Un mouvement inédit ?
La mobilisation (avec souvent blocages ou tentatives de blocages) a pris de l’ampleur en fin de semaine dernière dans la banlieue francilienne. Les élèves dénoncent principalement leurs conditions concrètes de travail : surcharge des classes et manque manifeste de professeurs et de personnels encadrants ; locaux vétustes et plus ou moins dégradés ; emplois du temps jugés impraticables ou trop lourds (notamment le rythme ‘’8h-18h’’)
Certains observateurs ont noté la rareté de ce type de mobilisation et surtout qu’il a débuté en banlieue, ce qui serait inédit.
Déjà en 1990, un mouvement lycéen parti de la « périphérie »
Mais à vrai dire ce n’est pas une première historique, même si cela est effectivement rare et à remarquer. En octobre 1990, le caractère inédit des manifestations des lycéens de banlieue contre « l’insécurité» de leurs établissements scolaires, et l’ampleur extraordinaire du mouvement lycéen de l’automne 1990 – parti de la ‘’périphérie’’ – va marquer les esprits.
Les mouvements étudiants ou lycéens s’étaient jusque-là développés à partir des centres villes et des établissements les plus huppés comme la Sorbonne, l’ENS d’Ulm, ou les grands lycées parisiens (avec le plus souvent des mots d’ordre, dans les années post-soixante-huitardes, contre les différentes figures de la ‘’répression’’).
C’est dire si cette inversion (la ‘’périphérie’’ à l’initiative) et sur un thème inédit (pour la sécurité et l’ordre dans les établissements scolaires) fait sensation, en particulier dans le monde des médias. La thématique des violences à l’Ecole développée dans la sphère politico-médiatique en restera très marquée, dans une équivalence : violence scolaire=établissements de la périphérie. Et la problématique publique des violences scolaires s’enkystera là-dessus
Ces lycéens de banlieue (élèves le plus souvent de lycées professionnels et non pas de lycées généraux plus ou moins prestigieux) ne manifestent pas contre une loi ou une réforme située nettement dans le domaine idéologique, mais contre les difficultés concrètes de leur quotidien : vétusté des locaux, classes surchargées et insécurité au sein et autour de leurs établissements Ce mouvement s’étendra rapidement à la province avant de donner lieu à de vastes manifestations nationales à Paris en novembre 1990, amenant le gouvernement de l’époque à débloquer un plan d’urgence d’ampleur pour les lycées..
Claude Lelièvre
