Une aventure créative
« Eric Hübsch, raconte l’enseignante, a animé 6 séances de 2 heures : après avoir expliqué son métier aux enfants, qui ont découvert les étapes d’une illustration ou d’une BD, il les a d’abord mis en activité pour s’approprier la théorie autour de deux petits personnages d’aliens de sa création, que les élèves ont dû reproduire et animer sur 3 cases de BD. Puis il leur a demandé de dessiner leurs visions des personnages principaux du roman étudié et, à partir de ces propositions, il a redessiné et « figé » les attributs de ces personnages (ex : Morgane, longiligne, grandes oreilles ; Merlin, vieux et moussu…) ; les enfants ont ensuite eu une séance pour s’approprier ces nouveaux amis en les animant (expressions, mouvements…). Ils ont ensuite inventé les décors et dessiné les scènes qu’ils avaient choisies (de 1 à 3 dessins par élève) et j’ai rassemblé le texte allégé, reformulé, et les dessins afin de produire le livret final pour le leur remettre. »
Un projet inclusif
Le projet s’avère engageant pour tous et toutes : « J’ai choisi de faire la partie « illustration » avec un groupe qui comporte beaucoup d’élèves à profils particuliers : 4 élèves accompagnés par des AESH (mais très volontaires !), plusieurs élèves à gros problèmes de comportement, une poignée de filles mutiques et qui subissent un peu le collège, quelques élèves de bon à très bon niveau. J’y voyais l’opportunité de souder le groupe, qui n’existe qu’en français, et de motiver les élèves par un objectif concret ; l’occasion, aussi, de développer leur imaginaire et de les valoriser à travers la production, de A à Z (ou presque) d’un objet fini dont ils pourront être fiers. Enfin, évidemment, de donner de la matérialité à la lecture et, en particulier, à la matière de Bretagne. Les élèves se sont montrés assidus, respectueux et impliqués, solidaires. Eux-mêmes se sont vus autrement : la fille mutique qui se révèle dessinatrice hors pair, le trublion de service qui progresse à vue d’œil et parvient à choisir des plans ou angles très pertinents… »
Une réflexion sur les personnages féminins
Le projet présente aussi une dimension citoyenne tant il invite à une conscientisation quant à l’évolution et aux usages des représentations féminines dans l’imaginaire : « Pendant plus de mille ans, la figure de la fée Morgane a plané au dessus de la légende arthurienne. Aucun texte ne lui est directement consacré mais elle se dessine, par petites touches, dans de nombreuses œuvres. D’abord présentée comme bienfaisante, disciple de Merlin, attentive au bien-être de son demi-frère Arthur et de tous les chevaliers croisant sa route, Morgane devient au fil des siècles une espèce de sorcière, un personnage diabolique, une hystérique guidée par la haine et la soif de pouvoir. En effet, la société évoluait, devenait chrétienne et ne pouvait pas s’encombrer plus longtemps de cette femme libre liée aux forces de la nature et à des mythologies plus anciennes : elle a donc choisi de salir, peu à peu, l’image de l’un des personnages les plus importants de la matière de Bretagne. Faire découvrir cette évolution dans le cadre de la réflexion sur l’égalité filles/garçons a été l’un de mes objectifs cette année. »
La classe a même imaginé le procès de la fée/sorcière Morgane : « A la grande majorité, elle a été jugée non coupable de la chute du royaume de Bretagne » !
Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut
