« L’Ecole, un droit pas un privilège ». Mardi matin, devant le lycée parisien du 19e arrondissement Henri Bergson, personne n’est vraiment surpris devant cette banderole. Ici, la mobilisation lycéenne est une tradition. Des élèves de seconde, de première et de terminale se tiennent devant l’entrée, la bloquant avec des poubelles. Quelques collégiens de cette Cité scolaire se fraient un chemin pour rejoindre les cours.
« C’est une bonne nouvelle que les élèves ne se fassent pas chasser à coups de matraque »
Dans la rue, Hector observe. Aux côtés de quelques-uns de ses collègues assistants d’éducation (AED), ce professeur de mathématiques syndiqué à Sud Éducation se « réjouit d’une chose : la mobilisation se passe dans le calme ». « On a connu des violences, voilà ce que je peux dire », lâche-t-il, poursuivant « C’est une bonne nouvelle que les élèves ne se fassent pas chasser à coups de matraque. » Il rappelle aussi la réalité des classes de lycée, ici, comme ailleurs, allant jusqu’à 35 élèves en terminale, « c’est la norme dans les lycées ».
Musique, drapeaux et haut-parleur
Les élèves sont tassés devant le portail, d’autres sont dans la rue piétonne, plus loin. L’ambiance est détendue et bon enfant. Un drapeau palestinien est accroché à la grille. La Marseillaise retentit brièvement, suivie de « Siamo tutti antifascisti ». Une sono est là, la rue piétonne appartient aux lycéens. Au micro, une jeune fille interpelle les passants et ses camarades restés plus loin sur le trottoir : « Ne nous regardez pas, rejoignez-nous ! Toute l’année vous râlez, venez avec nous. »
« On bloque pour que demain, ce soit meilleur »
Deux lycéennes expliquent les raisons de leur mobilisation, dont « les salaires des fonctionnaires de l’État, qui n’ont pas augmenté depuis les années 2000, alors que l’inflation, si. » Elles y ajoutent leurs propres revendications : « Nous, on se concentre sur le droit à l’éducation, sur le fait qu’il n’y a pas assez de profs. »
Elles précisent et anticipent la contradiction : « Même si ça peut paraître bizarre, on bloque pour que demain, ce soit meilleur. » Et elles ne se battent pas que pour leur lycée : « Plus il y a de mouvements et de blocus, plus l’État va écouter. On essaie, l’important c’est de faire, au moins on aura essayé. »
Élus et parents en soutien, la police à distance
Émile Meunier, élu du Nouveau Paris populaire dans le 18e arrondissement, est venu en soutien. « On s’est mobilisés pour éviter les débordements, apaiser les tensions. Si besoin, on est capables de parler avec la police et les organisateurs, on peut faire un job de médiation, et de protection des élèves, car des élèves se sont déjà fait violenter. » Quelques-uns de ses collègues s’étaient donné pour consigne d’être présents aux côtés des élèves avec les militants et élu.es . Une mère d’élève est aussi présente, solidaire des enfants, un brin méfiante vis-à-vis des forces de l’ordre, qui se tiennent à distance.
Djéhanne Gani
