Lecture
Les programmes apparaissent ouverts à des littératures diverses (classiques, contemporaines, étrangères, de jeunesse…). Les œuvres suggérées, sans hiérarchie, peuvent cependant paraitre parfois complexes ou lointaines pour des collégien·nes.
On peut regretter qu’une introduction à l’analyse critique des textes littéraires (« Écrire des textes d’analyse littéraire qui prennent appui sur des faits de langue et de style simples et explicites ») n’intervienne qu’en 3ème alors qu’au Québec cette compétence est travaillée explicitement dès le primaire dans des modalités adaptées (« réagir »/ « juger »).
Ecriture
La « reconquête de l’écrit » chère à François Bayrou serait-elle en marche ? Comme les programmes le recommandent, il apparait essentiel d’en faire une activité quotidienne : « L’enseignant veille à ce que l’élève produise à chaque séance un écrit personnel de quelques phrases ou un texte plus développé. Répondre à des questions sur un texte ne constitue pas un exercice suffisant pour conduire l’élève à développer les compétences d’écriture attendues. » Le travail de l’écriture est aussi à déployer davantage : « Afin d’apprendre à planifier les écrits, l’accent est mis sur l’importance de la préparation et du brouillon, des écrits intermédiaires et de la révision. »
Une petite révolution (gagnera-t-elle le lycée ?) se dessine en écriture, avec l’introduction d’une écriture définie comme créative et artistique (et non plus seulement d’invention). Elle est apparue également dans les nouveaux programmes du cycle 3 : « S’initier à une pratique artistique et créative de l’écriture ». Elle est réaffirmée en cycle 4 : « développer une pratique artistique et créative de l’écriture, seul ou avec ses pairs. » Les programmes marquent ainsi une belle et réelle reconnaissance de l’écriture créative, y compris dans ses enjeux esthétiques, y compris dans le compagnonnage avec les œuvres fréquentées : « En écho avec le parcours d’éducation artistique et culturelle, l’élève développe ses pratiques créatives. Il imagine des mondes, des personnages, exprime ses sentiments, notamment dans des textes poétiques, s’exerce à la mise en récit, en scène, ou à l’écriture de scénario, en résonance avec d’autres formes artistiques. En lisant, l’élève produit des écrits d’appropriation et mobilise des stratégies de plus en plus complexes dans les processus d’écriture narrative, poétique, théâtrale. » Il est dommage que le texte n’aille pas plus loin dans la mise en œuvre, notamment en préconisant des pratiques en « cercles d’auteurs » : une nouvelle posture reste à réfléchir dans la mise en pratique d’une écriture créative et artistique.
Les mutations numériques en cours ne sont pas négligées : « l’utilisation d’outils numériques et de l’intelligence artificielle permet à l’élève d’interroger la production contemporaine des textes ou de réfléchir à la formulation des instructions adressées à l’algorithme. Il peut alors poser un regard critique sur les écrits qui lui sont proposés et opérer des choix conscients pour nourrir sa propre écriture. » Il y a là des pistes didactiques neuves et potentiellement fécondes, à explorer et clarifier.
Langue
En ce qui concerne la langue, le focus sur le lexique est intéressant : « L’enseignement du vocabulaire encourage la réflexion des élèves grâce à des démarches inductives, en évitant une approche purement magistrale et la mémorisation de listes de mots hors contexte. Le professeur prend le temps de recueillir les représentations des élèves sur le sens des mots et leur constitution pour leur permettre d’enrichir leurs stratégies de compréhension et de mémorisation lexicales. »
En grammaire, il est heureux que les programmes recommandent aussi une démarche inductive, les gestes de manipulation syntaxique, le travail de corpus : « Les activités mobilisent l’observation et le raisonnement, individuellement et entre pairs : le rapport à la langue devient de plus en plus réflexif. L’oral est privilégié pour permettre, entre autres, de verbaliser et de développer les raisonnements. »
Mais, eu égard aux difficultés rencontrées par beaucoup d’élèves dans la maitrise de la langue, on peut s’étonner que demeurent des attentes que beaucoup considèreront comme du temps perdu : « choisir la forme juste entre « Elle s’est lavée », « Elle s’est lavé les mains » » ; distinguer les « fonctions COD, complément d’objet indirect (COI), et attribut du sujet et du COD »…
Généralités
La « perspective annuelle » constitue une nouveauté : par exemple en 3ème « S’affirmer, s’émanciper : l’engagement humaniste ». Pourquoi pas ? y aura-t-il des documents d’accompagnement pour aider les collègues à construire alors leur progression annuelle ? Les objectifs pour chaque niveau auraient mérité une présentation tabulaire en regard, car en l’état les programmes présentent beaucoup de répétitions de tableaux en tableaux, ce qui rend leur lecture pénible.
Il faut saluer le fait que, dans la continuité des précédents, les programmes soient centrés sur de vivants enjeux d’apprentissage plutôt que sur d’artificiels objets de savoirs scolaires. Par exemple en 3ème : « Montrer, témoigner, réparer : le roman, le récit à l’épreuve du réel » ; « S’unir, se désunir, se réunir en mots : l’amour en poésie » ; « S’affronter, débattre, questionner la société au théâtre : la scène et la Cité » ; Défendre les valeurs humanistes : écrivains et journalistes acteurs de leur temps ».
On peut saluer le nécessaire rappel de la « séquence » comme modalité de structuration du travail en classe : « Chaque projet d’apprentissage est organisé autour d’une problématique (…) Il vise (…) la construction hiérarchisée de compétences ». Il y a là une possibilité d’engager plus avant la construction de séquence comme un vrai parcours, avec un objectif langagier clairement identifié.
Enfin, un impératif demeure : les programmes sont à réécrire en orthographe recommandée une mention explicite sur cette question doit être ajoutée.
Synthèse établie par Jean-Michel Le Baut
Le projet de programmes Français cycle 4
Le groupe chargé de la révision des programmes
Dans le Café : « Nouveaux programmes de français cycle 3 : non validés par l’AFEF ! »
Dans le Café : « Regards d’enseignants heureux sur les programmes 2015 »
