Une vision assumée de l’école
Après des années de discours sur la « bienveillance », le ton a changé, en cohérence avec l’esprit des réformes : afficher davantage de rigueur, prétendre révéler le « vrai niveau » des élèves et restaurer la « valeur » du diplôme, l’accent sur les « fondamentaux » réaffirmés avec une hiérarchie implicite des disciplines. Cette inflexion s’inscrit dans une tradition de l’école élitiste, qui organise la sélection plus qu’elle ne construit la réussite de tous. A noter l’annonce concomitante et révélatrice de la création d’un concours général pour les collégiens.
« La proposition de l’actuel ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray étant tout particulièrement symbolique de cette évolution voire d’un changement de cap sans précédent » relève l’historien de l’éducation Claude Lelièvre au sujet de cette réforme du brevet 2026. Le Bulletin officiel du 8 avril 2026 met en avant la « qualité du service public » et la « reconnaissance des diplômes », au nom d’un reflet du niveau des élèves, actant ainsi un durcissement assumé et voulu de l’examen.
Un diplôme qui bascule vers la sélection
Comme le souligne l’historien Claude Lelièvre, le brevet a longtemps hésité entre plusieurs fonctions sans jamais stabiliser son sens. La réforme de 2026 semble lever cette ambiguïté en lui assignant plus clairement un rôle de tri, mais à quelles fins ? car le brevet n’est pas un passeport pour la seconde. Le ministre Attal avait proposé de conditionner le passage en seconde à la réussite au brevet. A relever qu’aucune réflexion n’est faite sur l’évolution du système scolaire, vers un système qui ferait réussir tous les élèves, les enfants des classes populaires aussi.
Si cette logique interroge les finalités et intentions qui participent à un tri social et sa reproduction, elle interroge sa vision : la valeur d’un diplôme tient-elle à sa difficulté ou à sa capacité à faire réussir ?
Conditions d’enseignements et réussite, climat scolaire, confiance : les angles morts de la réforme
Car ce que la réforme laisse de côté, ce sont les conditions de la réussite : la baisse démographique aurait pu permettre de réduire les effectifs, de mieux accompagner les élèves, d’améliorer le climat scolaire et de lutter plus efficacement contre les inégalités.
Or la réussite ne se décrète pas par l’examen ; elle se construit dans la durée, dans un cadre de confiance, avec du temps et des moyens. En choisissant de durcir l’évaluation plutôt que d’agir sur ces leviers, la réforme fait un choix clair.
Une pression accrue sur les élèves
Alors que les élèves français figurent déjà parmi les plus stressés, et que la santé mentale est affichée comme une priorité nationale, le décalage entre les discours et les mesures interroge. Dans les faits, l’année de troisième devient une année de préparation à l’examen, marquée par le bachotage, la pression et une orientation omniprésente.
Revaloriser un diplôme ne peut pas signifier en restreindre l’accès. Sans action sur les inégalités et les conditions d’apprentissage, le risque est de transformer une étape de formation en épreuve d’exclusion et d’humiliation supplémentaire, un mal de l’Ecole française. Un système éducatif se juge-t-il à la dureté de ses examens ou à sa capacité à faire réussir tous les élèves — à leur donner une place, plutôt qu’à leur montrer la porte ?
Djéhanne Gani
