« Nous avons des échos de plusieurs académies où les non titulaires en CDD ne sont pas repris » s’inquiète Sophie Vénétitay, la secrétaire générale du Snes-FSU.
Le syndicat évoque 25 % de non-titulaires en moins dans l’académie de Toulouse, plus d’un tiers des collègues non repris à Poitiers, près de 300 à Créteil, et « plusieurs centaines aussi dans l’académie de Versailles ». Certains contractuels en CDD non-renouvelés ont été informés par mail le 21 août, d’autres l’ont appris dans leur établissement. Plusieurs enseignaient depuis plusieurs années. La CGT Educ’action de Paris compte demander au rectorat le nombre précis de personnels concernés dans l’académie lors de l’audience intersyndicale prévue mercredi 2 septembre. Les rectorats justifieraient ces décisions par « l’arrivée de plus de stagiaires », conséquence de la réforme de la formation des enseignants, explique Sophie Vénétitay.
« Je ne peux pas payer mon loyer »
Laura est contractuelle en lettres modernes depuis deux ans et demi. Titulaire d’un master MEEF, elle devait pouvoir passer le concours interne après trois ans d’ancienneté. « Le 21 août, j’ai reçu un mail du rectorat », explique-t-elle, lui annonçant que le contrat ne sera pas renouvelé. Dans son cas, une rupture de quatre mois l’empêchera d’atteindre les trois ans d’ancienneté nécessaires pour passer le concours interne. La jeune femme venait de déménager. Elle s’inquiète désormais et prévoit de quitter l’appartement loué : « Je ne peux pas payer mon loyer. » Face à cette « situation galère », elle décide de se concentrer sur le concours cette année, pour ne plus vivre dans cette incertitude. Elle craint également de ne pas recevoir à temps son attestation de retour à l’emploi, nécessaire auprès de France Travail pour débloquer ses droits. « On est prévenu trop tard », elle dénonce, comme ses collègues, l’annonce tardive alors que la mise en place du nouveau concours à bac+3 était anticipable.
« Les gens qu’ils ne renouvellent pas ont de l’expérience »
Les organisations syndicales dénoncent le paradoxe de voir partir des enseignants déjà expérimentés : « Les gens qu’ils ne renouvellent pas ont de l’expérience », souligne Eve Laborie de la CGT Educ’action de Paris, alors que les futurs stagiaires arriveront pour beaucoup sans expérience de terrain. Elle redoute aussi les conséquences dans les établissements, rappelant les difficultés rencontrées par certains enseignants débutants, « beaucoup abandonnent dans les débuts ». La CGT Educ’action de Paris souligne que les contractuels constituent également un vivier indispensable pour assurer les remplacements.
Le SNES dénonce lui aussi une situation « très violente et brutale » pour les personnels concernés. Et le syndicat s’inquiète d’un possible retour de ces enseignants en cours d’année. « Vu la tension toujours existante sur les recrutements, on sait que les rectorats auront besoin de ces collègues pour des remplacements en cours d’année », estime Sophie Vénétitay. À Versailles, une professeure aurait ainsi indiqué que le rectorat lui a qu’« on la rappellerait en décembre ». Pour le SNES, cette situation illustre une politique de « stop and go », « désastreuse humainement », guidée par une « simple logique comptable », en effet recruter en décembre plutôt qu’à la rentrée permet au rectorat « d’économiser quelques mois de salaires ».
Un « changement de cap » dénoncé par les syndicats
À Paris, une mobilisation intersyndicale dénonce un « changement de cap, violent, non préparé », qui met les personnels « en grande précarité ». Ils évoquent une « incertitude totale », un « effet de surprise » et, pour certains personnels, le sentiment d’être « jetés à la rue du jour au lendemain ». Les syndicats soulignent pourtant les besoins persistants en enseignants et défendent le maintien d’un « vivier de contractuels » pour les remplacements et les dédoublements.
À Paris, environ 1 400 contractuels exercent dans le second degré. Les disciplines les plus en tension sont les lettres modernes, l’anglais, la philosophie, les SES et les mathématiques dans le second degré. La situation est également particulièrement préoccupante pour les personnels proches de la CDIsation après six ans, alertent les syndicats : les professeurs qui atteignent cinq ans et demi d’ancienneté risquent de « se retrouver à la case départ » s’ils n’obtiennent pas de poste avant décembre. Des contractuels sans papiers sont aussi concernés. Selon la CGT Educ’action de Paris, au moins trois personnels à Paris seraient dans une situation de grande précarité, certains étant proches d’une OQTF (Obligation de quitter le territoire français).
Pour le SNES, « le ministère et le rectorat se grandiraient à ouvrir des discussions pour un plan de titularisation », afin de donner des perspectives aux personnels ayant « beaucoup donné, souvent dans des situations précaires, à l’Éducation nationale ».
Pour Sophie Vénétitay, il est nécessaire de « sortir de la précarité des collègues, en les faisant accéder à la titularisation », tout en tenant compte de l’évolution des besoins en enseignants dans les prochaines années.
Djéhanne Gani
