dans certains établissements, les difficultés touchent les messageries des enseignants et les outils de vie scolaire. Les chefs d’établissement doivent alors assurer eux-mêmes la transmission des informations.
« Si la rentrée est possible, c’est grâce aux adjoints », souligne le syndicat, qui demande que la surcharge de travail liée à ces dysfonctionnements soit reconnue. Le syndicat s’inquiète par ailleurs du projet d’interopérabilité sur lequel travaille le ministère et a saisi la CNIL au sujet de la protection des données personnelles.
PISA : « Personne n’est surpris »
Les résultats de PISA ne surprennent pas les personnels de direction. Le décrochage français est connu, estime ID-FO. Ce qui inquiète davantage est la réponse apportée : « un énième vade-mecum », alors que les établissements auraient besoin de moyens et d’une évaluation des réformes successives. Le syndicat dénonce une accumulation de mesures depuis dix ans sans véritable bilan global. La proposition de consacrer davantage de temps à l’autonomie des élèves est également accueillie avec scepticisme : encore faut-il disposer des moyens humains et matériels nécessaires.
Pour ID-FO, PISA n’est finalement que le révélateur d’une école déjà fragilisée : difficultés de remplacement, manque de personnels, surcharge de travail et cadres « épuisés » dès les premières semaines de rentrée. « On colmate les brèches » répète la responsable syndicale. Mais jusqu’à quand ?
Djéhanne Gani
