Un appel à la mobilisation largement suivi
Aujourd’hui les lycéen.nes et enseignant.es étaient rejoint.es par d’importantes délégations d’étudiants (Centrale, École d’Archi, Beaux-Arts, École de cinéma) et par de nouvelles catégories de personnel (enseignement supérieur et recherche, conseil régional, santé).
En moins d’une semaine, par deux fois les appels à la mobilisation ont été très largement entendus. L’intersyndicale éducation (CFDT CGT CNT FO FSU UNSA) avait mobilisé sur ses propres revendications qui bien souvent rejoignent celles de la jeunesse (conditions de travail, moyens insuffisants, salaires, remise en cause de Parcours sup, nombre d’élèves par classe trop important, vétusté du bâti scolaire…).
C’était une manifestation joyeuse, colorée, festive, optimiste qui faisait plaisir à voir dans le contexte politique morose que traverse la France aujourd’hui.
Les délégations de collèges, lycées, facultés étaient nombreuses et sous une même banderole pouvaient se retrouver plusieurs générations. Les parents n’étaient pas en reste avec leurs organisations traditionnelles FCPE, MPE13 (un mouvement local) et des collectifs informels qui ont vu aussi le jour à cette occasion.
La teneur des pancartes souvent griffonnées sur bout de carton montrait toute la dimension de la révolte de cette jeunesse qui se sent abandonnée par un pouvoir qui n’a de cesse de la faire taire. La dimension antifasciste était aussi très présente ainsi que la solidarité internationale.
Les débats en assemblée générale de l’après-midi, l’organisation d’un nouveau rendez-vous avant les vacances scolaires devaient ponctuer la journée.
« À trop vouloir l’ordre, le pouvoir récolte le chaos » énonçait une pancarte de manifestants. Le gouvernement devrait y réfléchir à deux fois et accéder aux demandes de la jeunesse, des parents et de toute une profession. De semblables manifestations avaient lieu dans toutes les villes de l’académie d’Aix-Marseille.
Paroles de manifestant.es
Clément, étudiant à l’Ecole d’architecture :
« Nous avons décidé la mobilisation hier en AG pour soutenir le mouvement et participer à la manif d’aujourd’hui. Nous envisageons l’extension de notre mouvement à toutes les composantes de l’école (architecture et paysage) pour durer. »
À l’école d’enseignement artistique (Beaux-Arts et Conservatoire de Musique) et à la SATIS (école publique de cinéma) la mobilisation se développe aussi (NDLR).
Evelyne, parente d’élèves :
« J’ai deux enfants au lycée, actifs dans le mouvement. Nous sommes un collectif de 270 parents qui se sont réunis à la Friche de la Belle de Mai. Nous sommes organisés avec un groupe WhatsApp. Nous faisons circuler les informations et venons régulièrement aux manifs pour protéger les lycéennes et lycéens des violences policières. Nous sommes fiers de nos enfants et de cette belle lutte qu’ils et elles sont en train de mener. »
Sami, professeur de philosophie au lycée (ex ZEP) Diderot :
« Mes élèves ne m’ont pas attendu pour se mobiliser, ils étaient dans la rue avant moi. Le lycée Diderot est fermé depuis 15 jours et aujourd’hui nous sommes nombreux à être présents. Je suis très fier de ces élèves qui habitent loin du centre-ville dans les quartiers nord, qui ont peu de moyens de transports, dont les familles rencontrent de grandes difficultés sociales. N’oublions pas que ce mouvement est parti d’un lycée de la Seine Saint-Denis. »
Fanny, professeure de math au collège (REP+) Vallons des Pins :
« Aujourd’hui dans notre collège il y avait 73 % de grévistes issus de la salle des profs avec une vie scolaire fermée. C’est un très fort mouvement qui fait suite à un débat entre nous. Les collègues ont bien compris que les mesures annoncées par le Ministre ne vont pas sortir du chapeau. Les collèges déjà en souffrance vont être mis à contribution notamment les collèges REP+ qui disposent encore de quelques moyens supplémentaires. Nous sommes pleinement solidaires du mouvement lycéen et nous refusons cette mise en concurrence entre collèges et lycées. »
Nicolas, professeur en Lycée Professionnel :
« Nos élèves en LP connaissent les mêmes difficultés, voire pire, que ceux des lycées généraux et technologiques. Leur révolte ne s’exprime pas forcément de la même façon et parfois les relations profs/élèves sont complexes. La mobilisation dans les LP est très inégale. Nous payons ici le désengagement de l’état dans l’enseignement professionnel et la marginalisation des spécificités professionnelles de cet enseignement. »
Et la journée commença … par de nouvelles intimidations policières
Deux lycéens du lycée Montgrand qui s’apprêtaient à installer le blocus devant leur établissement (centre-ville) ont été malmenés et embarqués manu-militari par une escouade de CRS qui avaient pour objectif d’empêcher toute expression de la contestation lycéenne sur la voie publique.
Ils ont été relâchés en fin de matinée.
Alain Barlatier
