Un tiers d’élèves en voie professionnelle
« Dans la voie générale et technologique, la Seine-Saint-Denis apparaît en outre nettement moins bien dotée que Paris, les Hauts-de-Seine et, dans une moindre mesure, le Val-de-Marne ». En croisant la carte de sectorisation, les caractéristiques des établissements et les temps de trajet en transports en commun, les auteurs du rapport Youssef Souidi, Axel Guironnet, Louise Demoury montrent que « l’offre accessible à un élève varie fortement selon son lieu de résidence » pour les 22 014 élèves scolarisés à la rentrée 2024, en première année de lycée dans le département. Un tiers suivaient la voie professionnelle, soit deux points de plus que la moyenne nationale. Cette étude de cartographie des données et d’étude sur la sectorisation départementale des lycées publics a été demandée et financée par le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis.
Des lycées au recrutement social défavorisé
« La composition sociale des lycées est très éloignée de la moyenne nationale », constate le rapport. Dans le département, 59 % des lycées généraux et technologiques relèvent du type 1, le plus défavorisé selon l’indice de position sociale, contre 8 % au niveau national. C’est le cas de la totalité des lycées professionnels, contre 69 % à l’échelle du pays.
Un choix de lycée très limité
Sur les 35 secteurs du département, 23 ne comptent qu’un seul lycée de priorité 1, ce qui concerne 53 % des jeunes de 11 à 17 ans. Seul celui de Montreuil en offre quatre, dont deux à Vincennes, dans le Val-de-Marne. La sectorisation peut en outre allonger les trajets des élèves: dans certaines zones, souvent aux frontières communales, le lycée de secteur le plus proche est nettement plus éloigné que le lycée le plus proche.
Une offre pédagogique à géométrie variable
C’est un véritable cumul des inégalités que pointe le rapport : le faible nombre de lycées s’accompagne d’écarts marqués. Parmi les treize doublettes de spécialités les plus suivies en terminale générale, seules huit sont proposées dans le secteur de L’Île-Saint-Denis, et seulement 37 % des jeunes seulement ont accès aux treize. Dans la voie technologique, la situation la plus fréquente est l’accès à deux séries sur sept, et un secteur n’en propose aucune. Trois quarts des jeunes ont accès à trois ou quatre langues vivantes, quand Montreuil en offre sept.
Après le bac, toujours des inégalités
Si 82 % des jeunes ont un lycée de secteur doté d’une section de technicien supérieur, 28 % seulement peuvent accéder à un lycée proposant une classe préparatoire aux grandes écoles. Et dans le nord et l’ouest du département, les secteurs ne comportent que des lycées de type 1, ce qui concerne plus de la moitié des élèves (56 %). Le sud-est fait figure d’exception : « seul le quart sud-est du département compte des établissements majoritairement de types 2 à 4 ».
Voie professionnelle : la loterie des transports
Pour la seconde professionnelle et le CAP, l’affectation ne comporte pas de priorité géographique au sein de l’académie de Créteil. L’offre réellement accessible dépend donc avant tout du réseau de transports. Les jeunes du nord-ouest et de l’est accèdent à beaucoup moins de formations à moins de 30 minutes de chez eux que ceux de l’ouest, où les abords de Bobigny et de Pantin concentrent l’offre la plus large. Au total, 70 % des jeunes du département n’ont accès qu’à cinq spécialités de CAP ou moins. Pour le bac professionnel, la Seine-Saint-Denis est mieux placée que ses voisins (47 % des jeunes avec cinq formations ou moins, contre 61 % et 63 %), mais reste loin derrière Paris.
Paris, Hauts-de-Seine, Val-de-Marne : la comparaison qui tranche
Dans la voie générale et technologique, tous les jeunes Parisiens disposent de cinq lycées de secteur, accèdent aux treize doublettes et à un lycée avec classe préparatoire. L’accès à au moins un lycée de type 5, le plus favorisé, concerne « 100 % des jeunes parisiens, 76 % dans les Hauts-de-Seine et 31 % dans le Val-de-Marne, contre 6 % en Seine-Saint-Denis ».
Des leviers, mais des données manquantes
Et quelles perspectives ? Dans la voie professionnelle, le Grand Paris Express d’ici 2031 devrait réduire une partie des disparités, et une révision de la carte des formations constituerait un levier complémentaire. Dans la voie générale et technologique, il existe pour les auteurs du rapport, à réseau de transports inchangé, « une réelle marge de manœuvre dans le découpage des secteurs ». La baisse démographique attendue dans les années 2030, susceptible d’entraîner des fermetures ou des regroupements, rend cette réflexion d’autant plus nécessaire. A noter toutefois, les auteurs soulignent les limites de leur analyse qui se restreint aux lycées de priorité 1 et à l’enseignement public, et aux seules données ouvertes. Un diagnostic complet supposerait d’accéder aux vœux formulés dans Affelnet, au barème d’affectation, aux affectations prononcées et aux capacités d’accueil.
Bref, on est bien loin du « donner plus à ceux qui en ont le plus besoin », maxime de l’éducation prioritaire, dont sont sortis les lycées…
Djéhanne Gani
