Eric Ciotti : un récidiviste avec aggravation
Eric Ciotti a annoncé l’installation de mâts dans les cours des 89 écoles primaires de la ville de Nice pour faire flotter le drapeau français en souhaitant que les élèves assistent à une levée des couleurs avec la Marseillaise chaque semaine. Et il a déclaré avoir « saisi le recteur pour travailler dans la concertation avec les chefs d’établissements, avec les personnels de la mairie, avec les parents, pour qu’il y ait au moins chaque semaine une levée des couleurs dans chaque école avec la Marseillaise […] Je pense que nos enfants ont besoin d’épouser ces valeurs, d’aimer les symboles de notre nation, pour les respecter dans l’école et au-dehors de l’école » (ICI Azur du 28 août)
Eric Ciotti est manifestement en la matière un récidiviste avec aggravation (il est vrai qu’il est désormais un allié en plein jour du Rassemblement national). Cela donne un certain avant-goût concret de ce qu’il pourrait se passer en cas de victoire de la droite extrême. On peut espérer que la « concertation » souhaitée par Eric Ciotti n’aboutisse pas (ce qui serait un autre « signal »). Mais ce qu’il s’est passé il y a sept ans vaut d’être rappelé en l’occurrence.
Un amendement déjà débattu en 2019
Le 11 février 2019, le député »LR » Eric Ciotti défend un amendement qu’il a déposé avec quelques autres parlementaires lors de la discussion à l’Assemblée nationale du projet de loi sur « l’École de la confiance » : « Cet amendement tend à faire en sorte que le drapeau français soit installé dans chaque classe de chaque école de la République. Nous avons évoqué La Marseillaise ; nous parlons maintenant du drapeau français. Nous devons aujourd’hui réaffirmer la nécessité de poser sur le chemin des élèves de l’école de la République des repères, d’ériger des digues contre les fléaux qui les menacent, notamment le radicalisme et l’islamisme. Adhérer aux valeurs de la République, la faire aimer, faire aimer le drapeau français et faire chanter La Marseillaise participent de cette volonté de restaurer, au sein de l’école de la République, la prééminence des valeurs qui ont fait la force et la grandeur de notre nation».
Le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer répond dans un premier temps en s’inscrivant sur ce point dans la continuité de ses prédécesseurs (en faisant valoir des arguments qui méritent d’être connus et rappelés) :
« Que les enfants connaissent la Déclaration des droits de l’homme, qu’ils chantent La Marseillaise et que le drapeau soit présent dans l’école est un objectif fondamental. Comme vous le savez, le code de l’éducation prévoit déjà chacun de ces éléments à l’échelle de l’école. Vous proposez qu’ils soient dorénavant présents à l’échelle de la classe.
Je ne dis pas que c’est une proposition absurde, mais je ne pense pas qu’il soit souhaitable de multiplier les affichages en classe pour des raisons pratiques assez évidentes. Nous devons, en revanche, nous attacher à ce que les élèves acquièrent une véritable connaissance de ces éléments. Or cela ne dépend pas tant d’une présence dans la classe que dans les programmes et dans la formation continue des professeurs, et tout simplement du fait que les inspecteurs de l’éducation nationale s’assurent de l’effectivité de ces apprentissages. C’est exactement le sens des consignes que j’ai pu donner depuis que je suis au ministère, dans la continuité des mesures importantes prises au cours des deux quinquennats précédents »
Mais d’autres députés »LR » prennent la parole et soutiennent l’amendement présenté par Eric Ciotti. Il y a une suspension de séance à l’issue de laquelle est proposé (et voté) un »compromis historique »(?) à la suite de »propositions faites par le Gouvernement, avec l’aval du premier signataire de l’amendement no 102 (Eric Ciotti). »
Cet amendement, rectifié, est désormais ainsi rédigé : « La présence de l’emblème national de la République française, le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge, du drapeau européen ainsi que des paroles du refrain de l’hymne national est obligatoire dans chacune des salles de classe des établissements du premier et du second degrés, publics ou privés sous contrat ».
Proclamer, afficher ou éduquer ?
On ne sait pas en quoi la présence dans toutes les classes du drapeau tricolore et du drapeau européen va (par magie ?) être de nature à assurer la compréhension et l’intégration du sens des » valeurs » invoquées. Et lesquelles ? Cela en dit long sur la méconnaissance du travail effectivement possible et nécessaire dans le cadre de l’Ecole ; et sur la dénégation (voire l’arrogance) en la matière portée par nombre de parlementaires avant tout soucieux de se placer sans vergogne dans la sphère politique (voire politicienne).
D’autant qu’il se pourrait qu’Eric Ciotti soit moins sensible qu’on le croit aux « mâles accents » de la Marseillaise (on sait qu’il a fait intervenir en son temps François Fillon lui-même pour échapper au service militaire).
In fine, l’article 4 de la loi « Pour une école de la confiance » publiée au BO du 26 juillet 2019 indique que « l’emblème national de la République française, le drapeau tricolore bleu blanc rouge, le drapeau européen, la devise de la République et les paroles de l’hymne national sont affichés dans chacune des salles de classe des établissements du premier et du second degrés publics et privés sous contrat ».
Avec quelles applications jusqu’ici ?
Claude Lelièvre
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