Le 16 septembre a vu naître un nouveau parti, mais qui ne présentera pas de candidat à l’élection présidentielle : le « parti de l’École ». Avec un objectif des plus audacieux, est-il expliqué sur le site du mouvement : « redéfinir ensemble l’ambition éducative du pays ». Pour cela, il veut « rassembler », « partout en France, et par-delà les clivages, enseignants et personnels éducatifs, chercheurs, responsables associatifs, professionnels de l’enfance et de la santé, entrepreneurs, élus, parents et citoyens ».
Quatre chantiers prioritaires
Le parti de l’Ecole assure défendre « une École publique, universelle et émancipatrice, capable de garantir à chaque enfant les mêmes droits, les mêmes exigences et les mêmes possibilités, quels que soient ses particularités, son territoire, son origine ou les ressources de sa famille ».
Le mouvement a d’ores et déjà défini quatre chantiers prioritaires : « un plan d’investissement et de transformation sur 20 ans ; redéfinir ce que l’école doit transmettre à nos enfants ; repenser l’organisation de l’éducation ; faire de l’enfance (0-6 ans) la priorité absolue ».
Sur le papier, la raison d’être de ce « parti » peut ainsi faire consensus. Mais à regarder de plus près ses créateurs et les membres qui le composent, les orientations défendues pourraient être moins consensuelles qu’annoncé.
Les initiateurs du mouvement, des proches des idées de Blanquer
Ainsi, les trois personnes à l’initiative du parti de l’École gravitent ou ont gravité autour de l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Christophe Kerrero, avant d’être recteur de Paris de 2020 à 2024, était son directeur de cabinet rue de Grenelle. Il avait été nommé par Nicolas Sarkozy, passé par le cabinet de Luc Chatel.
Dans les médias et les raouts de l’enseignement catholique Christophe Kerrero n’est jamais loin. Il était sur Sud Radio à la rentrée puis sur BFM TV le jour des résultats PISA. L’ancien recteur de Jean-Michel Blanquer assistera, en compagnie de l’évêque de Rennes, à un débat sur l’Ecole à Cesson-Sévigné (35) le 7 octobre prochain. Y défendra-t-il le parti de l’école « publique » ?
Vanessa Duchatelle, « entrepreneuse sociale » qui dirige l’association ScholaVie qui « œuvre pour développer les compétences psychosociales », a participé aux travaux d’Agir pour l’école, organisme proche de Jean-Michel Blanquer lors de son mandat de ministre et hébergé à l’Institut Montaigne, soutien d’Emmanuel Macron. La « méthode Agir pour l’école » avait par ailleurs été épinglée par Libération.
Enfin, Damien Baldin, directeur de La France s’engage, fondation créée par François Hollande, est un ancien dirigeant du Choix de l’école (ex Teach for France), association soutenue par Jean-Michel Blanquer et Emmanuel Macron autant qu’elle est décriée par des syndicats dont le Snes, qui dénoncent une privatisation du recrutement et de la formation des enseignants.
Enseignants, entrepreneurs et Edtech
La fibre blanquerienne et/ou macronienne se retrouve également largement dans les « ambassadeurs » mis en avant par le mouvement. Sont présents notamment Matthieu Lahaye, inspecteur général proche de l’ancien ministre, ainsi que la successeure de l’actuel Secrétaire général de l’enseignement catholique à la tête de Vers le Haut, Marie-Caroline Missir, qui avait été nommée à la tête de Canopé par Jean-Michel Blanquer. Marie-Caroline Missir était auparavant directrice du développement du groupe privé Digischool.
On peut aussi remarquer Agathe Leproux, ex du cabinet de la secrétaire d’État Nathalie Elimas, ou François Germinet, ancien président d’université et ex conseiller au ministère de l’Enseignement supérieur. Par ailleurs, le parti affiche parmi ses soutiens des enseignants, des membres associatifs et des entrepreneurs, notamment dans la Edtech.
« Le but n’est pas d’être le cheval de Troie de quiconque »
Interrogés par le Café pédagogique, les créateurs du mouvement se défendent d’une quelconque lignée politique. « Il y a beaucoup plus de personnes qui n’ont pas eu affaire à Jean-Michel Blanquer que l’inverse », affirme Damien Baldin. Vanessa Duchatelle poursuit : « Les ambassadeurs sont moins représentatifs que nos 614 adhérents (à date). Nous visons une répartition équilibrée que ce soit en termes de types d’acteurs ou de positionnement politique. C’est essentiel pour créer du consensus et pour que notre vision soit déployée. Le but est de co-construire, et non d’être le cheval de Troie de quiconque ».
Il y a également de quoi être sceptique en naviguant sur le site du mouvement. On peut y lire par exemple que l’école a été « beaucoup réformée ces dernières décennies » mais que « trop rarement ont été créées les conditions pour que les transformations puissent réellement aboutir ». Ceci alors que nombre de membres du parti de l’École ont justement été acteurs des politiques éducatives de ces dernières années. Même chose lorsque ce mouvement co-dirigé par l’ancien directeur de cabinet de Jean-Michel Blanquer assure que « le problème de l’École ne se résoudra pas par une, trois ou dix mesures supplémentaires » : c’est oublier que l’ancien ministre a réformé l’Éducation nationale tous azimuts, le tout dans une défiance inédite de la part des personnels et avec des résultats pour le moins contestés.
Le mouvement devra se mouiller davantage
Les actions futures du parti de l’École démentiront-elles cette forme de filiation ? En tout cas, le mouvement devra bien se mouiller davantage à l’avenir et entrer davantage dans le concret. Exemple avec l’un des quatre chantiers prioritaires : « Redéfinir ce que l’école doit transmettre à nos enfants ». S’arrêter à cette demande n’a pas grand sens s’il n’est pas précisé ce qui doit être transmis. Et c’est là que le consensus risque d’être plus difficile à tenir.
Pour l’heure, le mouvement, dont la genèse remonte à un an et qui n’est « pas un parti politique », précise Vanessa Duchatelle, a mis en place des groupes de travail afin de s’organiser et de préparer la suite. Par exemple, en vue de la présidentielle, « on aimerait échanger avec un maximum de candidats pour rappeler l’importance de l’éducation et qu’elle est au centre de tout », indique l’entrepreneuse. Et d’espérer, est-il écrit sur le site, que « les propositions portées par le mouvement puissent être reprises par les responsables politiques et traduites en décisions concrètes ».
Un travail poursuivi après 2027
Le travail de lobbying du mouvement ne compte pas s’arrêter après la présidentielle : « Les échéances de 2027 ne seront qu’une première étape d’un engagement appelé à se poursuivre dans le temps long ». Si, pour l’heure, les actions menées par le mouvement l’ont été bénévolement, celui-ci s’apprête à rechercher des financements. Là aussi, assurent les dirigeants, « en veillant à ce que les sources soient équilibrées ».
Erwin Canard
