Commençons par rappeler au gouvernement la définition de » dialogue » : de « logos », parole, c’est une discussion entre deux parties à la recherche d’un compromis. Pourtant, des adultes, dépositaires de l’autorité, tirent et mutilent nos élèves, nos étudiant·es, nos enfants.
Nous, membres de l’AFEF, enseignant·es, chercheur·euses, formateur·ices, soutenons sans ambiguïté les lycéen·nes et les étudiant·es qui se mobilisent et luttent pour leurs droits et leur avenir.
Nous les félicitons pour leur engagement, leur organisation et leur solidarité. Leur mobilisation massive porte un message politique puissant : les lycéen·nes les mieux lotis refusent le chacun pour soi et font front avec les élèves et les étudiant·es les plus précaires, pour combattre l’insuffisance des moyens et les fractures territoriales qui confisquent l’égalité des chances. Un bel exemple de fraternité !
Nous condamnons la réponse du gouvernement. Elle était déjà dans une forme de violence avant septembre : plutôt que d’être à l’écoute des inquiétudes — Parcoursup (2018), la réforme du lycée (2019), la gestion sanitaire (2020) —, les ministres successifs ont maintenu leur casse du service public et accentué les inégalités. Les alertes actuelles de la Ligue des Droits de l’Homme et d’Amnesty International sur les dérives policières constatées et la nécessité d’une désescalade doivent être entendues. On ne répond pas par la répression à une jeunesse qui réclame justice et dignité.
Les lycén·nes mobilisé·es font aujourd’hui preuve d’une grande créativité pour leurs slogans. Drôles et percutants, parfois rudes, ils montrent une belle maitrise de la langue, une pensée critique profonde, et une réelle appropriation des programmes de littérature (« Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux », La Boétie peut-on lire sur des pancartes), mais il est plus facile de moquer leur orthographe que de valoriser leur inventivité qui touche juste !
Leurs revendications sont politiques, elles ne sont pas des caprices et témoignent de leur engagement pour une société égalitaire et fraternelle, une société républicaine qui s’empare des questions cruciales pour leur avenir ! Bien loin de l’image d’adolescents amorphes et abêtis par les écrans ! Ils se posent en citoyens responsables, inquiets, et sont aussi de futurs électeurs.
Traversées par la crise climatique, par l’injustice et le tri organisé de Parcoursup, leurs préoccupations rejoignent celles de l’AFEF en matière d’éducation et d’enseignement des compétences langagières et discursives propices à réduire les inégalités.
Espérons que les annonces du lendemain de la manifestation du 6 octobre ne soient pas des paroles « aux semelles de vent », qui n’engageraient que celles et ceux qui y croient…
Que les violences policières cessent, que le dialogue s’instaure et qu’une écoute véritable avec des réponses adaptées soient enfin de mise ! Assez de mépris : leur parole oblige. Et nous les soutenons !
Lettre de l’Association Française pour l’Enseignement du Français, en soutien au mouvement lycéen. Octobre 2026.
