Pression, perte de temps pour les professeurs qui reportent les réponses dans l’application sur un logiciel hébergé à l’étranger. Un tour d’horizon des questions que soulèvent les évaluations nationales pour la CFDT éducation formation recherches publiques .
Les évaluations nationales standardisées font débat depuis 2018, mais la question soulevée à cette rentrée est celle des données des élèves. « Pour la première fois, il y a une notice RGPD sur la page Éduscol, mais aucun moment ne demande aux enseignants de la distribuer aux parents des élèves » annonce la CFDT. Mais pourquoi ?
« Jusqu’à cette année, il n’y avait aucune information de prévue aux représentants légaux sur les RGPD et leur droit d’accès aux données, de refuser que leurs enfants fassent ces évaluations, et que les données soient stockées n’importe où et auprès de n’importe qui » explique Caroline Brisedoux au détour d’une question posée lors de la conférence de presse de rentrée de la CFDT-éducation formation recherches publiques. Dorénavant est consultable une page eduscol « mentions informatives relatives au traitement de données à caractère personnel des évaluations nationales à destination des représentants légaux des élèves de CP, CE1, CE2, CM1, et CM2 ». Elle rappelle aux familles leurs droits d’accès, de rectification et d’opposition des données collectées conservées durant 5 ans.
L’opérateur hébergeant l’application est étranger, « une conception du Luxembourg, et c’est maintenant une entreprise japonaise leader sur le marché des techs » et ‘les données de nos élèves sont stockées sur un serveur Amazon, qui est le leader mondial du stockage de données avec sa filiale AWS » présente la secrétaire nationale de la CFDT Education formation Recherche publiques.
Le syndicat dénonce que le ministère de l’Éducation nationale se permette de stocker des données « sans aucune considération pour la protection de ces données ». Comment savoir le lieu du stockage demande-t-il ?
Pression, pilotage pédagogique, et évaluations
Ensuite sur le fond de l’affaire, les évaluations nationales en cours en ce moment dans les écoles ne sont toujours pas bienvenues. La CFDT dénonce les pressions qu’elles peuvent susciter. L’application Évaluation Nationale fournit un bilan individuel pour chaque élève, puis un bilan pour l’école qui peuvent mener à des statistiques par école, par circonscription, par établissement dans le second degré, par département, par académie « Parce que la pression se fait à tous les étages » dit Caroline Brisedoux. La secrétaire nationale de l’organisation syndicale décrit le mécanisme en ces termes : « derrière les évaluations, on a des IEN, des Inspecteurs d’Éducation Nationale, ou des IA-IPR dans le second degré, ou des directeurs, qui arrivent dans l’école « Ah, mais votre école, elle est en dessous de la moyenne de la circonscription, ou circonscription est en dessous de la moyenne du département ou de l’académie, et il va falloir que vous fassiez des choses ».
Et après ? après, « peuvent aussi se mettre en place « des résidences pédagogiques » : les IEN s’invitent au conseil des maîtres pour dire aux enseignants ce qu’ils doivent faire et ce qu’ils doivent changer dans leur pratique ».
Les fractions aux évaluations nationales de CE2, un détail ?
Cette année, il y avait aussi une autre nouveauté dans les évaluations nationales : un exercice sur les fractions. Les fractions ont justement été introduites l’année dernière dans les programmes de CE1. Et si le taux de réussite à cet exercice permettait de contrôler et d’évaluer, non pas l’élève mais l’enseignant ?
Les conditions de passation des évaluations restent remises en question quand des écoles ne disposent pas de salle informatique et que les professeurs reportent les réponses des élèves sur l’application en ligne. La CFDT conteste toujours le caractère obligatoire des évaluations et revendique toujours la reconnaissance du travail supplémentaire pour les professeur.es sous forme de rémunération ou de demi-journées déchargés dédiées au travail sur ces évaluations.
Qualifiées d’inutiles et de chronophages depuis des années à présent, les évaluations nationales standardisées obligatoires du CP à la seconde ou 1ere année de CAP posent aussi des questions au ministère en termes de protection des données et de pilotage.
Djéhanne Gani
Dans Le Café pédagogique
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