Une plongée dans le quotidien d’une école
Actuellement visible sur la plateforme de France Télévisions, ce reportage a fait le bonheur de ma rentrée. Intitulé Une petite école française, le documentaire d’Olivier Lemaire filme une année scolaire complète, du jour de la rentrée jusqu’à son dernier jour. On est plongé dans la vie intime de cette école parisienne, au plus près de ceux qui la font vivre. Le parti pris du reportage est de filmer la vérité du quotidien sans voix off. Pas de commentaire, uniquement le bruit de l’école, la voix des enfants, celle des enseignants.
Le travail engagé d’une équipe
On y découvre le travail d’une équipe engagée autour de son directeur. Les doutes et les difficultés sont exprimés par les enseignants eux-mêmes. On y perçoit non du découragement, mais des regrets de ne pouvoir répondre aux besoins des élèves à la hauteur de leur ambition, aussi immense que sincère. On comprend le rôle de chacun dans ce microcosme particulier : celui, essentiel, des enseignants ; celui fédérateur et central du directeur ; la place fondamentale des AESH auprès des élèves les plus fragiles ; la coopération nécessaire avec les parents ; les moments d’échanges à la recherche de solutions malgré des moyens souvent défaillants. Les élèves ne sont pas oubliés : leurs émotions, leurs petits et leurs grands bobos, leurs progrès y sont omniprésents. Ceux d’Habibou, un petit élève de CP, fil rouge du reportage, sont bouleversants.
Une grande école
L’année scolaire se déroule au fil de ses rituels et de ses accidents de parcours qu’il faut compenser pour maintenir un équilibre fragile : une classe sans enseignant pendant 15 jours parce qu’il n’y a plus de remplaçants disponibles, l’organisation de l’année scolaire suivante impactée parce qu’il y a une menace de fermeture d’un poste d’enseignant… Mais l’équipe fait face, malgré la fatigue et la colère, parce qu’au-delà de tout, il y a des élèves à accueillir, des intelligences à construire. Décidément cette école n’a rien de « petit » : elle s’efforce de rendre possible la promesse républicaine de l’école publique. Rien de moins.
Après avoir visionné le reportage, on se dit qu’il serait impératif de le montrer aux candidats qui s’apprêtent à entrer en campagne électorale. Ne doutons pas que tous arriveraient à la même évidence qui crève l’écran : l’école publique est un pilier précieux, qu’il faut préserver et renforcer. Premier préalable nécessaire pour les prochains élus : rappeler cette évidence.
Appauvrissement des professeurs
Ensuite, construire une politique éducative de long terme en s’appuyant sur le principal atout de l’école : ses enseignants. Il faut maintenant entendre et répondre à leurs besoins de formation. La complexité du métier qu’on entrevoit dans ce reportage exige de revoir d’urgence la formation initiale et continue.
L’autre aspect évoqué est la rémunération des professeurs. Comme le rappelle une enseignante de l’école, la chute du niveau de vie des professeurs est vertigineuse. Trop longtemps, les gouvernements successifs ont dû penser que le sentiment d’utilité sociale, le sens de la mission ou la durée des vacances tenaient lieu de rémunération. Emportés par leur obsession de réduire les dépenses publiques, ils ont bloqué la masse salariale des enseignants, comme s’il s’agissait d’une simple variable économique d’ajustement parmi d’autres. Aujourd’hui, l’appauvrissement des profs issu de cette politique a des conséquences graves : ceux qui restent en souffrent, d’autres cherchent à démissionner, et les nouvelles recrues se détournent du métier d’enseignant.
Le défi de l’inclusion scolaire
Autre point montré dans le reportage : le défi de l’inclusion scolaire. Le cas d’Habibou est une exception, dans une école particulière. Les choses se passent rarement dans cette fluidité et cette douceur. La loi de 2005 sur l’obligation de scolariser tous les enfants a confié à l’école un défi socialement indispensable, sans toutefois lui allouer les moyens nécessaires : pas de formation spécifique pour les enseignants, un recrutement de personnels AESH très peu qualifiés, mal rémunérés et en nombre insuffisant, une détérioration de l’offre de soins extérieurs, une diminution des places offertes dans les établissements d’accueil médico-éducatifs. Le résultat, c’est que la réussite de l’inclusion de ces enfants repose trop sur l’école. Confrontée à ses limites, celle-ci souffre de ne pouvoir répondre aux besoins, malmenée entre les attentes légitimes des familles et l’absence de moyens. Le modèle de l’inclusion, comme le montre un récent rapport du Sénat paru en 2026, doit être repensé.
C’est pourquoi, plutôt que des promesses gratuites, des slogans vides de sens ou des postures idéologiques, l’école attend des prochains élus des réponses construites pour être déroulées sur le long terme, qui se concentrent sur des besoins réels identifiés des élèves et des professeurs, dans le respect des principes qui fondent l’école de la République.
Geneviève Legal
Une petite école française, reportage d’Olivier Lemaire, sur la plateforme France Télévisions jusqu’au 29 septembre.
