Depuis 2022, la Région Ile-de-France présidée par Valérie Pécresse (LR) met à disposition des lycées des manuels numériques, dits « libres », modifiables par les enseignants, accessibles sur une plateforme unique Pearltrees. Après l’action des éditeurs de l’éducation, le tribunal administratif de Montreuil avait ordonné le retrait des manuels libres pour fin septembre. L’appel de la Région a débouché sur cette décision du tribunal avec un délai fixé au 2 novembre.
Les réactions à la décision de justice
La Région Ile-de-France a pris acte de la décision et se dit préoccupée des effets du jugement pour les élèves et enseignants privés de cet outil pédagogique qu’elle estime représenter la moitié des lycéens franciliens : « Notre préoccupation c’est assurer la continuité pédagogique pour les enseignants et les élèves, de préserver le travail qu’ils ont engagé. Nous étudions la meilleure solution que nous vous ferons connaitre prochainement » déclare-t-elle au Café pédagogique. « La Région doit organiser une véritable consultation des conseils d’administration des lycées quant au maintien ou la réintroduction des manuels papier, dans les établissements qui en feraient la demande ».
L’opposition régionale qui alerte depuis 2022 a d’ores et déjà une proposition à cette situation : des crédits destinés à l’achat de manuel et un moratoire. Céline Malaisé, présidente du Groupe de la gauche communiste, écologiste et citoyenne déclare dans un communiqué publié vendredi : « Nous demandons que les crédits régionaux consacrés à l’acquisition de manuels scolaires d’éditeurs, papier comme numériques, soient renforcés dès la commission permanente prévue le 24 septembre 2026 au regard de la fin des manuels dits libres au plus tard le 2 novembre 2026 » Elle précise que « les 1,5 million d’euros supplémentaires débloqués en juin 2026 constituent une première réponse, mais ils doivent être adaptés aux besoins réels des établissements ».
Le 8 septembre 2026, les Éditeurs de l’Éducation prenaient acte des conclusions « avec sérénité », se disant « déjà prêts » : « plus de 800 titres compatibles avec l’environnement numérique franciliens sont disponibles dès aujourd’hui pour les établissements », précisant « c’est uniquement la décision de la Région de passer les commandes nécessaires dans le cadre du marché public qu’elle a conclu avec la librairie LDE ».
Pluralité, diversité pédagogique, guichet unique, liberté de choix et le marché
« Aujourd’hui, la plateforme est déployée auprès de 2 000 collèges et lycées et atteint des taux d’activité records : 70 % des professeurs et des élèves y sont actifs, les enseignants actifs l’utilisent en moyenne une heure par jour, et plus de 250 millions de contenus pédagogiques y sont organisés » précise Pearltrees au Café pédagogique.
« L’école ne peut pas dépendre d’un dispositif unique, conçu et diffusé par la Région elle-même, au détriment de la diversité pédagogique, de la liberté de choix des enseignants et des règles fondamentales de concurrence » concluent de leur côté les Editeurs de l’Education.
Liberté, diversité pédagogique, marché économique et politiques éducatives : l’affaire des manuels en Ile-de-France met en lumière un cocktail complexe aux enjeux aussi pluriels qu’essentiels. Et à l’heure de la montée de l’autorité politique, de l’austérité économique, de l’emprise de Vincent Bolloré sur les maisons d’éditions scolaires (Hachette éducation, Hatier éducation, Dunod, Lelivrescolaire, Armand Colin), c’est une affaire très politique.
Djéhanne Gani
