Une lanceuse d’alerte
Dès 2021, Marie Pierre Jacquard avait alerté sa hiérarchie sur les agissements d’un professeur de français et d’arts du cirque, accusé depuis d’agressions sexuelles, de harcèlement moral et de violences psychologiques sur élèves dans le lycée Bayen à Châlon en Champagne. L’administration n’avait alors pas donné suite à ses alertes. Le professeur n’a été suspendu qu’en septembre 2023, après une plainte pour viol. Il s’est suicidé en décembre, éteignant toute poursuite pénale.
Des défaillances structurelles
« Jour 2 : j’ai dénoncé un pédocriminel, j’ai perdu mon poste, ma fille a perdu ses amis, ma santé, de l’argent… ma foi dans la profession. Trop de hiérarchie tue l’humanité » sont les mots de l’enseignante en grève de la faim devant le rectorat.
« Le rapport met en évidence des défaillances structurelles à plusieurs niveaux de la chaîne hiérarchique, à la fois au sein de l’établissement mais également à la direction des services départementaux de l’éducation nationale (DSDEN) et au rectorat » reconnaissait Dominique Marchand, la cheffe de l’IGESR devant la commission d’enquête parlementaire comme le relevait le Café pédagogique dans son article au printemps. Le manque de formation sur l’articulation entre enquête judiciaire, administrative et procédure disciplinaire est identifié comme un enjeu essentiel au-delà du cas du lycée Pierre Bayen de Châlons en Champagne, comme un « enjeu structurel dans la culture administrative de nos institutions ».
Ne serait-ce pas justement ce dont est victime Marie-Pierre Jacquard ? Un article de Médiapart d’avril pointe les manquements de l’administration évoqués dans un rapport confidentiel de 2024 l’IGESR, « à la tête du lycée » comme parmi les cadres de l’académie jusqu’au recteur qui répond à sa demande de protection fonctionnelle par un refus pour « éviter toute violation de la présomption d’innocence ». Dès 2021, le cabinet du recteur – Oliver Brandouy, avait été alerté, c’est un « manque général de discernement qui a conduit à l’inaction » conclut le rapport de l »IGESR. Le recteur avait été nommé directeur-adjoint du cabinet de Gabriel Attal au ministère de l’Education nationale.
Des soutiens syndicaux et des victimes
Aujourd’hui, la professeure est soutenue par les syndicats et les victimes pour lesquelles elle s’est battue. Elle souhaite la reconnaissance de son arrêt longue maladie en maladie professionnelle. Le MEN devrait être reconnaissante, déclarent les anciennes victimes du lycée Bayen sur France3info.
« J’aimerais une reconnaissance en accident de travail pour pouvoir me reposer sans avoir de problème d’argent et me remettre de tout ça, obtenir une mutation adaptée » explique-t-elle.
Selon nos informations, le rectorat de Reims aurait proposé une médiation en juillet sur des propositions d’indemnités suite au refus de la maladie professionnelle en demandant de ne pas aller au tribunal administratif. « S’ils reconnaissant la maladie professionnelle, ils sont obligés de reconnaitre les victimes etc », ce qui pose des difficultés suppose Marie-Pierre Jacquard. Elle souhaitait la longue maladie et la reconnaissance des victimes, qui ne concernent pas la proposition de médiation du rectorat. Le conseil départemental des Bouches-du-Rhône a rejeté en juillet la demande de longue maladie alors que, selon les sources que le Café pédagogique a pu consulter, l’avis confidentiel de l’expert psychiatre concluait en mars 2024 pour l’octroi d’un congé longue maladie de six mois à réévaluer.
« Protéger les enfants sans craindre les représailles »
Pourtant, la professeure en grève de la faim dit au Café pédagogique ne pas comprendre pourquoi la DRH du rectorat d’Aix Marseille où elle a été mutée avec son mari refuse de la recevoir et d’accéder à sa demande. Cette dernière serait sur le bureau Rue de Grenelle, croit-elle savoir. Elle s’interroge : « reconnaitre que je suis malade à cause de cette affaire, c’est reconnaitre quelque part des torts ? »
L’enseignante souhaite une affectation conforme à son statut, la reconnaissance de sa maladie professionnelle mais aussi une reconnaissance concrète du rôle des lanceurs d’alerte, au-delà des discours. L’affaire du lycée Bayen a exposé des défaillances de l’institution, son incapacité à protéger les enfants comme ses personnels. Le combat de Marie-Pierre Jacquard met en lumière une autre forme de violence institutionnelle pour celles et ceux qui osent parler.
Djéhanne Gani
(article modifié le 4/9/25)
Dans le Café pédagogique
Accusation de violences au lycée Bayen : défaillances et failles de l’Éducation nationale
