Ne pas céder au découragement
Face à des résultats toujours plus décevants, il serait destructeur de céder (encore) au découragement ou au « prof bashing » ambiant. Le véritable atout de notre système éducatif réside au contraire dans la vitalité du terrain et dans la foi inébranlable en l’éducabilité de chaque enfant, en sa capacité à comprendre et progresser, qui ne sont pas à remettre en cause.
Les données de TALIS 2024 rappellent d’ailleurs qu’une écrasante majorité des enseignants français (92 %) se déclarent heureux devant leurs élèves et gardent une conscience aiguë des enjeux et de l’utilité sociale de leur métier. Ce sont les forces vives de l’Éducation Nationale qui tiennent la boutique, même quand le diagnostic d’un système qui vacille est sans appel.
Nous savons bien ce qu’il faut faire
Lorsqu’on propose aux enfants des tâches de réflexion, de résolution de problèmes ambitieuses, étayées et intellectuellement stimulantes, leur capacité de raisonnement et leur désir d’apprendre sont intacts : ils demandent à être entraînés et structurés pour devenir des compétences mobilisables dans le cadre d’une évaluation.
Une lecture croisée des travaux scientifiques apporte une certitude : nous savons bien ce qu’il faut faire, certaines directives traînent d’ailleurs dans les programmes et les documents d’accompagnement depuis des années sans être suivies d’effet. L’enseignement explicite de la résolution de problèmes, la structuration des traces écrites manuscrites ou l’utilisation de méthodes de lecture phoniques synthétiques strictes — dont l’enquête Formalect (Jérôme Deauvieau et Paul Gioia) démontre la supériorité d’efficacité, notamment en milieu populaire — fournissent des repères éprouvés. Si l’on veut que nos élèves progressent, c’est ce qu’il faut faire.
Le problème ne réside donc pas dans l’absence de diagnostics, mais dans l’incapacité du système à accompagner l’évolution des pratiques réelles en classe par une formation continue adaptée et un accompagnement régulier pour mesurer localement les effets des pratiques.
Réduire les effectifs, revaloriser les salaires
Pour transformer l’École sans imposer un énième chamboulement ministériel, des orientations majeures se dégagent au croisement du rapport du HCSP et des recherches en sciences de l’éducation.
Tout d’abord, Il faudrait saisir l’opportunité de la baisse démographique pour réduire les effectifs en classe, car les classes d’aujourd’hui ne sont plus celles d’hier. Le rapport insiste sur leur hétérogénéité, le nombre croissant d’élèves à besoins particuliers, sans compter les conséquences d’une inclusion dont on ne se donne pas les moyens et qui au quotidien, comme nous l’avons déjà raconté, peut devenir un frein considérable au travail de l’enseignant et à l’apprentissage des enfants.
Ensuite, il faudrait revaloriser la rémunération des enseignants. Pourquoi ? Pour recruter des professeurs qualifiés et compétents qui, faute d’attractivité, fuient le service public. Pour offrir aux enfants des éducateurs rétribués à la hauteur de leur fonction, pour signifier l’importance de leur mission et de leur responsabilité, pour leur conférer la respectabilité dont ils sont dignes.
Se donner les moyens de ses ambitions
Il faudrait enfin pouvoir financer des formations de qualité et un accompagnement nécessaire : il ne suffit pas de proclamer des injonctions quant aux nouveaux défis à relever – harcèlement, empathie, éducation aux médias, IA, citoyenneté, éducation à l’environnement, égalité filles garçons, compétences psychosociales, EVAR et j’en passe – tous plus urgents et importants les uns que les autres, toujours plus nombreux ; il ne suffit pas non plus de modifier les programmes tous les quatre matins, sans préparer les enseignants à leurs évolutions, encore faut-il se donner les moyens de ses ambitions : offrir aux enfants des professeurs prêts à leur transmettre des savoirs et des compétences solides, parce qu’ils sont solides sur la didactique, sur la pédagogie et sur les sujets sus-cités.
Ah, oui, j’oubliais, ces rapports ne mentionnent pas le bien-être à l’école, qui a pourtant été, lui aussi, une priorité prioritaire du ministère, mais qui se finance, et pas qu’un peu : des locaux vétustes, inadaptés, où l’on grelotte l’hiver, où l’on transpire l’été, et un budget promis en juin 2026 de 60 millions d’euros pour rafraîchir les écoles qui se retrouve raboté, deux mois plus tard, jusqu’à n’en avoir plus que seize.
Mais rassurons-nous, nous sommes sauvés : les enfants seront privés de téléphone, ils auront une liste de livres à lire à la maison pour les vacances, alors tout va bien. On peut continuer à faire – presque – comme si de rien n’était.
Sarah Leleu
