Abracadabra, en pleine crise, 3000 TZR pour pallier les absences et manques de professeurs ! Remplacer les absences courtes des professeur.es en interne, une tentative en 2005, une autre en 2023. Et ça ne marche toujours pas, car « pour être efficace, une réforme du mode de remplacement supposerait de modifier le système lui-même ». Retour par l’historien de l’éducation Claude Lelièvre sur l’échec d’une réforme annoncée par le président Macron lui-même… et mise en place par l’homme de l’ombre de l’époque, aujourd’hui ministre.
2005 : une mesure-phare de la loi « Fillon »
La première figurait es qualité dans la loi « Fillon » de 2005 et c’était l’une de ses mesures-phares : la mise en place d’un dispositif de remplacement des professeurs de collège et de lycée pour une durée inférieure à quinze jours par leurs collègues d’un même établissement. Un an plus tard, le 3 août 2006, le quotidien « Le Monde » pouvait déjà titrer : « Bilan mitigé pour le remplacement obligatoire des enseignants absents » sur la base d’un rapport de l’Inspection générale de l’Education nationale.
Ce rapport met en évidence que si les nouveaux dispositifs ont bien été mis en place dans 95 % des établissements, c’est pour une part importante de façon formelle : « pour être en règle, sans réelle volonté de mise en œuvre » (laquelle peut s’avérer difficile dans la réalité). Et « ce bilan mitigé ne surprend pas les chefs d’établissement, critiques dès l’origine : « Pour être efficace, une réforme du mode de remplacement supposerait de modifier le système lui-même », réagit le secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction ».
2023 : un nouveau plan en forme de pacte
La seconde réforme est annoncée « urbi et orbi » par le président de la République Emmanuel Macron lui-même le 24 juillet 2023 : « il y aura un professeur devant chaque élève à la rentrée. Nous mettons en place un système qui permettra de ne plus perdre d’heures d’enseignement, d’abord en mettant les modules de formation continue hors du temps de présence devant les élèves, et ensuite en ayant un système de remplacement plus efficace ».
Un décret publié le 8 août 2023 établit de nouvelles règles concernant les absences de moins de 15 jours dans l’enseignement secondaire : « les proviseurs de lycée et les principaux de collèges doivent élaborer, avec leurs équipes pédagogiques, un « plan annuel visant à assurer effectivement les heures prévues par l’emploi du temps des élèves » en recourant « prioritairement » aux enseignants ayant signé un « pacte ». Ces professeurs qui se sont engagés à cela seront mobilisables dix-huit heures par an et sur des créneaux horaires fixes d’au moins une heure par semaine durant lesquels ils ne pourront refuser d’intervenir (qu’ils soient ou non de la même discipline que l’enseignant absent ou qu’ils aient ou pas la classe en question) ».
Mais on pouvait – comme je l’avais pointé dans mon article paru dans The Conversation du 27 août 2023 – « douter de la possibilité d’arriver tout de go à mettre « un professeur devant chaque classe ». D’autant plus que ce qui est prévu par le ministère est déjà en retrait (en sus des problèmes inévitables que cela va poser). Il est en effet précisé que les remplacements courts seront’ ’prioritairement assurés sous la forme d’heures d’enseignement’, mais qu’afin d’ « assurer effectivement les heures prévues à l’emploi du temps » le texte ministériel introduit la possibilité d’organiser des ‘’séquences pédagogiques » […] au moyen d’outils numériques et de recourir à des assistants d’éducation, qui sont des personnels de vie scolaire, pour les encadrer… ».
Mis en place par le ministre actuel, l’ancien Dgesco Edouard Geffray
Sans compter qu’un « homme de l’ombre » était de fait chargé au premier chef de mettre cela en œuvre à savoir l’ancien « Directeur général des ressources humaines » (un « spécialiste » de premier plan en principe…) devenu DGESCO en juillet 2018 : un certain Edouard Geffray, se révélant étonnamment passif en l’occurrence. Il paraît qu’il faudrait lui faire confiance et accorder du crédit à l’annonce qu’il vient de faire en réponse à la mobilisation lycéenne dans ce domaine. Difficile à croire.
Claude Lelièvre
