À l’approche de 2027, l’École s’impose comme un enjeu majeur du débat politique. Face au poids croissant des inégalités sociales sur la réussite scolaire, au déclassement des enseignants et à la ségrégation entre établissements, le conseiller régional socialiste Yannick Trigance défend une ambition : faire de nouveau de l’École le creuset de l’égalité républicaine. Revalorisation du métier enseignant, réduction des effectifs, mixité sociale, lutte contre le harcèlement et inclusion sont au cœur de cette refondation.
Un système parmi les plus inégalitaires de l’OCDE
Cette rentrée scolaire s’inscrit dans une année marquée par une campagne présidentielle qui déterminera en avril prochain le type de société que souhaitent nos concitoyens.
Dans ce débat national, l’éducation et donc l’École doivent y occuper une place centrale.
L’École est en effet la plus belle promesse de la République : celle qui permet à chaque enfant, quelle que soit son origine, de construire librement son avenir. Pourtant, cette promesse est aujourd’hui fragilisée.
La France est devenue l’un des pays développés où l’origine sociale pèse le plus lourd sur la réussite scolaire. Les enquêtes internationales montrent que notre système éducatif est l’un des plus inégalitaires de l’OCDE : le niveau scolaire des élèves dépend davantage de leur milieu social que dans la plupart des pays comparables.
Près de 40 % de la variation des performances scolaires s’explique par le milieu socio-économique, un niveau parmi les plus élevés de l’OCDE : 62 % des enfants d’ouvriers obtiennent le baccalauréat quand dans le même temps 98 % des enfants de cadres le réussissent. Autrement dit, le destin scolaire d’un enfant est encore trop souvent déterminé par le quartier dans lequel il grandit et par la profession de ses parents.
Cette réalité n’est pas une fatalité. Elle appelle une réponse politique forte : refaire de l’École le creuset de l’égalité républicaine.
Cette ambition commence par un investissement massif dans celles et ceux qui font vivre l’école : les enseignants.
Revaloriser et mieux accompagner les enseignants
En quarante ans, leur déclassement a été spectaculaire. Un professeur débutant gagnait l’équivalent de 2,2 SMIC au début des années 1980 ; il ne perçoit plus aujourd’hui qu’environ 1,1 SMIC avec une perte de pouvoir d’achat de 22 % depuis 2000.
Les enseignants français en milieu de carrière sont rémunérés en moyenne 16 % de moins que leurs homologues de l’OCDE, et leurs salaires ont beaucoup moins progressé que dans les autres pays développés ces dernières années tout en étant les moins formés, tant d’un point de vue de la formation initiale que de celui de la formation continue.
Ce décrochage a des conséquences concrètes : déconsidéré, dévalorisé, victime d’un « prof bashing » régulièrement alimenté par les conservateurs de tous bords, le métier n’attire plus suffisamment. Les concours de recrutement peinent à faire le plein, de nombreux établissements rencontrent des difficultés croissantes pour remplacer les enseignants absents, le taux de démission et de burn-out ne cesse d’augmenter.
C’est pourquoi il y a urgence à revaloriser les rémunérations, à améliorer la formation continue et à renforcer l’accompagnement professionnel.
Il faut également redonner du temps et de l’attention à chaque élève.
Moins d’élèves par classe pour mieux faire réussir chacun
Les classes françaises figurent parmi les plus chargées d’Europe. Réduire progressivement le nombre d’élèves par classe, avec un objectif de 19 élèves maximum, constitue un investissement majeur pour la réussite de tous, en particulier des enfants issus des milieux populaires. Avec une baisse démographique évaluée à 1,7 million d’élèves d’ici à 2035, cet objectif est atteignable sans création de postes supplémentaires.
Mais il n’y aura pas d’École de l’égalité sans mixité sociale.
La mixité sociale, condition de l’égalité
Aujourd’hui, notre système scolaire est profondément ségrégué. L’indice de position sociale (IPS), désormais rendu public, révèle des écarts considérables entre établissements, certains concentrant presque exclusivement les élèves les plus favorisés, d’autres les élèves les plus défavorisés. Dans certains départements, le taux d’évitement du collège public peut atteindre 35 %, alimentant la ségrégation scolaire.
Dans de nombreux territoires, l’enseignement privé sous contrat accueille une population socialement beaucoup plus favorisée que l’enseignement public, contribuant à une forme de séparation scolaire qui s’est aggravée au fil des années. C’est ainsi que 75 % des 200 collèges dont les IPS sont les plus élevés sont des collèges privés sous contrat quand 98 % des 200 collèges dont les IPS sont les plus bas sont des collèges publics !
Cette ségrégation est une menace pour la cohésion nationale. Une société qui ne fait plus grandir ses enfants ensemble est une société qui se fragmente et notre École ne peut transmettre une appartenance commune à la République sur des processus de ségrégation ou de séparatisme.
C’est pourquoi il n’y a plus de tergiversation possible : il convient de conditionner les financements publics accordés aux établissements privés sous contrat à des objectifs de mixité sociale, de revoir la carte scolaire et de renforcer l’attractivité des établissements accueillant les publics les plus fragiles.
Là où des politiques volontaristes ont été engagées, comme par exemple dans certains collèges de Haute-Garonne, les résultats montrent que la mixité scolaire est possible dès lors que la puissance publique s’en donne les moyens.
Une école pour toutes et tous passe également par la mise en place d’une école du bien-être et de la coopération.
Une École plus protectrice et plus inclusive
Les élèves français figurent parmi les plus anxieux des pays de l’OCDE et expriment un fort sentiment de pression scolaire. Réussir à l’école, ce n’est pas seulement accumuler des connaissances ; c’est aussi apprendre à travailler avec les autres, à avoir confiance en soi et à devenir un citoyen éclairé.
La lutte contre le harcèlement scolaire doit constituer une priorité absolue. Plus d’un collégien ou lycéen sur six déclare avoir déjà été victime de harcèlement, et plus d’un tiers des jeunes disent avoir subi des violences ou humiliations à l’école au cours de leur scolarité. Aucun enfant ne devrait avoir peur d’aller en classe.
L’inclusion à l’école doit dépasser le seul stade de l’incantation : le nombre d’élèves en situation de handicap scolarisés a triplé depuis 2006, mais les moyens d’accompagnement demeurent insuffisants. Les personnels AESH – Accompagnant des élèves en situation de handicap – aujourd’hui deuxième groupe de personnels de l’Education nationale, sont sous payés et peu formés au regard du travail réalisé. Une République fidèle à ses principes doit garantir à chaque enfant les conditions de sa réussite, quels que soient ses besoins.
L’École ne peut plus être le lieu où se reproduisent les inégalités ; elle doit redevenir celui où elles se combattent.
Investir dans l’éducation, c’est investir dans notre jeunesse et par conséquent dans l’avenir de la France. C’est faire le choix d’une École plus juste, plus protectrice, plus exigeante et plus inclusive.
Une École qui n’abandonne personne et qui permet à chaque enfant de trouver sa place.
Une École de l’émancipation et de la coopération. Une École de la fraternité.
Parce que l’éducation est le premier des combats pour l’égalité, refaire de l’École le creuset de la République est une urgence démocratique et une espérance collective.
Yannick Trigance
