Annie Genevard est prête pour la Rue de Grenelle
Cela fait déjà quelque temps qu’Annie Génevard a fait savoir publiquement qu’elle était très disponible et préparée pour devenir ministre de l’Education nationale . Et elle l’a fait savoir à nouveau.
Le 11 septembre 2024 déjà, au moment de la formation du gouvernement dirigé par Michel Barnier, Annie Genevard déclare que « l’école est un sujet majeur » et que « ce sont des sujets que je crois connaître ; j’y apporterais toute ma contribution ».
Mais, notamment en raison de l’appui insistant de Gabriel Attal, c’est Anne Genetet qui est alors nommée le 18 septembre 2024 ministre de l’Éducation nationale (elle vient d’ailleurs d’être désignée secrétaire nationale en charge de « l’éducation nationale et de l’exigence des savoirs » au sein du parti « Renaissance » présidé par Gabriel Attal).
Des inflexions droitières
On peut tout à fait admettre qu’Annie Genevard s’est intéressée de longue date aux politiques scolaires à mener, ce qui permet d’ailleurs d’avoir quelques éclaircissements sur celles qu’elle entendrait mener : des inflexions droitières.
Secrétaire nationale du parti « Les Républicains », elle a en charge la construction du projet « éducation » dans le cadre de l’élaboration du programme du candidat des « Républicains » à la présidentielle de 2017. Elle déclare notamment fin janvier 2017 qu’«on ne peut pas ignorer que le privé attire de plus en plus » et qu’il convient de « réfléchir aux modalités d’aide aux établissement privés, y compris hors contrat ». Cela promet … dans le contexte actuel des déclarations récentes du nouveau secrétaire à l’enseignement catholique contestant de fait certains des aspects du « compromis historique » de la loi Debré de 1959 instituant la possibilité d’un financement public sous réserve d’un « contrat » à respecter dans le cadre des « établissements sous contrat ».
Des propositions : fondamentaux, examen en 6ème, récit national, fin du collège unique
En avril 2021, Annie Genevard anime la convention nationale du parti « Les Républicains » pour « l’école et les jeunes ». Vingt-trois propositions sont présentées et majoritairement approuvées. On n’en citera que quelques-unes, parmi les plus significatives.
1 – Enseigner les fondamentaux avec les méthodes certifiées par le ministre de l’Education nationale.
2 – Faire de l’apprentissage du français une grande cause nationale, notamment en instaurant un examen de français à l’entrée en 6e, non pour un redoublement mais pour une remise à niveau pendant l’année de 6e.
3 – Concevoir les programmes d’Histoire avec pour finalité la narration d’un récit national et la transmission d’un héritage commun.
8 – Interdire le voile des accompagnants scolaires.
10 – Donner davantage d’autonomie aux chefs d’établissement.
14 – Mieux connecter les établissements scolaires (collège et lycée) et le monde professionnel en multipliant les échanges entre les élèves et les acteurs économiques du territoire, en développant la pratique d’immersion des enseignants au sein des entreprises et en renforçant la présence des représentants des secteurs professionnels du territoire dans les lycées.
15 – Mettre fin au collège unique et permettre l’apprentissage dès 14 ans comme en Allemagne.
16 – Instaurer un dispositif “zéro charge patronale” pour tout recrutement d’un apprenti.
17 – Redonner aux régions le rôle de chef de file dans le pilotage de l’apprentissage
Il faut constater qu’Annie Génevard a continué après l’épisode des présidentielles de 2017 à s’intéresser de près aux questions scolaires et à intervenir parfois de façon fort insistante voire clivante. On peut citer par exemple son interpellation du ministre de l’Education nationale Pap Ndiaye, à propos de la question de la mixité sociale dans les établissements privés, qui résonne aussi fortement dans le contexte actuel.
Assemblée nationale. Question n° 797. 5 mai 2023. Mme Annie Genevard. « Madame la Première ministre, la politique de votre ministre de l’éducation nationale concernant l’enseignement privé est incompréhensible et dangereuse. On attendrait d’un ministre de l’éducation nationale qu’il s’attaque résolument aux maux qui rongent l’école publique […]. Au lieu de quoi, il a choisi de s’en prendre à l’école privée. Est-ce le moyen de résoudre les problèmes de la mixité sociale devenue une obligation ? Comme si la mixité sociale n’existait pas dans le privé ! Cette politique pétrie d’idéologie est assortie de menaces non dissimulées, puisque le ministre a récemment déclaré sur une radio de service public que, si les écoles privées ne se pliaient pas à ce nouveau diktat, les moyens seraient diminués pour les récalcitrants ». On est prévenu.
Claude Lelièvre
