Vous organisez un voyage d’étude à Auschwitz pour vos élèves lycéens. Comment préparer à cette visite ? Vous êtes professeure d’allemand, ce projet s’inscrit-il dans le cadre d un projet interdisciplinaire et international ?
Depuis de nombreuses années, je travaille à la promotion de l’allemand dans mon lycée avec par exemple la mise en place d’un dispositif bilangue pour les sections industrielles afin de permettre aux élèves volontaires de poursuivre leur apprentissage de l’allemand aux côtés de l’anglais qui est obligatoire. Ces classes bilangues sont des classes à projets et bénéficient de nombreuses actions d’ouverture à l’international comme les échanges avec nos partenaires allemands et polonais, les PFMP (stages obligatoires) en Allemagne ou diverses actions comme des sorties au cinéma, au théâtre, des forums transfrontaliers…
C’est dans ce cadre que nous avons, en mars 2024 et en novembre 2025, réalisé une rencontre franco-germano-polonaise d’une semaine en Pologne (Varsovie en 2024 et Poznan en 2025) pour participer au projet #StolenMemory des Arolsen Archives. Ainsi, pendant une semaine, les élèves, en groupes trinationaux, font des recherches et publient des posts sur les réseaux sociaux, afin de retrouver les descendants de déportés dont les effets personnels sont conservés dans ces archives. A côté des séances consacrées directement au projet, des visites sont organisées (Ghetto de Varsovie, prison Pawiak, camp de concentration Fort VII à Poznan…) menant toujours à des travaux d’exploitation en groupes trinationaux.
D’autre part, la Région Grand Est lance chaque année un appel à candidatures auprès des lycées de l’académie afin d’offrir un voyage d’étude à Auschwitz. Forts de notre projet #StolenMemory, nous avons donc postulé et notre candidature a été retenue. Ce voyage d’étude nous semblait en effet constituer une suite logique au projet #StolenMemory mais aussi à la visite faite en décembre à l’ancien camp de la Gestapo Neue Bremm à Sarrebruck. Les élèves de 1e bilangue étaient donc déjà familiarisés à cette thématique de devoir de mémoire.
De mon côté, en tant que professeure d’allemand, j’effectue ce travail de mémoire dans un double objectif. Il s’agit de bien marquer la différence entre les Allemands et les Nazis (là où parfois encore des amalgames sont trop vite faits) et surtout de lier cela à l’évolution des relations franco-allemandes menant à l’amitié franco-allemande du Traité de l’Elysée. Les élèves rencontrent donc de jeunes allemands et de jeunes polonais avec lesquels ils échangent sur cette thématique douloureuse et c’est extrêmement symbolique.
En amont du voyage d’étude à Auschwitz, outre les actions citées, la Région Grand Est offre également un déplacement au Mémorial de la Shoah à Paris. Les élèves sont alors davantage préparés par des médiateurs du Mémorial à travers une visite guidée et un témoignage filmé de Ginette Kolinka à propos duquel ils sont invités à s’exprimer.
Ensuite, en avril, une cérémonie de restitution est prévue à Metz lors de laquelle les élèves devront présenter un travail effectué.
Ce qui me semble le plus important, vu la situation conflictuelle actuelle dans le monde et à nos portes, c’est d’amener les élèves à réfléchir à l’avenir qu’ils veulent se construire, à leurs moyens d’actions dès à présent, même modestes et à l’échelle locale afin de travailler à la paix, la fraternité et la démocratie. C’est pourquoi tous les projets que je mets en place vont dans ce sens. Ils sont interdisciplinaires, interclasses (avec l’UPE2A par exemple), transfrontaliers, avec nos partenaires allemands et polonais sur ces thématiques.
Propos recueillis par Djéhanne Gani
