Vous enseignez en Allemagne depuis quelques mois. Dans quel cadre et pourquoi ce choix ?
Ayant obtenu un Diplôme Universitaire de FLE (Français Langue Étrangère) et après plusieurs années d’expérience dans différents niveaux de diverses écoles, je me suis mise à chercher un poste à l’étranger via l’éducation nationale. C’est ainsi que j’ai trouvé le programme Elysée Prim auquel je participe depuis l’année dernière.
Quel accompagnement avez-vous ? comment se passe l’intégration dans l’équipe pédagogique ?
Le programme Elysée Prim est un échange franco-allemand encadré par l’éducation nationale et l’OFAJ. Pour une première expérience d’enseignement à l’étranger, on reste quand même titulaire de son poste en France. L’OFAJ offre une formation pédagogique et linguistique, l’été avant la nouvelle année scolaire et un suivi tout le temps de l’échange. Ainsi, on a des bases avant la rentrée en Allemagne, pour s’exprimer et pour mettre les écoliers allemands dans l’apprentissage du français.
Cette année, j’ai demandé le Baden-Württemberg alors que l’année dernière j’étais en Rhénanie Palatine. Pour ces deux expériences, les collègues de mon école ont été une vraie aide à l’intégration. Le fonctionnement est collégial et l’équipe est toujours disponible pour chacun. De plus, en tant que participante au programme Elysée Prim, il y a un collègue référent dans l’école à qui je peux m’adresser s’il y a des questions.
Enfin, nous sommes parfois plusieurs collègues français à être dans le même Länder, ce qui peut permettre de mutualiser et de faire des projets en commun.
Enseigner en France et en Allemagne, le même métier ?
Il y a des similarités mais aussi des différences. Les élèves de mon école ont un emploi du temps prédéfini avec différents professeurs selon la matière (un peu comme au collège sauf que c’est l’enseignant qui passe d’une classe à l’autre). On échange régulièrement avec les collègues pour assurer le suivi des élèves. Comme je suis dans une école qui accueille les élèves l’après-midi, j’anime aussi des ateliers de français qui permettent une initiation auprès des élèves de 1ère classe qui n’ont pas de cours de français dans leur emploi du temps. L’année dernière, j’étais aussi dans une école où il y avait des ateliers l’après-midi mais ils étaient proposés à tous les élèves volontaires.
Enseigner à l’étranger est l’occasion de découvrir un autre système, une autre culture. Quelles différences avez-vous pu observer ?
Dans le Baden-Württemberg, l’apprentissage du français fait partie du programme mais le système éducatif allemand étant décentralisé, les programmes peuvent être différents selon les Länders.
L’année dernière, j’étais dans une école bilingue où les cours de maths et de sciences se faisaient en binôme avec les collègues allemands. Nous préparions alors ensemble pour que les élèves aient un apport en français.
Après le covid, j’avais déjà participé, à l’échange Elysée Prim pendant un an en Rhénanie du nord. Comme il n’y avait pas de programme spécifique en français, j’avais consulté ceux en langues étrangères pour m’orienter et échangé avec la collègue française qui était dans l’école avant moi. Les jeux de sociétés, les comptines, les albums, les documents authentiques sur la culture française et quelques supports collectés quand j’étais en classe de maternelle m’ont aussi aidée à faire ma programmation. L’expérience en maternelle m’a surtout été utile avec les élèves de 1ère classe qui commencent l’école à 6 ans et non 3 ans comme en France.
Que vous apporte cette expérience ? est-ce qu’elle a changé votre regard sur le métier ? sur des pratiques ?
Oui ! Cette expérience a vraiment été bénéfique d’un point de vue pédagogique, culturelle, linguistique.
Je me suis améliorée en allemand alors peut-être qu’à mon retour en France, je pourrai intégrer un poste à profil par exemple. J’aimerais aussi continuer à participer à l’amitié franco-allemande par des correspondances scolaires. En Alsace, il y a de nombreux projets proposés par l’académie pour développer les liens entre les élèves des deux pays. Continuer à enseigner le FLE via un autre programme de l’éducation nationale ou une expatriation, permettrait aussi de connaître d’autres systèmes éducatifs. Ou reprendre mon poste en France, et mettre en pratique la pédagogie observée avec des élèves allemands. Les possibilités pour donner une suite à cette expérience sont variées.
Recommanderiez-vous cette expérience à des collègues, pourquoi ?
La participation au programme Elysee Prim m’a fait rencontrer des enseignants participants de tout profil, de tout niveau d’allemand et avec différents objectifs d’expérience. Ce programme est vraiment adapté pour commencer à enseigner à l’étranger car les collègues participants et les formations de l’OFAJ offrent un cadre, un réseau et une préparation essentielle. Mais cet échange peut aussi s’adresser aux enseignants ayant déjà une expérience avec des élèves allophones ou souhaitant connaître le métier en Allemagne ou intéressés par la citoyenneté européenne. Les démarches pour candidater sont accessibles sur Eduscol ou le site de l’OFAJ.
Propos recueillis par Djéhanne Gani
