Villeurbanne : un élève interpellé pour avoir déplacé une poubelle
« Les élèves déposent toutes sortes d’obstacles, ils restent là, en général tranquillement, derrière une sorte de barricade pour faire blocus », témoigne M. Hanna, professeur de lettres et philosophie. Pour lui, le blocus du lycée Brossolette de Villeurbanne se déroule sans heurts depuis dix jours. Il relève que « dès que les policiers sont présents, ça crée une forme de tension. »
Ce mercredi matin 14 octobre, un élève de terminale a été arrêté par la BAC. « Il avait déplacé une poubelle qui brûlait. Quatre ou cinq policiers ont foncé sur lui, il est parti en courant, ils l’ont capturé et mis dans un camion.» Menotté, il a été conduit au commissariat. Pour l’enseignant témoin de la scène, « il n’y avait pas de danger, c’était une poubelle au milieu d’une place », à côté du lycée. Encore un des nombreux interpellés remis en liberté sans suite, faute d’élément ? Sur les près de 6000 gardes à vue, beaucoup relèvent de la répression policière pour « humilier, faire peur, dissuader », analyse l’avocat Raphaël Kempf.
« On a été arrêtés toutes les cinq minutes. On a reculé au moins quatre fois pendant la manifestation. Partis à 10 h 15, on n’avançait pas ». La veille, lors de la manifestation en soutien à la mobilisation lycéenne à Lyon, la police a matraqué et gazé des parents d’élèves, des lycéens et des personnels pour disperser le cortège. D’après le témoignage de la FCPE Rhône, mobilisée pour soutenir et protéger les lycéens, le cortège avançait pacifiquement, mené derrière une grande banderole commune à tous les syndicats et à la FCPE. « La police nous a demandé de passer derrière la banderole de l’intersyndicale, puis s’en est servie pour nous bousculer. J’ai perdu mon drapeau, mes lunettes ont été cassées, c’était affreux. » décrit Florence Berrhout-Roques, présidente de la FCPE du Rhône.
Elle poursuit : « Ils ont chargé la banderole, ils ont frappé l’enseignant CGT, un coup de matraque sur la main, un autre a eu une blessure à l’oeil ». Elle décrit avec colère une scène d’une grande violence, « Ils ont pris la banderole, ils l’ont traînée, puis ils sont repartis avec. C’était choquant pour les lycéens. Quel exemple on donne ? »
« On n’arrivait plus à respirer à cause du gaz », « j’ai failli être écrasée », « la trésorière a reçu un coup de matraque ». Elle-même, ainsi que la trésorière de la FCPE Rhône ont fini aux urgences, comme beaucoup d’autres manifestants, avec des jours d’incapacité temporaire de travail (ITT).
Syndicats et FCPE exigent des explications
Dans un communiqué commun, l’intersyndicale (FSU, FNEC FP-FO, CGT Éduc’action, SUD éducation, CFDT ERP, CNT) « dénonce la répression qui s’est abattue sur la manifestation ». Elle affirme qu’à plusieurs reprises des charges ont frappé jeunes manifestants, collègues, accompagnants et militants syndicaux, et que plusieurs militants chargés de la sécurité du cortège ont été blessés. Elle reproche aussi à la préfecture d’avoir interrompu la manifestation, qui n’a pas pu arriver à son terme, ce qui revient à s’opposer à « l’exercice des droits syndicaux et démocratiques ». Déni de démocratie, violence, répression, quelques ingrédients explosifs.
Djéhanne Gani
Dans Le Café pédagogique
