Première minute
« Bonjour, je m’appelle Julien Cabioch, je serai votre enseignant des sciences de la vie et de la Terre pour cette année. Nous aurons 1h30 de séance sur l’année soit 36 semaines, soit 54 heures de cours de SVT, moins les jours fériés et autres sorties scolaires, disons 50 heures… A votre avis, ce dont nous allons évoquer maintenant sera : le plus important de l’année ? Le moins important ? »
Les élèves sont assis, la trousse à peine ouverte, les yeux écarquillés. Rapidement les mains se lèvent. « Ce sera le plus important », propose une collégienne de 4e. Je confirme et poursuis.
Deuxième minute
« Quel âge a notre planète Terre ? » Les propositions varient généralement entre 2 et 50 milliards d’années. De la 6e à la 2de, il n’y a pas de classe avec des réponses plus précises. Généralement, un ou deux élèves proposent 5 milliards d’années. « L’âge de la Terre est d’environ 4.54 giga années ». J’écris donc au tableau, 4.54 Ga, ce qui correspond aussi à milliards. « Comme les gigaoctets ! »
Régulièrement, une question survient de la classe : comment a-t-on daté la planète ? « La datation de la Terre est obtenue par radiochronologie. Vous étudierez les méthodes de datation en Terminale. Toutes les informations que je peux vous donner sont prouvées scientifiquement ».
Troisième minute
« Quel âge a l’Univers ? » Moins de mains en l’air pour cette deuxième question mais les réponses proposées vont au-delà de l’âge de la Terre (ouf !). « L’univers est actuellement daté à 13.8 milliards d’années. Vous avez entendu parler du Big-Bang ? » Nous ne rentrons pas ici dans les détails du télescope Planck, laissons cela aux physiciens…
« Depuis quand y a-t-il des humains sur Terre ? » Il est à noter que les élèves de 6e ont davantage de dates proches des 300 000 ans que les lycéens. « Les plus vieux fossiles d’Homo sapiens ont été découverts en Afrique et sont datés à 300 000 ans ». L’objectif n’est pas d’étudier dans le détail en 10 minutes les techniques de datations mais d’ouvrir l’infiniment grand et surtout de mettre en perspective notre temps limité de présence sur la planète bleue.
« Si l’on dit que la Terre a un an, chaque jour correspond alors à 12.5 millions d’années. L’espèce Homo sapiens est donc apparue le 31 décembre à 23h58 ». Généralement, je perds 50% de la classe. Il faut revenir sur cette comparaison, avec aussi l’extinction des Tyrannosaures le 30 décembre… « Finalement nous ne sommes sur Terre que depuis 2 minutes et nous sommes déjà allés sur la Lune, avons construit des Pyramides et inventé Tik Tok ». (Avec ce réseau social, je raccroche tout le monde d’un seul coup !).
Cinquième minute
« Vous connaissez les algues ? Quand vous apercevez une algue à la plage, vous vous sentez supérieurs, égaux ou inférieurs à l’algue ? » Les réponses se font par sondage à main levée. Les petites classes répondent plus facilement égaux ou inférieurs à l’algue que les 3es et les 2des. « Les algues sont des êtres vivants comme nous », justifie une élève de 6e. « Une algue n’est pas capable d’apprendre ni de faire des projets », défend un autre.
J’ajoute : « Les algues existent sur Terre depuis 1 milliard d’années. Elles en ont vu des crises, des météorites, des éruptions majeures, des refroidissements climatiques. Pensez-vous que dans 20 millions d’années il y aura encore des algues sur Terre ? ». Parfois un élève intervient : « tous les êtres vivants évoluent mais différemment. Nous sommes justes différents ».
Sixième minute
De l’algue à la forêt, il n’y a qu’un pas. J’enchaîne : « Cet été, j’ai vu des incendies à la télévision. Qui est au courant ? ». Evidemment, toutes mes classes ont vécu de loin ou de près pour quelques-uns, ces événements. « Quand je voyais les arbres brûler, je riais… » (stupéfaction dans la salle). Je mime alors un arbre qui voit le feu. Raide comme un piquet.
« Et vous s’il y a une alerte incendie, que faites-vous ? » « Nous ne restons pas comme les arbres », me clame l’un. « Nous courons vers l’extérieur », indique un autre.
« En effet, les arbres ne sont pas capables de se déplacer ainsi. Vous mettez en évidence une grande différence entre les animaux (animés !) et de nombreux végétaux. Seriez-vous capables de rester 100 ans en terre, de vivre avec des sels minéraux et de réaliser la photosynthèse ? » A chacun ses adaptations. Là encore, il est question d’évolution.
Septième minute
« Dernier moment de cette introduction ». J’écris alors les mots sciences, opinion et religion au tableau sur différentes lignes. « Que signifient ces mots pour vous ? » Le scientifique Guillaume Lecointre n’est finalement jamais bien loin dans un cours de SVT.
Dans la salle, les mains se lèvent assez rapidement. « Les sciences c’est quand l’on fait des expériences », « Les sciences c’est étudier le corps humain ou mélanger des produits », « L’opinion c’est donner son avis », « La science c’est compliqué ! », « La religion c’est croire en Dieu », « L’opinion c’est ce que l’on pense de quelque chose », « Il y a des gens qui n’ont pas de religion » … les réponses courtes ne manquent pas.
Je relance : « Et en un mot pour expliquer chaque notion ? ». Rapidement les mots preuves, avis personnel, croire sont attribués pour chaque mot. « En sciences, il faut des preuves pour confirmer une hypothèse. Par exemple, une feuille est constituée de cellules, j’ai vu les cellules au microscope ». Faits mesurables, observations objectives, expérimentations, démarche rationnelle… Nous sommes bien en cours de sciences.
Huitième minute
Pour l’aspect opinion, les exemples ne manquent pas du côté de la classe. Pour les stimuler : « J’aime bien le dernier menu de chez Burger King. Je pense que les SVT c’est génial ! Est-ce un avis ? Ou est-ce prouvé ? Est-ce de la nourriture bonne pour la santé ? ».
Là encore, avec l’aide de quelques élèves, il est aisé d’aboutir à une méthode pour calculer le taux de sucre et de graisse dans un menu de ce restaurant américain ; ou encore l’idée de faire un sondage dans toutes les classes pour savoir si les SVT c’est vraiment génial. « Mais alors, vous êtes en train de faire des sciences ! » La question de l’intuition scientifique est parfois évoquée aussi.
Neuvième minute
Finalement, après avoir tracé un trait entre chaque notion et donc séparé religion, opinion et sciences, que les domaines ne doivent pas être confondus. Les résultats scientifiques établis d’un côté, l’opinion personnelle ou collective de l’autre ainsi que la croyance. « Il est possible d’être médecin, catholique et aimant les burgers ou encore biologiste, musulman et être supporter du stade rennais ; mais quand on fait des sciences, on fait des sciences. Au laboratoire de SVT, il s’agit d’un cours de sciences ».
Dixième minute
Mais lorsqu’on fera des sciences, il faudra observer, chercher, expérimenter, argumenter et apporter des preuves. « Dans certains pays, il n’est pas autorisé d’enseigner certaines notions scientifiques. Dans d’autres, il n’est pas possible de donner son opinion. Ainsi s’achève cette introduction. Vous pouvez prendre votre cahier, nous allons découvrir le programme de l’année ».
Dix minutes ont passé. Le programme de SVT n’a pas encore commencé et, pourtant, l’essentiel est peut-être déjà posé. Il ne restera plus qu’à bien écrire le mot schéma et connaître précisément la signification de l’acronyme SVT.
Julien Cabioch
