« L’excellence n’est pas une question de lieu, ni de géographie ni de sociologie. Elle est affaire de travail et de talent. » Cette phrase péremptoire, qui renie des décennies d’études sociologiques, est signée du ministre de l’Éducation nationale, Edouard Geffray. Mieux : elle est mise en exergue en haut de la page du site du ministère présentant le concours général du collège, du lycée et des métiers.
« Donner un horizon aux élèves les plus à l’aise »
L’apparition du collège dans ce très ancien concours général est nouvelle : un arrêté du 21 juillet 2026 crée en effet ce concours pour ce niveau du secondaire. Jusqu’alors, seuls les élèves de première et de terminale des lycées généraux et technologiques, ainsi que ceux en terminale professionnelle et ceux en dernière année de formation en apprentissage, pouvaient participer. Edouard Geffray a souhaité l’étendre aux élèves de troisième dans « le but est de créer une émulation dans les collèges et de valoriser différentes formes d’excellence », ainsi que de « donner un horizon aux élèves les plus à l’aise et qui ont envie d’être nourris », expliquait-il au Dauphiné libéré le 2 avril dernier.
Selon l’arrêté du 21 juillet, le concours général du collège, qui se déroulera dès cette année scolaire 2026-2027, concerne cinq disciplines : Mathématiques et sciences, Français et culture générale, Histoire-géographie, Arts plastiques, et Informatique, technologie et numérique. Ce sont les professeurs de ces disciplines qui proposent la candidature d’élèves, avec un « nombre de candidats limité pour chaque établissement ou unité d’enseignement à 10 % de son effectif total d’élèves inscrits au diplôme national du brevet toutes épreuves confondues ». Un « objectif de parité entre les filles et les garçons » est « poursuivi », et « chaque élève ne peut être inscrit qu’à une seule épreuve ».
L’excellence, dans la lignée de Blanquer
Les candidats passent une épreuve unique de 2h30. Les élèves des collèges publics et des collèges privés sous contrat, ainsi que celles et ceux inscrits au Cned, dans un établissement d’enseignement français à l’étranger homologué ou dans un lycée franco-allemand peuvent être inscrits. Edouard Geffray indiquait en avril que « les candidats pourront s’inscrire au concours dès l’automne pour passer les épreuves en janvier et février », le ministère fixant chaque année le calendrier du concours.
Le concours général veut donc valoriser l’excellence, explique le ministre, dans la lignée de son prédécesseur Jean-Michel Blanquer qui avait placé cette notion comme l’une de ses priorités. Il valorise aussi la compétition, et ce plus tôt encore, favorisant dès lors les élèves disposant le plus d’un capital social et culturel.
« Symbole d’une forme d’élitisme et d’entre soi »
Dans un communiqué du 13 mai, une intersyndicale (SNES-FSU, SNEP-FSU, SNUEP-FSU, SE-UNSA, CFDT EFRP, CGT Educ’action et SUD Éducation), qui protestait contre l’absence de concertation sur le sujet, dénonçait l’extension du concours général, qui « est le symbole d’une forme d’élitisme et d’entre soi ». Selon les organisations, « il revient à valoriser des savoirs et savoir-faire appris en dehors du collège, donc à promouvoir ce qui est très fortement déterminé par les origines sociales. Le tri social et scolaire, la concurrence entre élèves, plutôt que l’ouverture et l’émancipation par les savoirs pour toutes et tous : voilà le programme de ce concours général des collèges ». Les syndicats critiquaient également « un nouveau coup médiatique pour faire oublier les effets délétères des suppressions d’emplois et du manque de personnel dans les établissements scolaires publics ».
Le Snalc, de son côté, ne s’oppose pas au principe de ce concours mais demande des garanties, notamment sur la rémunération des enseignants qui seraient amenés à travailler davantage pour ce concours, pour la surveillance et la correction de copies. Dans son communiqué du 5 juin, le syndicat s’interroge aussi sur la nécessité d’un tel dispositif alors qu’il en existe déjà « de nombreux autres ».
Un concours qui remonte au XVIIIe siècle
L’origine du concours général, qui avait alors une forme bien différente, remonte au mitan du XVIIIe siècle et ne se déroulait qu’à Paris, raconte l’association des lauréats du concours général. Il s’est étendu aux départements en 1864 par l’œuvre de Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique, avec des concours qui demeuraient toutefois différents à Paris et en province. Supprimé en 1904 car il demandait trop d’investissements aux établissements, le concours est rétabli en 1921 pour les élèves de 1re et de terminale.
Ce n’est qu’en 1923 qu’il prend sa forme actuelle, unifiée entre Paris et la province, avant de s’ouvrir aux filles l’année suivante. Le champ des disciplines faisant l’objet du concours général a été progressivement étendu, explique l’association sise au lycée Louis-le-Grand de Paris. En 1995 est créé le concours général des métiers, à destination des élèves de la voie professionnelle.
Erwin Canard
Calendrier
- Du lundi 12 octobre 2026 à 10 heures au jeudi 19 novembre 2026 à 23 h 59 (heures de Paris) : inscription via les professeurs du collège ;
- Mardi 2 février 2027 : épreuves nationales ;
- Mars 2027 : publication des résultats et cérémonie de remise des prix aux lauréats académiques.
Modalités d’organisation et d’attribution des récompenses du concours général du collège
Organisation de la session 2027
