Pourquoi avoir choisi de présenter une proposition de loi (PPL) sur la question des stages, et à quels problèmes doit-elle répondre ?
Depuis que les stages de seconde ont été rendus obligatoires par Gabriel Attal, nous avons assisté à la multiplication des décès d’élèves dans ce cadre. Ces drames sont la conséquence de décisions politiques précipitées qui visent, au fond, à se débarrasser d’élèves lorsque les épreuves du baccalauréat sont organisées dans les établissements, sans se préoccuper de leur sécurité dans les entreprises qui les accueillent.
Notre proposition de loi vise à interdire ces stages obligatoires en seconde et à tourner la page du stage obligatoire de troisième en le remplaçant par une semaine de découverte du monde professionnel. L’objectif, c’est de protéger les élèves et de rappeler qu’à l’école la finalité pédagogique doit toujours l’emporter.
Quelle place les stages doivent-ils occuper dans la scolarité ?
Une place éducative. Les stages peuvent avoir une utilité lorsqu’ils s’insèrent dans un parcours d’orientation et qu’ils ont une finalité pédagogique. À ces conditions, ils doivent être rendus possibles. Notre proposition de loi autorise ainsi des stages à l’issue de l’année de troisième de façon facultative.
Mais lorsqu’ils sont sans but éducatif, lorsqu’ils assignent les élèves à résidence sociale dès lors que leur obtention dépend des réseaux ou de “pistons” familiaux, renvoyant ceux qui n’en disposent pas à la supérette du coin ou l’entreprise de bâtiment du quartier, ces stages mettent en danger et ne doivent pas exister.
Quelles mesures proposez-vous pour mieux protéger les élèves lors de leurs stages ?
Nous prévoyons de renforcer les conditions de sécurité des élèves lors de stages désormais facultatifs, en nous inspirant des conditions encadrant les parcours que les lycéens de la voie professionnelle suivent en entreprise dans le cadre de leur formation.
Nous proposons ainsi la signature entre l’établissement, la famille et l’entreprise qui accueille le stagiaire d’une convention type nationale, qui garantisse notamment la formation de l’élève aux principes élémentaires de santé et de sécurité au travail, l’évaluation préalable par l’organisme d’accueil des risques professionnels auxquels l’élève sera exposé, l’interdiction d’affecter l’élève à des tâches dangereuses pour sa santé ou sa sécurité, la désignation d’un tuteur au sein de l’organisme d’accueil, les modalités de suivi de l’élève par un enseignant référent etc.
Comment trouver le bon équilibre entre rapprochement de l’École et du monde de l’entreprise, dans une perspective de découverte du monde professionnel et de l’orientation, et préservation du rôle éducatif et émancipateur de l’Ecole ?
La découverte du monde professionnel doit toujours viser à l’élévation du niveau de qualification des élèves et à une orientation construite et émancipatrice. Les périodes ne doivent pas se substituer à la présence en milieu scolaire, et toujours être encadrées par des enseignants afin de garantir une finalité éducative et de contrer toute logique utilitariste qui viserait à considérer les élèves comme une main d’œuvre disponible, corvéable à merci, gratuite, que les entreprises utiliseraient à des fins strictement économiques.
Comment accompagner l’orientation dans l’École ?
En reconstruisant le service public de l’orientation et en abrogeant Parcoursup pour garantir la liberté de choix des élèves tout au long de leur parcours.
Entretien par Djéhanne Gani
Orientation : Une proposition de loi pour supprimer les stages de 2de et réformer ceux de 3e
