Micropotager, système d’aquaponie, maison pour chats et lombricomposteur, cette salle de cours en extérieur a de quoi faire rêver. « En fonction des désirs de chacun, n’importe quel collègue est libre de faire tout ou partie de ces séances dans la salle aérée ». Cette « salle aérée s’avère un outil efficace pour la différenciation et la responsabilisation des élèves. « Olivier Arnould-Laurent, enseignant de SVT au lycée Lyautey de Casablanca nous partage ses bonnes idées en tandem avec Anne Besteiro. Le modèle d’aquaponie « est relativement facile à construire et robuste ».
Comment s’organise votre classe dehors ?
Notre classe dehors est un espace extérieur que nous appelons « salle aérée n³ », c’est le projet principal, et c’est en fait bien plus que simplement faire “classe dehors”. Il s’agit d’un lieu d’apprentissage en plein air où nous avons installé diverses structures pédagogiques, notamment un micropotager, un système d’aquaponie, un lombricompost, un élevage d’insectes et même une maison pour chats.
Nous y avons aussi des installations permettant une gestion raisonnable de l’eau. L’espace peut accueillir plus d’une trentaine d’élèves et se prêter à des séances de cours en tout genre. Nous avons des tableaux à disposition, des prises électriques, un point d’accès wifi, quelques tablettes, et des modules de suivi et contrôle électronique réalisés grâce notamment au matériel de technologie.
En terme d’organisation, pour certaines séances (ex : mesure des paramètres physiques et observation de la biodiversité) l’ensemble des groupes d’un niveau passe à n³ (par exemple 20 groupes de 6ème). En fonction des désirs de chacun, n’importe quel collègue est libre de faire tout ou partie de ces séances dans la salle aérée. Il suffit de nous en aviser ma collègue ou moi-même afin d’être sûr que l’espace soit disponible.
Que font les élèves avec cette classe ?
Des collègues viennent également tout simplement profiter de l’espace pour faire leur cours, mais dehors, ou prendre une pause. Un atelier est proposé sur la pause méridienne pour entretenir et développer l’espace. Les élèves accueillis vont de la 6ème à la terminale. On peut tout autant faire des semis, s’occuper du compost, récolter des tomates, que réaliser des infographies, rédiger un article pour le site du lycée, déclouer des palettes, confectionner des éponges végétales, faire de la peinture, de l’électronique ou construire du mobilier…
Des élèves peuvent également y être envoyés de manière plus informelle, c’est un outil efficace de différenciation. Un élève en avance peut aller nourrir les poissons ou arroser les plantes par exemple. Un autre stressé ou sujet à des angoisses peut aller se détendre au milieu des plantes en caressant des chats. Ou encore, à deux, un élève peut aider un autre à dépasser sa phobie des insectes en lui présentant nos phasmes et mantes religieuses.
Enfin, des visites interactives sont proposées, notamment lors d’événements à l’échelle de l’établissement. Ce sont des élèves formés qui servent de guides aux petits comme aux grands.
Pouvez-vous nous expliquez votre projet d’aquaponie ?
Notre projet d’aquaponie connecté “farmflow” est basé sur un système symbiotique. Il s’agit de combiner l’aquaculture, c’est-à-dire l’élevage de poissons, avec l’hydroponie, qui est la culture de plantes sans sol. Les déchets produits par les poissons servent de nutriments pour les plantes, et celles-ci, en retour, filtrent l’eau pour les poissons. C’est sans compter le travail réalisé par les bactéries qui transforment l’azote ammoniacal en nitrites puis nitrates.
Initialement, c’est un élève de seconde qui a introduit l’idée et nous a fait découvrir le concept. Le point de départ a été de s’inscrire à un concours de startup, hacktonfutur, organisé par la French Tech au Maroc (l’idée étant d’avoir un financement rapide de la part de l’établissement en participant à une action qu’il plébiscitait). Concours qui a été remporté et qui au-delà des sommes remportées a ouvert de nombreuses portes aux élèves. Ils ont pu par exemple présenter le projet lors d’un salon de la BPI plutôt fermé, ont été mentionnés dans les télés locales, et ont pu présenter tout cela à l’ambassadrice de France au Maroc.
Pour cette occasion nous avons développé divers petits prototypes et surtout un gros (700L) qui est opérationnel depuis maintenant plus de 3 ans. C’est un des pôles d’attractivité majeur de n³.
Il a été construit par nos soins (élèves et professeurs) sur la base d’une cuve IBC de 1000L coupée en 2 et habillé de bois de palettes et de plaques de PVC récupérées en techno car inutilisées.
Ce module comme d’autres éléments de n³ est connecté dans le sens où son développement a intégré l’ajout d’un microcontrôleur, d’une bardée de capteurs et d’actionneurs.
Le but : suivre et contrôler le module à distance via le wifi et le rendre complètement autonome sur une période de plus d’un mois, notamment en eau et nourriture pour les poissons (vacances scolaires estivales). Bien entendu, électronique et programmation sont aussi maison.
Ce modèle est relativement facile à construire, robuste, résilient il ne nécessite pas de module de filtration dédié (le bac potager rempli de gravier et de bactérie nitrifiante fait le travail) ou de circuit d’eau sous pression. Enfin, il permet la culture d’une grande variété de végétaux (les racines ne sont pas immergées en permanence, elles peuvent donc respirer si l’espèce le nécessite).
Concernant les poissons, il est essentiel de choisir des espèces robustes et tolérantes à des grandes variations des paramètres physico-chimiques : poissons rouges, carpes koï, tilapia (nous sommes au Maroc, le climat le permet).
En quoi ce projet rejoint-il les programmes de SVT ?
Les liens de n³ avec les SVT sont nombreux. Mais j’insiste, ce que nous faisons n’est pas strictement en lien avec les SVT. On œuvre avec d’autres disciplines : st, physique-chimie, snt, math, lettres, art plastique, bientôt CAV… N³ n’est pas à proprement parlé une salle de SVT. On peut même parfois assister à des séances de méditation guidées.
Les activités clé en main que nous proposons y restent majoritairement dédiées.
Voici une palette d’exemples SVT :
– cycle de l’azote en aquaponie (plutôt lycée)
– biodiversité de l’aquaponie
– l’aquaponie, un exemple d’agrosystème
– étude de la croissance des phasmes
– comparaison du régime alimentaire des phasmes et des mantes religieuses
– dessin d’observation des phasmes
– transformation de la fleur au fruit sur un plant de fève
– étude de la croissance d’un tournesol
– les conditions nécessaires à la germination des graines
– diagramme floral de l’hibiscus
– réseau trophique du sol
– biodiversité de la faune du sol (berlèse)
– d’effet de serre (on dispose une mini serre de balcon)
– jeu autour des ODD
– l’aquaponie, une pratique plébiscité par la FAO
Parfois, les activités sont plus génériques mais le fait d’avoir cet espace à 2 pas des salles de cours permet d’illustrer concrètement le sujet d’étude en allant l’observer in situ.
En ce qui concerne l’aquaponie, la plupart des activités génériques concernant la décomposition de la matière organique, la biologie végétale, la biodiversité s’y prêtent tout à fait par exemple.
Propos recueillis par Julien Cabioch
